Depuis le 25 mai dernier, les enseignants de la section XXII de Oaxaca, regroupés au sein de la Coordination nationale des travailleurs de l’éducation (CNTE), se sont mis en grève ; le 1er juin, les enseignant·es d’autres États du pays les ont rejoints.
L’installation du campement aux abords du Zócalo de Mexico a provoqué des affrontements avec les forces répressives de l’État ; depuis lors, les enseignant·es n’ont cessé de se mobiliser à différents endroits de la ville. On peut noter que les mobilisations de la CNTE sont devenues l’un des défis politiques les plus difficiles auxquels le gouvernement de Claudia Sheinbaum a dû faire face. En effet, les revendications des enseignant·es sont légitimes et partagées par le corps enseignant de tout le pays. Des revendications auxquelles la présidente et son équipe n’ont pas su apporter de réponses satisfaisantes. Ces revendications sont les suivantes :
- Abrogation totale de la loi sur l’ISSSTE de 1997 et de 2007 (sécurité sociale).
- Suppression du système de comptes individuels et retour au système de retraite solidaire, financé par l’État.
- L’abrogation de la réforme de l’éducation de 2019.
- La suppression de l’USICAMM, l’Unité du système d’évaluation des enseignants.
- Attribution directe de postes aux diplômé·es des écoles normales publiques,
- Réintégration immédiate de tous les travailleur·ses licencié·es pour des raisons de répression politique et administrative ;
- Augmentation salariale : pour une augmentation significative des salaires.
- Annulation du calcul des pensions en Unité de Mesure et d’Actualisation (UMA) et calcul du paiement sur la base des salaires minimaux.
- Justice sociale et réparation des dommages causés par l’État au Mouvement des enseignant·es et populaire.
- Démocratie syndicale et lutte contre le clientélisme syndical.
- Augmentation du budget public consacré à l’éducation et à la santé.
- Dialogue direct avec la présidente Claudia Sheibaum.

La confrontation la plus vive avec le gouvernement de la 4T1 a été l’abrogation totale des lois ISSSTE de 1997 et 2007, la présidente faisant valoir qu’il n’y a pas de ressources pour répondre à cette demande. Nous savons que la réalité est tout autre et qu’elle met en évidence les limites de la politique de la 4T, car Claudia n’a pas voulu s’opposer au capital financier qui contrôle les AFORES ; en effet, revenir au système de répartition solidaire impliquerait de leur retirer les banquiers tirent d’énormes profits de l’épargne individuelle des travailleur·ses, qui représente actuellement environ 24 % du PIB.
De plus, l’incohérence de la présidente se manifeste jour après jour, car la CNTE ne cesse de rappeler à Claudia la promesse qu’elle avait faite pendant la campagne électorale, à savoir qu’elle allait abroger les lois sur les retraites de 1997 et 2007, et qu’elle refuse désormais de tenir.
D’autre part, pratiquement tous les secteurs en lutte apportent un soutien inconditionnel à la CNTE ; pour eux, la CNTE est l’organisme historique de la résistance. Nous saluons les forums (sur la sécurité sociale et en solidarité avec la CNTE) auxquels ont participé des dizaines et des dizaines d’organisations syndicales, politiques et sociaux ; cependant, ces initiatives n’ont pas débouché sur un engagement à mettre en place une structure capable de fédérer toutes les organisations afin de pouvoir renverser le gouvernement néolibéral. C’est pourquoi la CNTE doit appeler à la création d’un organisme ou d’un Front, dont la classe ouvrière a besoin pour briser l’étroitesse d’esprit politique de Claudia et de son gouvernement Morena.

Nous savons que la stratégie « mobilisation-négociation-mobilisation » a atteint ses limites, car, par le biais de ces tactiques, le mouvement de résistance contre le gouvernement des entreprises n’apporte que des réponses à court terme, ce qui permet de résister temporairement aux assauts du capital et de ses disciples. Cependant, la classe au pouvoir accède provisoirement aux revendications qui ne sont pas significatives et qui ne remettent pas en cause le système capitaliste. Ce qui laisse le temps à la bourgeoisie de poursuivre ensuite son offensive contre les droits et les conditions de vie de la classe ouvrière et du peuple en général.
Cette politique ne nous aide pas à construire une alternative politique à moyen terme. Pour vaincre le gouvernement néolibéral de la 4T, il faut rassembler l’ensemble de la classe ouvrière, et pour cela, il faut convoquer un forum en vue de la création d’un grand Front national. Un Front qui jette les bases nécessaires pour organiser la lutte en vue de la construction d’un gouvernement des travailleurs, des paysans et des secteurs opprimés.
Pendant la construction de ce Front, il est nécessaire de mettre en place un comité de coordination par l’intermédiaire duquel des actions de solidarité et de soutien seront menées envers les travailleurs en résistance, comme lors des grèves de Tornell, du Monte de Piedad et de l’Université de Sonora. Nous devons faire revivre les grèves de solidarité qui éclataient dans les années 70. Aujourd’hui, cela s’impose d’appeler les syndicats universitaires et les travailleurs en général à apporter leur soutien par le biais d’une collecte de fonds en solidarité avec ces mouvements ; il faut également appeler les travailleurs à soutenir ces grèves en faisant don d’une journée de salaire. Cela renforcerait les mouvements en grève et remonterait le moral des travailleurs en leur montrant que leur lutte n’est pas un cas isolé. Plus aucune lutte isolée ! Des actions, pas de simples slogans de lutte politique.
L’offensive menée par la classe au pouvoir contre la CNTE, par le biais des médias, exige une réponse politique visant à intégrer au mouvement les autres secteurs touchés par la loi sur l’ISSSTE de 1997 et 2007. Il est nécessaire que la CNTE défende les travailleurs qui entrent sur le marché du travail et ne bénéficient pas du droit à une retraite digne. La CNTE doit intégrer à sa lutte les plus de 3 millions de travailleur·ses de l’État, qui sont également touché·es par cette loi ; elle doit en outre appeler les enseignants des écoles privées ainsi que les professeurs et les travailleurs universitaires à se joindre à sa lutte. Ce n’est qu’avec cette force que l’on pourra vaincre la classe capitaliste et ses sbires.
Un aspect fondamental pour que la CNTE puisse progresser dans la lutte consiste à rechercher des alliances internationales, notamment avec les enseignants et les travailleurs des États-Unis d’Amérique, qui, en ce moment même, luttent également pour la défense de leurs droits, contre les fonds de pension privés et la politique néfaste de Trump. De plus, il faut relancer les alliances avec les enseignants et les travailleurs d’Amérique latine, avec lesquels la CNTE a organisé des conférences et des forums internationaux. C’est le moment de concrétiser l’organisation internationale des travailleurs de l’éducation.
Pour la construction d’un GRAND FRONT NATIONAL DE LUTTE centré sur la CNTE ! La lutte continue, continue et continue !
Déclaration de la Ligue de l’unité socialiste (LUS), le 9 juin 2026

- 1La 4T (Cuarta Transformación, « Quatrième Transformation ») est le projet politique porté par Andrés Manuel López Obrador (AMLO) et son mouvement, le Morena (Mouvement de régénération nationale).