Nous, peuples des colonies antillaises de la France, sommes les premiers concernés par le vote d’une loi scélérate instituant une présomption de légitime défense au bénéfice des forces de l’ordre qui, dans l’exercice de leurs fonctions, tueraient avec leur arme à feu une ou plusieurs personnes. Les premiers concernés parce que, rapporté à la population, le nombre de tuéEs ou d’estropiéEs par les forces de répression bat les records aussi clairement que celui des cancers de la prostate.
Dans le discours officiel, le monopole de la violence reconnu à l’État a une contrepartie. Les forces « de l’ordre » doivent prouver, en cas de drames, qu’elles ont agi de façon proportionnée, en état de légitime défense, en respectant certains préalables déontologiques. Ce sont ces exigences qui volent en éclat dans la loi aux relents trumpistes adoptée le mardi 7 juillet par l’Assemblée nationale, venant d’un gouvernement reprenant une proposition LR ardemment soutenue par toutes les droites galvanisées.
En conséquence, c’est à la victime d’une violence policière ou gendarmesque qu’il reviendra désormais de prouver que le ou les auteurs du tir n’ont pas agi suivant la procédure légale lors de l’usage de leur arme. On comprend pourquoi les opposantEs à cette loi parlent de « permis de tuer ». Le renversement de la charge de la preuve aboutit à une sévère réduction des droits des éventuelles victimes au profit des acteurs de ce qu’on appelle sournoisement des « bavures policières ».
Alliance, le syndicat d’extrême droite de la police, jubile. Noirs, Arabes, gauchistes, gens du voyage, écologistes, syndicalistes, contestataires de toutes sortes n’ont qu’à bien se tenir. Sinon, c’est post-mortem que certainEs devront ramasser les preuves du comportement inapproprié des agents. Chez nous même, certains représentants syndicaux ne cachent pas leur satisfaction, comme si un seul d’entre eux avait été inquiété, voire sanctionné, en pareil cas !
On imagine ce que cela donnerait si cette engeance bénéficiait de surcroît de l’arrivée au pouvoir de la coalition des droites déjà acquises à la noble cause !
Mais déjà, un heureux vent de protestation semble se lever.
Publié dans Révolution socialiste n°455 le 13 juillet 2026