Les réformes des gouvernements néolibéraux concernant les systèmes de retraite, tant celles de l’Institut mexicain de sécurité sociale (IMSS) en 1997, que de l’ISSSTE (Institut de sécurité et de services sociaux des travailleurs de l’État) en 2007, avaient pour objectif de faire disparaître le régime solidaire, d’en réduire le montant et de livrer aux banquiers-vautours le contrôle individualisé des fonds de retraite, qui s’élèvent actuellement à 8 milliards de pesos.
Ce changement a très bien fonctionné pour les banquiers qui, année après année, engrangent des bénéfices colossaux. Les perdants sont les travailleurs qui perçoivent désormais des retraites dérisoires, avoisinant dans certains cas les 4 000 pesos par mois (200 euros), et qui diminuent d’année en année en raison du paiement en UMA (Unité de mesure et d’actualisation).
C’est la raison qui a poussé des milliers de travailleurs de la Coordinadora Nacional de Trabajadores de la Educación (CNTE), un courant démocratique au sein du Sindicato Nacional de Trabajadores de la Educación (SNTE), à entamer une grève pour exiger l’abrogation de la réforme de 2007.
Les revendications des travailleurs de la CNTE sont légitimes, en particulier celles qui concernent le rétablissement du régime de retraite solidaire, la garantie d’une retraite décente et la suppression du paiement en UMA, et elles méritent une réponse sérieuse de la part du gouvernement de la présidente Claudia Sheinbaum. Sa proposition de « créer un organisme public d’assurance spécialisé dans le versement des retraites et de renforcer le Fonds national de retraite des travailleurs au service de l’État (Pensionissste), qui est actuellement la seule caisse de retraite 100 % publique du pays », bien qu’elle constitue un progrès, ne résout pas le problème des comptes individualisés et ne garantit pas une retraite décente.
Le mieux est de parler franchement et sans détours. Il est vrai que pour revenir au système de retraite solidaire, une contribution de l’État non prévue au budget est nécessaire, ce qui exige des modifications législatives impliquant un délai de traitement plus long. Il n’est pas possible de trouver une solution du jour au lendemain. Mais il est possible – et c’est sur cela que les négociations devraient se concentrer – d’obtenir un engagement du gouvernement fédéral à présenter une initiative de réforme constitutionnelle garantissant des retraites équitables et leur financement. Cela implique une augmentation des recettes de l’État, qui ne peut provenir que d’une réforme fiscale progressive tant pour les grandes entreprises que pour les grandes fortunes, ainsi que d’un audit de la dette publique afin de cesser de rembourser la dette odieuse résultant des fraudes commises par les anciens gouvernements néolibéraux.
Une justice sociale élémentaire est que ceux qui possèdent le plus paient désormais davantage d’impôts et que les travailleurs bénéficient de salaires, de retraites et de conditions de travail plus élevés et de meilleure qualité. Au cours de l’année écoulée, les 24 personnes les plus riches du Mexique ont engrangé 100 milliards de dollars de bénéfices, un chiffre astronomique qui contraste avec la stagnation des salaires réels.
Il est étonnant que, alors qu’ils disposent d’arguments justes et d’une capacité de mobilisation suffisante pour rallier l’opinion publique et obtenir un plus grand poids dans la négociation face au gouvernement fédéral, certains secteurs de la CNTE recourent à des actes de vandalisme et de provocation qui ne servent en rien leur cause. Ces secteurs ont un programme différent de celui du mouvement et ne cherchent qu’à en tirer un profit politique personnel. Pour parvenir à une résolution rapide et pacifique du conflit, il est important que la CNTE se distancie de toute forme de violence et que le gouvernement fédéral tienne sa promesse de ne pas réprimer, afin d’éviter que ne se reproduisent des événements regrettables comme celui qui a coûté la vue à un enseignant.
Ni Afores ni UMA, pour le retour du régime de retraite solidaire !
Déclaration du Mouvement socialiste du pouvoir populaire (MSP)
Mexico, le 8 juin 2026