Bloquée par la situation chaotique de la fin de règne macroniste, rabotée par un Sénat rétrograde, la loi Califer sur le chlordécone a finalement été votée à l’Assemblée nationale française, à l’unanimité. Autant dire que, pour certain·e·s, ce vote a été vécu comme un lâche soulagement.
L’État, par la voix de ses parlementaires, reconnaît sa « part de responsabilité » dans la chaîne de crimes nommée chlordécone.
Notre ressenti est forcément mitigé. D’un côté cette reconnaissance peut ouvrir des perspectives ; on n’oublie pas que certaines personnalités disaient haut et fort que l’État n’allait jamais reconnaître sa responsabilité. De l’autre, on sait que le tribunal administratif de Paris l’avait déjà affirmé en première instance, répété avec plus de force en appel, et que le parquet, dépendant de l’État, fait encore appel auprès du Conseil d’État contre cette reconnaissance appuyée. On sait aussi que Macron lui-même avait eu des mots dans le même sens lors d’un passage en Martinique avant de se rétracter devant un grand parterre d’éluEs méduséEs pendant la crise des gilets jaunes, en niant le caractère cancérogène avéré du poison. Mais en imposant une formule moins accusatrice contre l’État (« part de responsabilité » au lieu de « pleine responsabilité »), le Sénat a soulevé une pierre qui retombe sur les pieds de l’Assemblée nationale. Car en parlant de « part », elle incite à se poser la question des autres parts, en particulier la part du lobby béké, maître de la banane et de l’import-export.
Il se trouve justement que le 22 juin, on doit nous dire ce que la justice pense du non-lieu décidé en première instance du tribunal pénal. Le souci de vérité pourrait y trouver son compte puisqu’une procédure et un jugement des « autres » responsables interviendrait… si la justice est juste !
C’est pour poser ces questions, et montrer la vigilance du peuple, que samedi 20 juin se tiendra une manifestation en liaison avec les organisations qui à Paris se mobilisent à la fois sur le dossier de l’empoisonnement du Vietnam par l’agent orange et sur le dossier du chlordécone.
Cette action conjointe est une première sur laquelle nous reviendrons prochainement, en même temps que sur les autres aspects et les autres vides de la loi.
Publié dans Révolution socialiste n°451 le 15 juin 2026