« J’ai sauvé mon pays, j’ai vengé l’Amérique ! » Jean-Jacques Dessalines.
Vincent Placoly s’était fait surnommer « l’Américain », tant il soulignait et revendiquait avec opiniâtreté notre « américanité ». Il y avait, dans ce souci de singularisation, un double clin d’œil, à la fois ironique et interpellateur.
D’abord à l’égard de l’arrogance du vorace géant étasunien, désireux de s’approprier non seulement les terres, mais jusqu’au nom dont avait été affublée l’immensité continentale, par des conquistadors égarés, dans des mers inconnues de leur civilisation. Une façon assurément d’exclure les autres du partage des richesses espérées du Nord canadien jusqu’au détroit de Magellan au sud.
En revanche, même souci toutefois fraternel, à l’égard de congénères militants africanistes, pouvant minorer la part « américaine » de notre identité composite, pourtant chargée d’une richesse dont le champ clairsemé est toujours en cours de défrichage. Mais, au fond, de quelle Amérique parlons-nous, au-delà de la donnée géographique, situant le Mexique « latin » au nord du continent ?
Et voici que la star d’origine portoricaine, Benito Antonio Martinez Ocasio, dit Bad Bunny, vient de façon magistrale, aux yeux de centaines de millions de téléspectateurs·trices, d’infliger un cinglant camouflet au fasciste de MAGA, avec un spectacle dont le message central était une limpide réplique : « l’Amérique c’est nous, pas seulement vous ». Nous les peuples d’Amérique du centre et du sud, nous les Afro-américains des USA, nous les « Hispaniques » du sud, nous en général victimes du racisme suprémaciste et violent de Trump, de sa milice ICE. La brute de Mar-a-Lago ne tarda d’ailleurs pas à accuser le coup en dénonçant rageusement « l’horrible spectacle ».
Que cette leçon vienne d’un américano-portoricain, avait une certaine saveur pour tout caribéen. Et, lotchio sur la cassave, il y avait, parmi tous les drapeaux américains représentés, celui de la Martinique ! Ce n’était pas le surgissement de l’Amérique « latine » comme disent hâtivement d’aucuns, mais celui, éclatant de l’Amérique indi-afro-latine qui est la caractérisation plus acceptable de « notre Amérique » métissée par excellence, pour paraphraser le poète cubain José Marti.
En réalité, malgré toutes ces résonances historiques, Bad Bunny était et est la voix du présent. La violence fascisante de la police US contre le vaillant peuple de Minneapolis a soulevé une protestation réconfortante, assez déterminée pour exiger l’éviction des 3000 mercenaires fédéraux. Elle ne venait pas principalement d’organisations contestataires traditionnelles, mais de gens du commun, de la population multicolore, de personnes indignées par la barbarie trumpiste.
Depuis les exécutions gratuites et impunies de deux innocentes victimes de Minneapolis, des artistes, des sportifs, des vedettes ont mis leur notoriété au service d’une cause juste. Certains prétendent réduire la portée de leurs gestes en parlant de l’écart entre les vedettes et le peuple. C’est oublier que c’est souvent bien ainsi, souvent, que commencent les grandes mutations. S’élèvent d’abord les voix pouvant avoir accès aux médias, ouvrant la voie aux grandes masses.
Puissent les forces progressistes et radicales s’engouffrer dans la brèche, et le bonheur ne se cantonnera pas aux seules limites de « notre Amérique ».
Publié le 16 février 2026 par Révolution socialiste n°434