Revue et site sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Pays-Bas : Le gouvernement Jetten va poursuivre sa dure politique néolibérale

par John Cozijn

« Avec [le récent] accord de gouvernement, nous donnons une orientation claire », a déclaré Rob Jetten1. Cette orientation est très à droite, résolument néolibérale, totalement antisociale et favorable au capital. Elle se traduit par de sévères coupes dans les prestations sociales, des attaques contre les migrant·e·s et les réfugié·e·s, une large place accordée aux entreprises et une militarisation croissante.

En bref, c’est la même direction que celle prise par le gouvernement précédent, seule la rhétorique est différente. Une réponse combative des syndicats est de la plus haute importance.

L’influence du rapport de la commission Wennink sur l’accord est évidente. Celle-ci, présidée par l’ancien PDG d’ASML, a été créée à l’automne 2025 par le ministre démissionnaire Karremans (qui n’est pas par hasard membre du VVD) afin de faire des recommandations concernant le « modèle économique » des Pays-Bas de demain.

Il s’agit de la mise en œuvre néerlandaise des recommandations formulées en septembre 2024 par l’ancien président de la BCE, Mario Draghi, pour que l’Europe rattrape son retard par rapport aux États-Unis et à la Chine.

Les capitaux européens et néerlandais veulent être en mesure de concurrencer ces grandes puissances et sont prêts à prendre des mesures radicales pour y parvenir.

Dans la pratique, cela signifie autant de subventions que possible pour les entreprises, la suppression ou la réduction de la réglementation pour les entreprises et la poursuite du démantèlement des prestations sociales jugées « trop coûteuses ». D’un point de vue capitaliste, les coûts de main-d’œuvre sont un facteur qui pénalise la compétitivité face à la Chine et aux États-Unis. C’est pourquoi il faut poursuivre l’attaque contre les prestations sociales dont bénéficie la classe ouvrière afin de réduire ces coûts.

Il est logique qu’il s’agisse à nouveau un gouvernement VVD. Le VVD est le parti qui répond le mieux aux intérêts du capital. Il n’est pas surprenant que le D66 et le CDA le suivent. Le D66 est d’abord et avant tout un parti néolibéral. Maintenant qu’une politique néolibérale plus dure est nécessaire, il s’adapte sans difficulté. Le CDA a toujours été le parti qui, sous le mot d’ordre de la coopération entre les classes et de la « prise de responsabilité », a mis la société au service des entreprises.

Démantèlement des services publics

En ce qui concerne la pénurie de logements, par exemple, ce gouvernement estime que le problème réside dans le fait que le secteur immobilier est soumis à trop de réglementations. C’est toujours « le marché » qui doit apporter les solutions et c’est pourquoi, par exemple, les propriétaires de logements locatifs doivent pouvoir gagner encore plus. Ce sont principalement les bailleurs et les investisseurs qui bénéficieront de cette politique.

Le déductibilité des intérêts hypothécaires reste intouchable, mais « toutes les formes de migration » (y compris les réfugié·e·s) sont mentionnées comme un problème. Dans le domaine de la santé, non seulement la franchise continue d’augmenter, mais les soins remboursés diminuent également. Ce sont surtout les personnes qui ont besoin de soins de longue durée et les personnes âgées qui seront les victimes de la nouvelle politique.

Le CDA, le VVD et le D66 ont choisi de faire porter le plus lourd fardeau aux plus faibles.

Une politique climatique au service des entreprises

S’agissant du climat, l’accord prévoit que « le gouvernement prendra les rênes ». Cela signifie énergie nucléaire, fonds publics pour le stockage du CO2 et prétendu « gaz vert ». L’objectif de l’UE est de réduire de 90 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040 par rapport à 1990. Cet objectif était le minimum recommandé par le Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique, et pour l’atteindre, la réduction devra être plus rapide que jamais au cours des prochaines années.

Mais l’accord reste vague sur la question d’un « effort supplémentaire » et, dans sa formulation « faire tout son possible pour s’en approcher », il laisse déjà présager que cet objectif ne sera pas atteint non plus. Même sur un point concret comme les milliards de subventions accordées aux énergies fossiles, par exemple sous forme d’avantages fiscaux, l’accord reste vague.

Il est seulement question de « réduire les incitations financières en faveur des combustibles fossiles » sans que des objectifs concrets ne soient fixés.

Militarisation

Dans le même temps, les dépenses de défense augmentent fortement, soi-disant pour protéger « notre mode de vie libre ». En réalité, il s’agit de faire en sorte que les Pays-Bas, en tant que membre de l’Europe, s’arment pour défendre les intérêts du capital européen.

Afin de rendre plus difficile le retour en arrière par rapport à cette politique, le gouvernement entend inscrire dans la loi l’objectif fixé par l’OTAN de 3,5 %. Cela représente 19,3 milliards d’euros en 2035. Et le nouveau gouvernement se montre même « favorable » à l’extension du parc nucléaire européen. Mais, et ce n’est pas le fruit du hasard, ce sont en grande partie les populations qui devront supporter ces coûts énormes : 2/3 seront à notre charge, 1/3 à celle des entreprises.

Contre la classe ouvrière

Les projets du gouvernement de Rob Jetten sont en grande partie dirigés contre la classe ouvrière. L’âge de la retraite sera relevé plus rapidement en raison de l’augmentation de l’espérance de vie ; ils veulent ramener la durée des allocations chômage à un an ; ils veulent supprimer les allocations d’invalidité totale ; ils veulent que l’on soit obligé d’accepter un emploi plus rapidement ; les entreprises ne seront plus tenues de verser une indemnité aux personnes licenciées après deux ans de maladie et les conventions collectives seront également encore plus mises à mal.

À la suite de ces mesures, Linda Vermeulen, responsable syndicale du FNV pour le commerce de détail, a fait remarquer à juste titre sur BlueSky : « Ce qui me manque dans le débat sur la détérioration des conditions de l’assurance chômage et le relèvement de l’ âge légal de la retraite, c’est de se demander pourquoi le gouvernement agit ainsi. Selon moi, c’est pour répondre à la demande des entreprises qui souhaitent disposer d’une main-d’œuvre moins coûteuse. »

Maintien de la politique d’asile du PVV

En matière d’asile, rien ne change. Le système reste antisocial et raciste. Les lois sur l’asile du ministre Faber (PVV) restent telles quelles. De plus, l’objectif sera de maintenir les réfugié·e·s dans des camps situés en dehors de l’Europe. Il est particulièrement cynique que l’accord décrive cette politique comme contribuant à la stabilité et à la « réduction de l’influence de la Russie et de la Chine ». L’externalisation de la politique européenne en matière d’asile vers des pays comme la Libye, par exemple, revient à soutenir des régimes autoritaires et des violations constantes des droits de l’homme.

Par ailleurs, la question de la durée de vie du gouvernement Jetten reste ouverte. Un accord de coalition aussi clairement orienté à droite est bien sûr accueilli favorablement par les milieux d’affaires et les médias de droite. Il ne reste plus grand-chose des aspects « progressistes » du D66 ou du « visage social » du CDA, si ce n’est de la rhétorique. Bien que le ton virulent inspiré par le PVV ait changé, la ligne politique reste à droite et vise à affaiblir les forces d’opposition, par exemple en restreignant le droit de manifestation.

Quelle réponse de la gauche et du mouvement syndical ?

Une résistance de la part de la gauche et du mouvement syndical sera indispensable. D’une part pour défendre les intérêts directs de la population, d’autre part pour empêcher l’extrême droite de profiter des déceptions causées par la détérioration de la situation. Mais précisément aujourd’hui, les partis de gauche et le mouvement syndical sont affaiblis.

GL-PvdA, conduit par Jesse Klaver2, souhaite avant tout être « constructif » et « responsable », car il estime que c’est le moyen le plus rapide d’accéder au gouvernement. Dans le même temps, Klaver est également conscient que ces mesures vont trop loin et qu’il doit tenir compte de sa base. Le choix entre les deux options – contribuer « de manière constructive » au démantèlement ou s’y opposer – dépendra principalement de l’ampleur de la résistance sociale et du mécontentement exprimé.

Le SP3 et le PvdD4 qualifient à juste titre cet accord de favorable aux riches et d’attaque contre les travailleurs. Mais compte tenu des rapports de force, il faudra bien plus qu’un vote négatif au Parlement. Une opposition à grande échelle devra d’abord venir de la confédération FNV, mais les syndicats sont sérieusement affaiblis. Structurellement, en raison de quarante ans de néolibéralisme et des défaites qui en ont résulté. Et plus récemment, en raison de la décision controversée de la Chambre des entreprises5 et de l’intervention directe de deux figures de proue du parti travailliste PvdA, Asscher et Heerts. Le conseil d’administration a démissionné et la démocratie interne, et donc l’influence de la base, a encore été réuite. Il faut maintenant attendre de voir à quoi ressemblera le nouveau conseil d’administration formé par les deux membres du PvdA. On recherche désormais des « professionnels » pour représenter la FNV à La Haye et dans des organes de concertation tels que le SER (Conseil socio-économique).

Les membres du FNV rejettent toutefois massivement les plans de Jettence dont il faudra tenir compte. Les résultats provisoires de l’enquête réalisée par le syndicat montrent que 80 % des membres du FNV sont opposés à la réduction des allocations chômage, 87 % à l’augmentation de l’âge de la retraite et 90 % estiment qu’il est injuste que les travailleurs supportent l’essentiel du poids des mesures, et beaucoup moins les entreprises. L’enquête est encore en cours pendant plus d’une semaine, mais 35 000 à 40 000 membres y ont déjà répondu.

La réaction la plus pertinente vient en fait du président du CNV, Piet Fortuin6. Il a déclaré : « Dans ces conditions, nous pouvons d’ores et déjà réserver le Malieveld7. »

L’objectif est désormais de chercher à renforcer le mécontentement des membres du FNV et de se mobiliser pour exercer une pression maximale sur la direction du FNV. Même si l’influence directe des syndiqué.e.s est limitée, il s’agit de mettre la pression sur la direction du FNV pour qu’elle apporte la réponse nécessaire à ces attaques violentes contre la situation du monemennde du travail.

Publié le 6 février 2026 par Grenzeloos, traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de Deeplpro.

  • 1

    Président du parti social-libéral D66, il dirige depuis février 2026 la coalition avec le VVP (Parti populaire pour la liberté et la démocratie), principal parti conservateur-libéral, et le CDA (Appel chrétien-démocrate).

  • 2

    GroenLinks-PvdA (gauche verte-Parti travailliste,) alliance de centre gauche conduite par cette personnalité au style percutant.

  • 3

    Socialistische Partij (Parti socialiste), parti de gauche d’origine maoïste devenu social-démocrate

  • 4

    Parti animaliste, qui combine défense des droits des animaux, de l’environnement et du bien-être planétaire.

  • 5

    Instance de concertation où se rencontrent représentants des employeurs et des syndicats pour négocier conventions collectives, régler conflits ou rendre des avis, notamment en cas d’appel contre une décision syndicale ou patronale.

  • 6

    Président du CNV (Christen Nationaal Vakverbond) d’inspiration social-chrétienne.

  • 7

    Le Malieveld est le lieu des grandes manifestations.