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Élection présidentielle vue de Martinique (4) — Jean-Luc Mélenchon et la question coloniale

https://linsoumission.fr/2024/05/21/paix-caledonie-melenchon/

Le traitement par Jean-Luc Mélenchon de l’héritage colonial de la France et de notre droit à l’autodétermination est une question qui relève de trois niveaux : national des pays colonisés, national français, puis international.

Il faut noter que la position actuelle du candidat Mélenchon est sensiblement différente de celle qu’il avait exposée à l’époque où nous avons publié notre « lettre ouverte à Nathalie Artaud, Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon » (encore disponible auprès de nos militantEs).

Le point de départ du candidat insoumis est une combinaison de fierté jacobine, de nostalgie historique et de sensibilité à la situation dramatique des peuples « administrés » par la France. Pas un discours de Mélenchon sans une référence à la « présence française » aux quatre coins de l’univers, aux « frontières communes » avec des pays aux antipodes, à la deuxième place de la France comme puissance maritime grâce « aux outremers », etc.

Cet état d’esprit se reflète dans son engagement à faire un référendum en France sur l’indépendance de la Kanaky. Ce référendum, dit-il, serait un préalable à l’autodétermination du peuple kanak. Or, pour tout anticolonialiste conséquent, c’est le choix du peuple colonisé qui doit être le déterminant au cœur du processus de décolonisation, et surtout pas celui du pays colonisateur. L’élément nouveau chez Mélenchon, c’est qu’il se déclare clairement favorable à l’indépendance voulue par le peuple kanak. Il déclare ainsi que, si un référendum en France aboutissait à un vote opposé à l’indépendance de la Kanaky, il démissionnerait sans hésiter comme président de la République. Aucun candidat à la magistrature suprême ayant une quelconque chance de gagner n’a jamais tenu un tel discours.

Instruit par le combat du peuple kanak, il affiche donc un réalisme démocratique s’appuyant sur un principe à la fois politique et éthique : il n’enverra jamais la troupe contre un peuple refusant d’être français.

Par là, il se démarque de son idole Mitterrand, grand adepte de la répression féroce et de la peine de mort en Algérie, et plus tard en Kanaky avec les assassinats d’Éloi Machorro et Marcel Nonarro, même s’il reprend pratiquement mot pour mot la phrase prononcée par l’ex-président à Fort-de-France en 1981 : « si je laisse parler mon cœur, je souhaite que nous restions ensemble ».

Jean-Luc Mélenchon explique donc qu’il ne poussera pas à l’autonomie dans les territoires qui ne la demandent pas, en s’appuyant à cet égard sur le cas de la Réunion où les revendications autonomistes ou indépendantistes sont faiblement avancées. Il l’accompagnera dans le cas de la Corse, en considérant le vote constant des éluEs de ce pays en faveur des autonomistes. Il est disposé à procéder pareillement dans les autres colonies dans la mesure où les peuples le voudront, et au rythme qu’ils voudront. L’envoi de la troupe, répète-t-il, est exclu contre tout peuple qui ferait le choix de desserrer l’étreinte coloniale, voire de ne plus vouloir « être français ».

Le propos a le mérite d’être clair. On n’y trouve ni une complicité de principe avec les anticolonialistes déclaréEs, ni une opposition acceptant la perspective d’un affrontement dans une tradition coloniale bien ancrée dans l’histoire de France.

Nous connaissons bien la fameuse formule : les promesses n’engagent que ceux et celles qui y croient. Mais un programme est un programme. Son intérêt réside à la fois dans sa diffusion dans les masses, dans la pratique de ceux et celles qui le défendent à respecter leurs engagements, et surtout dans l’aptitude des communautés concernées par ce programme à se saisir des éléments positifs qu’il contient, à s’organiser pour imposer le respect, l’approfondissement et l’élargissement en construisant une force collective agissante pour cela.

Autant dire que la balle est dans le camp des anticolonialistes et anticapitalistes pour forger une compréhension commune de la situation, des dangers et des possibilités qu’elle renferme.

Cela va bien au-delà du fameux débat sur la surface juridique des choses, à savoir le choix piégé entre 73 et 74, deux articles de la Constitution française qui sont tout sauf le fruit des réflexions de nos peuples.

(À suivre)

Publié dans Révolution socialiste n°453 le 30 juin 2026

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