Les débats stratégiques qui traversent la gauche serbe
Au cours de l’année écoulé, la Serbie a été traversée par une mobilisation – principalement étudiante – d’une ampleur inédite depuis la chute de Milošević. Le mouvement conteste l’absence de démocratie, la corruption et les pratiques autoritaires du pouvoir en place.
Dirigé par le SNS 1 depuis 2012, mais participant au gouvernement depuis les années 2000, le pouvoir en place figure parmi les principaux responsables du processus de transition vers le néolibéralisme et les privatisations qui ont suivi l’effondrement de la République fédérale de Yougoslavie. La mobilisation étudiante commencée en novembre 2024 s’est heurtée à un régime autoritaire, contrôlant les médias du pays, s’appuyant sur le soutien des partis locaux représentant les minorités nationales et sur des mécanismes de corruption enracinés. Dans un pays où une partie importante de la population active travaille directement ou indirectement pour l’État, l’adhésion au parti du président Aleksandar Vučić et la participation à ses meetings est imposée pour l’accès à l’emploi et au logement, ainsi que pour garder son poste dans le secteur public. Vladimir Simović explique :
Les manifestations contre le régime sont devenues quasi quotidiennes en Serbie depuis 2016, lorsque des hommes masqués ont démoli des bâtiments pendant la nuit dans le quartier Savamala de Belgrade afin de faire place au « Belgrade Waterfront », un projet immobilier phare étroitement lié au Parti progressiste serbe (SNS) au pouvoir. Cet événement symbolisait l’impunité et la collusion entre la politique et les affaires qui caractérisent aujourd’hui le système 2.
Depuis, les vagues de mobilisation contre le gouvernement se succèdent périodiquement. En 2019, puis en 2023, les étudiant·es ont manifesté contre les fraudes électorales. Cependant, si en 2023 Vučić avait décrété des élections anticipées, il refuse désormais, face à la ténacité du mouvement étudiant et au soutien populaire qu’il rencontre dans le pays.
C’est là le signe de la crainte d’une perte de popularité du régime, renforcée par la dégradation des services publics et les difficultés à envisager un avenir socio-économique pour la Serbie. Placée au 9e rang du classement mondial par perte de population, la Serbie fait face à une vague constante d’émigration favorisée également par les accords signés avec l’Allemagne qui ouvrent les frontières aux travailleur·ses non qualifié·es ainsi qu’aux professionnels de santé. Si un pays qui perd sa jeunesse est un pays sans avenir, c’est bien aujourd’hui cette jeunesse qui a fait irruption sur la scène politique pour tordre le cou à cette histoire écrite sans elle.
Chronologie d’un mouvement historique
Le 1er novembre 2024, l’effondrement de l’auvent de la gare de la seconde ville du pays, Novi Sad, provoquant le décès de 16 personnes – dont des enfants –, suscite une vague de colère à travers le pays et entraîne les premières mobilisations. Ce drame dans une nouvelle gare financée par des capitaux étrangers, dévoile l’iniquité du gouvernement autant que de sa propagande, centrée sur une Serbie tournée vers le progrès grâce aux investisseurs. Il est évident aux yeux de tous que la corruption a été telle que les normes de sécurité les plus basiques sont passées à la trappe.
La mobilisation débute dans les centres universitaires, principalement à Novi Sad et Belgrade. Les professeur·es se mettent en grève en nombre et les étudiant·es initient des blocages de leurs lieux d’étude. Fin novembre, l’agression d’étudiant·es et de professeur·es par des nervis du régime à la Faculté des arts dramatiques de Belgrade a le contraire de l’effet recherché. L’indignation qui en résulte sonne le coup d’envoi de l’extension de la mobilisation à la majorité des universités du pays. Cette fois-ci, les étudiant·es occupent leur faculté. Contrairement au passé, où Vučić optait pour l’essoufflement du mouvement par lui-même, l’échec de la répression témoigne du début d’une mobilisation exceptionnelle.
Le développement du mouvement étudiant
Le mouvement étudiant construit assez rapidement une plateforme de quatre revendications qui évoluera très peu au cours des premiers mois : une enquête transparente sur les causes de l’accident ; l’identification et la poursuite en justice des personnes qui ont agressé des étudiant·es et des professeur·es ; l’abandon des poursuites contre les manifestant·es détenu·es ; une augmentation de 20 % du financement des universités publiques.
À partir de là, la mobilisation étudiante n’aura de cesse de croître et d’agréger d’autres pans de la population jusqu’aux immenses manifestations de la mi-mars. Entre 5 et 10 % de la population serbe se serait rassemblée dans les rues de Belgrade. C’est aussi le début d’un saut qualitatif dans la répression pratiquée par le régime : passage à tabac des manifestant·es, arrestations préventives et sans mobiles. Le gouvernement aurait aussi utilisé ce même jour un canon à son, dit « long-range acoustic device ». La diffusion de ce son dans la ville, qui produit des douleurs intenses, de la désorientation et des troubles auditifs, crée une vague de panique parmi les manifestant·es.
Anja Ilić, militante du parti d’extrême gauche Marks21, caractérise ainsi cette étape : « Le tournant s’est produit après la manifestation du 15 mars, un moment révélateur tant pour le mouvement de masse que pour le régime. La masse des militant·es a alors constaté de visu qu’il existait une limite que les étudiant·es n’étaient pas prêts à franchir : la confrontation directe et violente avec le régime, même avec des centaines de milliers de personnes dans les rues. Le régime, quant à lui, a constaté que certaines forces “critiques” au sein du mouvement, comme la classe ouvrière organisée et les (anciens) militaires, n’étaient pas prêtes pour une grève générale ni pour une confrontation directe avec les autorités de l’État » 3.
La manifestation du 15 mars coïncide avec le pic de la mobilisation, mais ne signifie pas pour autant la fin d’un mouvement qui remue la société serbe en profondeur. Les étudiant·es opèrent dès lors un premier virage stratégique en tentant de forger de nouvelles alliances avec d’autres composantes de la société. Iels lancent notamment un appel à organiser des assemblées locales (zborovi) dans le pays. C’est aussi vers le mouvement syndical organisé qu’iels se tournent, en faisant leur l’une des deux revendications principales du mouvement syndical serbe : le rétablissement d’un droit de grève effectif et d’un code du travail restaurant des garanties sociales fortes, héritage du socialisme yougoslave. Les cinq principales confédérations du pays forment alors une plateforme commune à l’occasion du 1er mai 2025 où une manifestation conjointe est organisée.
Les limites du mouvement
Si le 1er mai est un succès, probablement le plus grand depuis des décennies, la convergence avec le mouvement étudiant fait long feu. Les revendications syndicales continuent de faire partie du répertoire des étudiant·es, mais le mouvement syndical n’organise pas de grève ou ne cherche pas à se lier plus en profondeur avec le mouvement. Par ailleurs, en pratique, les secteurs du salariat ayant réellement participé sont principalement restreints à l’éducation, une partie de la santé, et quelques autres catégories comme les livreurs ou les avocats. Le cœur ouvrier du pays n’y participe pas en tant que travailleur·ses.
Tarom Rukeci Milivojević, dirigeante du syndicat UGS Nezavisnost et militante antifasciste engagée pour les droits des migrants, nous dira : « Il n’y a aucune élaboration stratégique au sein du syndicat vis-à-vis du mouvement, si ce n’est la réforme du système du droit du travail et la législation de la grève ». Un autre facteur explicatif est à chercher dans l’emprise du régime sur le monde du travail, en particulier dans le secteur public. Quant au secteur privé, la répression patronale y est féroce. La participation des travailleuses et travailleurs au mouvement a ainsi surtout pris des formes citoyennes.
Et même quand la grève était réelle et large, comme dans l’éducation, d’autres obstacles se sont imposés. Irenom Ristić, professeure à l’université et syndicaliste raconte : « Quand je repense aux derniers mois, la grève a été mal coordonnée avec les étudiant·es et, dans de nombreuses facultés, elle a même tardé à démarrer, car les étudiant·es craignaient qu’elle ne compromette les blocages, compte tenu du minimum légal de travail. À la Faculté de droit, nous avons obtenu le soutien total de l’assemblée plénière, mais nous avons longuement négocié avec les étudiant·es, pendant près de deux ou trois semaines, jusqu’à ce que tous les détails soient clarifiés. Cela ne s’est pas produit dans toutes les facultés. Ce manque de coordination et la crainte que la grève ne brise le blocus, notamment en raison de la période des examens, ont engendré un long processus. Il me semble que cette hésitation a permis au gouvernement d’obtenir d’un seul décret un résultat significatif : diviser profondément le corps enseignant et les étudiants et étouffer toute contestation ultérieure » 4.
L’essoufflement
Cette convergence échouée, ou plutôt inachevée, sera le corollaire d’une réorientation stratégique du mouvement étudiant. Celui-ci décide de monter une liste électorale étudiante et de confronter le parti au pouvoir sur le plan institutionnel. Nous y reviendrons.
Pour autant, fin juin, un rebond surprise de la mobilisation remet une pièce dans la machine. D’importants blocages de routes ont lieu les 28 et 29 juin. Cette fois encore, la répression passe un cap. Natalya, étudiante engagée de la faculté de Philosophie, nous racontera : « la répression a fortement augmenté en intensité. Des attaques contre les étudiant·es par des groupes violents liés au régime se sont multipliées. Les arrestations sont devenues massives. On a aussi observé des kidnappings de manifestant·es ».
Les blocages partiels continuent tout l’été, allant de pair avec une répression de plus en plus féroce. Des criminels liés à la pègre serbe sont de plus en plus sollicités par le gouvernement, que ce soit pour attaquer les manifestant·es ou protéger les nombreux locaux du parti SNS… Le corps enseignant subit une répression terrible : « Au début de l’été, les directeurs qui refusaient de participer à la répression de leurs employés ont été licenciés, et cette situation perdure. Les contrats à durée déterminée de nos collègues qui soutenaient les revendications des élèves et des enseignants n’ont pas été renouvelés »5.
Après 10 mois d’une lutte intense, à la rentrée de septembre 2025 la dynamique du mouvement étudiant s’est finalement essoufflée, sous les coups de la répression. Début novembre 2025, la manifestation commémorative de l’accident de Novi Sad s’est accompagnée de nombreuses arrestations.
Modes d’action et aspects politiques de la mobilisation
L’inventivité dont a fait preuve le mouvement étudiant au cours de cette année de lutte est riche. Il est utile de revenir sur certains de ses aspects. En premier lieu, les Sborovi, qu’on peut traduire par « assemblées » : à partir du 15 mars, les étudiant·es vont tenter d’étendre hors des lieux d’étude les assemblées organisées dans les universités occupées. Natalya, déléguée dans la « Sbor Unit » de son université occupée nous décrit ainsi la dynamique : « l’appel c’était de se rassembler et s’organiser partout contre le régime. S’organiser avec les personnes ordinaires. L’esprit était : c’est localement qu’on discute et qu’on décide ». Et le succès sera réel. Des assemblées de divers types vont naître dans les quartiers. Les habitant·es s’organisent à partir d’applications comme Viber et se rencontrent dans des lieux publics, devenant visibles dans la ville. Dans certains quartiers, les militant·es ont réussi à recenser jusqu’à 10 % des habitant·es du lieu qui étaient inscrit·es dans ces groupes. Les personnes s’y réunissaient principalement pour discuter des problèmes locaux et organiser des actions collectives : il s’agissait en quelque sorte de forums d’action permanents.
Natalya et son équipe en ont recensé 152 à travers le pays. Néanmoins ils ont rencontré des difficultés pour obtenir une cartographie précise à mesure qu’on s’éloignait de Belgrade. Cela renvoie au manque de coordination des assemblées locales entre elles, qui a souvent été évoqué par nos camarades sur place. Autre difficulté soulignée : excepté dans l’éducation, les Sbors n’ont jamais réussi à franchir les frontières des entreprises et des administrations, tout comme le mouvement a eu du mal à percer dans les catégories les plus ouvrières et les plus populaires, la crise de légitimité de Vučić se manifestant surtout au sein des couches intermédiaires du salariat.
La structuration à la base
Les Sbors ont alors fini eux aussi par s’éteindre progressivement. Natalya pense que pour l’éviter il aurait fallu « obtenir une reconnaissance légale des Sbors. Par exemple si 10 % des électeurs locaux “valident” la création d’un Sbor, cela lui ouvrirait des prérogatives réelles. Si les gens ont l’impression que ça peut avoir un impact concret, cela favoriserait une participation plus large ».
Un autre point d’appui fondamental du mouvement a été sa capacité à pouvoir s’adresser à tout le pays. Iels y sont notamment parvenu·es en organisant des longues marches à travers tout le pays jusqu’au plus petit village. Le mot d’ordre était « un étudiant, un village ». Vladimir le décrit ainsi : « ils ont littéralement sillonné la Serbie à pied, traversant villes et villages, pour aller à la rencontre des habitants. Nombre de ces communautés n’avaient pas vu de personnalité politique depuis des décennies, voire jamais. Ce contact direct a été déterminant. Il a brisé le monopole des médias contrôlés par le régime sur le discours dominant et a permis à la population d’entendre le message du mouvement sans filtre » 6.
Lors du regain de mobilisation de fin juin 2025, certains secteurs du mouvement ont aussi décidé de lancer un Front social. Il s’agissait principalement de regrouper les secteurs salariés et étudiants les plus déterminés et, en particulier, les plus convaincus de la nécessité de recentrer le mouvement vers des revendications sociales. À la création du Front, des travailleur·ses issu·es de l’éducation, de la poste, des agriculteurs, des travailleur·ses sociaux, de la justice, de la culture et de la santé, entre autres, se sont coalisé·es en ce sens. Si les objectifs de ce Front social sont bien de maintenir une logique de lutte politique contre le régime par la grève et la mobilisation de rue, il ne souhaite pas se couper pour autant de la liste étudiante : « le Front social offre à ses participants la possibilité d’identifier les principaux problèmes de leurs secteurs respectifs et de proposer des solutions dans le cadre du Programme minimum. Ce document permettrait à la liste étudiante de concrétiser au mieux le programme électoral » 7.
Enfin, un aspect aussi important que problématique mérite d’être souligné. La persistance d’un racisme anti-Kosovar qui s’est exprimé avec constance durant toute la mobilisation. Des pancartes racistes à la présence du courant nationaliste au sein du mouvement, en passant par la participation des vétérans de guerre, le Kosovo reste un tabou dangereux. Tous les militant·es et partis politiques que nous avons rencontré·es le reconnaissent. Mais tous jugent aussi que, à l’état actuel, ouvrir le sujet fracturerait trop profondément le mouvement.
Débouché électoral et enjeux stratégiques
L’hétérogénéité politique du mouvement étudiant a sans doute constitué un levier, dans la mesure où il a rendu possible une mobilisation de masse. Parallèlement, elle a contribué à en limiter la portée politique. La difficulté à trouver un accord avec les partis politiques d’opposition n’en est qu’un symptôme. La faiblesse de la société civile serbe était déjà manifeste dans la difficulté à exercer une pression sur le gouvernement pour contrer la répression du mouvement étudiant. Elle s’accompagne de la faiblesse des partis politiques, discrédités par l’expérience des gouvernements de coalition des années 2000 et 2010, payant le prix du contrôle des médias par le parti au pouvoir et faisant face à des obstacles organisationnels de poids.
Les bases militantes sont réduites, ce qui entrave la capacité de mobilisation et d’établissement de contacts constants avec la population. En ce sens, la pratique des marches adoptée par les étudiants·e a été un moyen important de politisation : « En général, les étudiant·es se sont révélé·es capables de mobiliser certains des plus grands rassemblements politiques que le pays ait connus » 8.
C’est dans ce contexte que se fait le choix de concentrer l’activité du mouvement sur la question électorale. « Nous pensons que la démocratie est la seule voie appropriée pour résoudre une crise politique de cette ampleur, et nous appelons donc la population à soutenir la liste électorale à laquelle les étudiant·es qui bloquent tous les établissements d’enseignement supérieur sur le territoire serbe accorderont leur confiance, afin que la vérité prévale dans la balance de la justice. » 9. Le mouvement étudiant se présente ainsi comme facteur d’unité pour réaliser un changement politique, en s’appuyant sur les élections comme instrument pour prouver le manque de légitimité du régime en place et de son système de pouvoir politico-économique, car « lorsque les institutions refusent systématiquement d’agir conformément à la loi, les élections restent le seul moyen pour les citoyens de modifier pacifiquement l’équilibre des pouvoirs et de permettre au système de fonctionner » 10. Fin décembre 2025, les étudiant·es ont récolté les signatures en soutien de leur liste. La démarche n’a pas de valeur légale, mais se veut une forme de légitimation : loin de concevoir les élections comme un objectif politique en soi, le mouvement y voit un moyen de pression sur le régime.
Le débouché électoral n’exclut d’ailleurs pas d’autres formes d’organisation et de pratique politique démocratique. L’expérience de la démocratie directe et délibérative n’est pas abandonnée, en dépit des limites qu’elle rencontre actuellement, la difficulté à atteindre une adhésion de masse et les moyens de contrôle et de répression dont dispose le régime. À ce propos, un professeur et syndicaliste à l’Université de Belgrade, engagé dans le mouvement, soutient la démarche électorale par la légitimité que lui donne le soutien populaire de masse : « La démocratie directe est une idée noble et intéressante, mais dans la pratique, dans une société pré-démocratique et autoritaire comme la nôtre, elle ne fonctionne tout simplement pas. Nous avons très vite constaté qu’il était facile d’infiltrer même les assemblées étudiantes, que quelques personnes bruyantes pouvaient prendre le contrôle du discours tandis que la majorité se lassait. Dans de telles conditions, le régime peut facilement faire traîner les processus et recueillir des informations. […] La démocratie directe n’a donc pas échoué à cause de certaines critiques, mais parce que dans une société comme la nôtre, il s’agit d’une expérience sociale dangereuse qui nécessite des changements radicaux que le peuple ne soutenait pas. Le peuple a soutenu la satisfaction des revendications des étudiants dans le cadre de la démocratie représentative prévue par la Constitution » 11.
Le débat continue
Au sein de la gauche radicale, certains voient dans le choix électoral l’impasse du mouvement : « La liste étudiante devrait constituer un compromis entre les courants libéral et nationaliste et s’articuler autour d’un programme visant à remédier aux causes du mécontentement des citoyens, à savoir le peuple serbe. À cet égard, elle n’offrira rien qui ne figure déjà dans les programmes préélectoraux des partis d’opposition depuis l’instauration du multipartisme » 12
Le Green Left Front (ZLF), membre du Parti Vert Européen, identifie quant à lui deux axes de coopération avec le mouvement étudiant : une coopération dans le contrôle des bureaux de vote ¬ le bourrage d’urne et l’achat de votes étant des pratiques massives du régime ; l’anticipation de l’organisation de masse au cas où l’opposition gagnerait les élections et que le gouvernement rejetterait le résultat des urnes.
L’urgence de la chute de Vučić comme ouverture politique est également mise en avant par Solidarnost 13 : « Le programme que les étudiant·es sont en train d’élaborer comportera inévitablement des défauts, tout comme leur liste électorale sera idéologiquement diversifiée. Ce qui importe le plus, c’est que le mouvement lui-même ne se taise pas. Les groupes progressistes ont déjà commencé à former le Front social, un réseau informel d’organisations, de syndicats et d’une partie de la base étudiante et militante. Les problèmes structurels de la Serbie ne peuvent être résolus du jour au lendemain. Mais un changement de régime pourrait au moins créer les conditions propices à un progrès démocratique. Si les manifestations et leur structure organisationnelle sont écrasées, la répression sera brutale et le message clair : ne recommencez jamais. Mais si elles perdurent, la porte vers un avenir différent – plus juste, plus démocratique et plus humain – restera ouverte » 14.
Il semble dès lors nécessaire de ne pas fracturer l’unité du mouvement : « Comme beaucoup de mouvements sociaux avant lui, le soulèvement serbe est idéologiquement fluide : il s’agit d’un vaste camp qui englobe tout, des conservateurs aux radicaux, de la gauche à la droite. Pourtant, pour l’instant, il reste la seule force vivante capable de défier le régime autoritaire, néolibéral et nationaliste de Vučić. »15. Les alliances nouées par le mouvement étudiant avec des groupes sociaux différents, ainsi qu’avec les luttes environnementales anti-extractivistes, en font « un espace politique ouvert et contesté – un espace qu’il ne faut pas abandonner, mais activement façonner. Il s’agit désormais de s’organiser et de lutter pour une articulation politique qui place la démocratie, l’égalité et la justice sociale au cœur de son combat » 16.
Le 11 janvier 2026
Elias et Gin Vola sont membres de la commission internationale du NPA-L’Anticapitaliste, organisation membre de la IVe Internationale. Gin Vola est membre de la direction du NPA-A.
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Parti libéral-conservateur, membre du Parti populaire européen mais entretenant des rapports étroits avec Russie unie, y compris par l’intermédiaire du SPS, ancien parti de Milošević financé par le pouvoir russe et principal allié du SNS.
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- 3
Anja Ilić, « Šta možemo da naučimo iz klasne (ne)solidarnosti », 19 septembre 2025, Kontranapad.
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Interview d’Irenom Rist, « Štrajk mora da probudi ostatak društva », 27 juillet 2025, Kontranapad.
- 5
Ibid.
- 6
Op. cit. : Vladimir Simović, « From Grief to Resistance ».
- 7
Miloš Bokun, « Staze i bogaze Društvenog fronta », 30 juillet 2025, Kontranapad.
- 8
Ibid.
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« Stevan Filipović : U vanrednom stanju ne možemo imati normalan univerzitet », 1er octobre 2025, Nezavisnot.
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- 13
Parti de gauche radicale, membre observateur de la Gauche Européenne
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- 15
Op. cit. : Vladimir Simović, “From Grief to Resistance”.
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Op. cit. Vladimir Simović, « Serbia’s Student Movement Is Still Going Strong ».