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Notre camarade et ami Henri Benoits nous a quitté·es

par NPA - L’Anticapitaliste
Clara et Henri Benoist, à Paris, le 15 octobre 2014, lors de la présentation de leur livre. © Photothèque Rouge / Photothèque Rouge / JMB

Henri Benoits est né en 1926 à Paris et était entré, comme il s’en félicitait, dans sa centième année. Il fut un enfant des « fortifs », entre Porte de la Plaine et Vanves, cette « zone » où se construisit cinquante ans plus tard le boulevard périphérique.

Après son certificat d’études primaires obtenu à l’âge de 12 ans en 1938, et trois ans passés en cours complémentaire industriel, il est embauché en 1941 comme apprenti dessinateur chez Ferodo, un fabricant de freins et d’embrayage, à Saint-Ouen, et suit en même temps une formation jusqu’à un CAP. Il y rencontre aussi un réfugié espagnol anarchiste qui lui « prête des livres »… et quelques idées.

À dix-sept ans, en 1943, il fit au hasard des rencontres la connaissance d’un ouvrier acquis aux idées révolutionnaires Daniel Renard, et fut admis courant 1944 à intégrer l’organisation qui venait de réunifier la plupart des différents courants trotskistes actifs en France, le Parti communiste internationaliste, le PCI. Il a participé à la « libération », d’une barricade érigée dans son quartier du 15 ème arrondissement de Paris jusqu’à l’occupation de son usine Ferodo située à plusieurs kilomètres de là. Jamais isolé, toujours avec d’autres, partageant les mêmes espoirs : c’est déjà la marque d’Henri qui l’accompagnera tout au long de ses décennies d’engagement.

C’est de cette année que date l’autre fil conducteur de la vie militante d’Henri, son internationalisme. La manifestation du 1er mai 1945 à Paris, la première après la fin de l’Occupation, est pour lui fondatrice avec le cortège massif, en plein Paris, de l’émigration algérienne du PPA -MTLD, drapeaux nationaux déployés. Une semaine avant les massacres de Sétif et Guelma le 8 mai 1945. Et au retour de son service militaire en Allemagne, il participe aux brigades Spartacus de soutien à la Yougoslavie organisées par le PCI suite à la rupture de Tito avec Staline.

Après avoir animé un travail « jeunes » dans la CGT, et participé à la reconstruction syndicale dans l’usine Ferodo de Saint-Ouen puis chez Alstom, il est embauché chez Renault en 1950 comme dessinateur. Il y passera plus de trente ans de vie professionnelle et militante. Le PCI décide dans un premier temps de son adhésion à FO pour y favoriser l’unité syndicale, mais en 1952 il co-signe avec la CGT un appel à la grève générale sur l’usine. Exclu pour ce motif de FO, il rejoint la CGT. Et c’est au cours de ces journées tumultueuses qu’il rencontre Clara, employée chez Renault, militante CGT qui deviendra son épouse jusqu’à son décès, en décembre 2023.

Dessinateur, Henri appartient au deuxième collège et poursuit une activité de délégué auprès de ses collègues de travail. Les salariés Renault des centres d’études actuels seraient étonnés de savoir que les enquêtes salaires encore aujourd’hui diffusées datent des initiatives qui furent les siennes pour agir contre l’arbitraire patronal, « à la tête du client ».

Henri, toujours cohérent avec ses orientations, se lie d’amitiés politique et personnelle avec les militants immigrés, notamment algériens du syndicat. C’est à eux, Clara et Henri, qu’est annoncée en priorité la création sur l’usine d’une instance du FLN. C’est cette pratique militante qui a conduit la IVe Internationale à associer Henri à l’aide politique et matérielle apportée au FLN. De ce moment date son amitié avec Mohamed Harbi, qui a préfacé l‘ouvrage de Henri et Clara, L’Algérie au cœur. Après l’interpellation de Henri par la DST, ils se concentrent sur la solidarité avec l’UGTA au cœur de l’organisation des prolétaires algériens pour l’indépendance. Et c’est dans la continuité de cet engagement que la fédération de France du FLN choisit Henri et Clara, avec quatre autres salariés de Renault Billancourt, comme observateurs de la manifestation préparée pour le 17 octobre 1961. Henri et Clara étaient placés sur le parcours de la manifestation entre Opéra et le cinéma Le Rex au métro Bonne-Nouvelle. Leur témoignage sera apporté, quelque trente ans plus tard, lors du procès que Papon, l’organisateur de la répression sanglante du 17 octobre contre les Algériens, intente à Jean-Luc Einaudi, l’historien qui a révélé, après une enquête inédite, l’étendue du massacre perpétré.

A leur place de militants, Henri et Clara participent dans l’usine de Billancourt, en mai 68, à la grève générale et à l’occupation de l’usine, poussant à l’auto-organisation, dans les limites permises par la conscience à ce moment, des ouvriers et employés grévistes. Ils seront pourtant accusés, contre toute vraisemblance, par la direction du syndicat CGT d’être à l’origine de la bronca qui accueille la lecture du contenu des accords de Grenelle par Georges Séguy. Dénonciation vite oubliée en raison du respect dont ils ne cesseront de bénéficier auprès de leurs camarades et collègues de travail.

Militant chez Renault et internationaliste convaincu, Henri s’est constamment référé à la IVe Internationale dont l’histoire est traversée de nombreuses scissions et regroupements. Les actions d’Henri furent toujours guidées par ce qu’il croyait être le plus décisif en termes de solidarité internationaliste. Ce fut le cas en 1953, lorsqu’aux côtés des Vietnamiens des cellules Renault, il choisit d’être minoritaire avec Pierre Franck dans la section française. Ce fut le cas en 1965, lorsqu’il accompagna Michel Pablo dans sa sortie du cadre organisé de la IVe Internationale et milita ensuite au sein de l'Alliance marxiste-révolutionnaire, l’AMR, se revendiquant de l’autogestion. Les courants auxquels il a appartenu le firent devenir par deux fois membre du PSU, en 1960 où il y fut membre de la direction nationale au titre de la tendance socialiste- révolutionnaire et co secrétaire de la section d’entreprise Renault, puis en 1975 avec l’AMR. Ensuite, au début des années 1990, il rejoignit à nouveau le cadre organisé de la IVe Internationale, et en France la LCR puis le NPA.

Retraité de Renault en 1984, Henri ne renonça jamais. Militant actif de la section retraités de la CGT Renault, ses activités les plus constantes et les plus obstinées furent au service des travailleurs immigrés. Il assura notamment, jusqu’à l’âge de 90 ans, une permanence hebdomadaire, tout près de l’ancienne localisation des usines Renault à Boulogne-Billancourt, pour assurer la défense des droits de la population immigrée avoisinante, à commencer par les retraités de Renault et leurs familles.

Ces dernières années, il était devenu, surtout depuis le décès de Clara, moins autonome. Il n’empêche qu’il lisait tous les jours les quotidiens Le Monde et L’Humanité et qu’il continuait d’être abonné à la presse du NPA et de la IVe Internationale, L’Anticapitaliste et Inprecor. Son dernier acte militant fut porté par sa fille Sophie il y a un mois : témoigner sur le 17 octobre 1961 lors d’une réunion tenue au jour anniversaire, en hommage à Jean-Luc Einaudi. Henri exprima le vœu que, le moment venu, le drapeau de la IVème Internationale recouvre son cercueil. Une vie militante digne d’être vécue ! Salut et fraternité !

Ses camarades du blog NPA-Auto-critique, le 28 novembre 2025

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