« Le marxisme, c’est l’analyse concrète d’une situation concrète ». À défaut de définir vraiment le marxisme, la formule de Lénine a le mérite de préconiser, de façon imagée, une démarche dont les militantEs ne devraient jamais s’écarter. Saisir les caractéristiques du moment présent pour dégager le levier à saisir pour faire bouger les choses en notre faveur, cela devrait aller de soi.
En Martinique, les médias interrogent les politiques sur les prochaines législatives, les futures élections à la CTM, mais en mai 2026, pas un mot sur les élections présidentielles se déroulant pourtant dans moins d’un an.
De leur côté, les états-majors des partis les plus en vue enchaînent les calculs, posent des jalons, et planifient les opérations pré-électorales allant des sénatoriales aux territoriales, sans un mot sur l’échéance, pourtant centrale, de la vie politique française et des colonies. Il ne fait guère de doute que le basculement institutionnel de la France dans le camp du néofascisme contemporain ne serait pas un fait anodin. On le voit bien, quelles que soient les échelles géopolitiques considérées (française, martiniquaise, mondiale).
Le système politique français, prétendument parlementaire, donne une place exorbitante au président de la République. Et le système électoral fait qu’un candidat ou une candidate qui aura le tiers ou le quart ou même un peu plus du cinquième des voix au premier tour a une chance de se retrouver vainqueurE au second tour. Ce système, fort peu démocratique, découle du présidentialisme qui sera toujours en vigueur en 2027. C’est d’ailleurs un des enjeux pour la suite, puisque l’un des partis, La France Insoumise, prône le passage à une VIe République censée en finir avec ce système.
En attendant, sans vouloir compter les œufs là où l’on sait, on peut déduire un pronostic de la dynamique des évènements en France. On observe en même temps une montée de l’extrême droite, une avancée de la « gauche radicale », un effondrement de la macronie, un affaiblissement de la droite traditionnelle de plus en plus aspirée par l’extrême droite, un éparpillement de la « gauche modérée ».
Le scénario le plus probable, sauf surprises de la lutte des classes réelles, est celui d’un deuxième tour entre Mélenchon et l’extrême droite. Cette hypothèse, la moins pire de toutes, ne se réalisera que si Mélenchon parvient au deuxième tour. C’est bien pour cela que l’acharnement contre lui, du côté des politiciens aux ordres, des médias du Capital, des défenseurs en tous genres du système, est aussi systématique, aussi violent.
On peut raisonnablement penser que les scores seront serrés. La consigne démocratique bien connue dans les élections à deux tours (au premier tour, on choisit ; au second tour, on élimine) prend, dans le cas présent, une signification assez dangereuse : les candidatures proches de la tendance gauche radicale pourraient bien l’empêcher d’être au second tour. Pour toutes les forces qui se trouvent en capacité de peser dans un sens ou dans l’autre, il y a lieu de bien mesurer les risques.
(À suivre)
Publié dans Révolution socialiste n°448 le 25 mai 2026