La confirmation du scandaleux non-lieu dans l’affaire du chlordécone devait, dans l’esprit des dominants, signifier la fin de la contestation populaire. En hauts lieux, on espérait que la lassitude et le découragement allaient pousser les « réalistes » à tourner la page.
On se contenterait alors d’un colloque scientifique grand format, d’une audition par la commission interministérielle chargée d’examiner les modalités des indemnisations annoncées comme « objectifs » par la loi Califer. On était censé déclarer forfait devant le coût exorbitant de l’appel devant le Conseil d’État interjeté par l’État contre la décision de la cour d’appel du tribunal administratif de Paris condamnant l’État à indemniser une dizaine de victimes.
C’était mal connaître le mouvement anti-chlordécone !
La mobilisation du samedi 20 juin contre le non-lieu qui menaçait rassembla à Fort-de-France une centaine de manifestantEs. Deux faits majeurs se sont produits à l’occasion.
D’abord l’unité en Martinique de la plupart des courants mobilisés sur les crimes chlordécone : LPDM, ASSAUPAMAR, MD-GKC, COADEC, MIR, CNR, ZCZP étaient bien là ! Une délégation du RPPRAC aussi.
Ensuite la simultanéité de cette mobilisation avec un rassemblement à Paris de 300 militantEs à l’appel de « Diasporas Solidaires avec les victimes de l’empoisonnement colonial » (DSAVEC) et « Vietnam Dioxine », qui se bat pour obtenir justice après le gigantesque crime de l’agent orange déversé par l’armée étatsunienne contre le peuple vietnamien. Plusieurs organisations se sont donc retrouvées place de la Bastille contre le « colonialisme chimique » : Extinction Rébellion, Soulèvements de la terre, les InsoumiEs, le NPA, Malcom Ferdinand, entre autres, étaient de la partie. Cet élargissement du cercle des forces solidaires du combat est un fait riche de promesses.
La mobilisation du 20, le non-lieu du 22, venant peu après le vote de la loi Califer et le colloque scientifique, ont replacé la question du chlordécone au centre de l’actualité médiatique.
Les trois jours de colloque scientifique ont été cette fois ouverts non seulement aux chercheurEs en sciences humaines et sociales, mais aussi à la société civile. Parmi les organisations diverses et motivées, LPDM et l’ASSAUPAMAR ont eu une présence active. La défiance et les exigences populaires ont été portées aux oreilles des scientifiques. Nous avons pu appeler à un front des scientifiques et des mouvements sociaux comme un axe nécessaire, au lieu de compter sur le « tout le monde il est beau » et sur les « co-constructions » évoquées ici et là.
Nous refusons de faire l’impasse sur la gravité du contentieux tenace entre le peuple qui porte les stigmates du crime et un État qui, après avoir participé, couvert, dissimulé le crime, continue de faire du dilatoire sur les responsabilités et reste fondamentalement chiche quant aux moyens nécessaires pour en sortir. Comme l’a dit une sociologue du colloque : le discours de l’État ne peut plus couvrir le bruit de la critique citoyenne et de la contestation populaire.
Toutes les exigences demeurent : la vérité, la justice, les indemnisations, les réparations. Les rencontres avec les avocats se font à nouveau. L’unité de lutte doit se consolider. Les éluEs doivent assumer leurs responsabilités sous le regard du peuple. Ce n’est pas qu’un début, évidemment, mais le combat continue.
C’est au peuple tout entier de le mener sans oublier un seul des objectifs rappelés ci-dessus.
Publié dans Révolution socialiste n°453 le 30 juin 2026