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Autodétermination contre défense de la planète ?

Vue d’ensemble d’une installation maritime dédiée aux activités énergétiques, symbole des enjeux industriels liés aux hydrocarbures. ©DR

L’ex-vice-président centriste du Sénat, Georges Patient, suivi par des parlementaires anticolonialistes, dont le leader du Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale (MDES), Jean-Victor Castor, ont réclamé la levée de l’interdiction légale des forages du sous-sol de Guyane et Mayotte, dans le but de mettre les ressources espérées au service du développement des territoires concernés.

Leur proposition de loi adoptée par le Sénat s’est en revanche heurtée à l’opposition du gouvernement ainsi que des députés écologistes et insoumis notamment. D’où la déception et le mouvement de colère de la représentation parlementaire guyanaise. Celle-ci n’a d’ailleurs eu aucun mal à dénoncer les incohérences du pouvoir incapable de mettre en place une politique de protection de l’environnement ni en France, ni aux colonies, ni dans le monde, mais qui fait mine de vouloir l’imposer en Guyane. En même temps, il laisse ce pays en proie au mal-développement et à la misère, au point que 53 % de la population se trouve actuellement en dessous du seuil de pauvreté.

À cet égard, une tribune rédigée par plusieurs élus et responsables politiques, sociaux et intellectuels, parmi lesquels Marcellin Nadeau et Malcom Ferdinand, tout en reconnaissant la légitimité de la colère guyanaise, souligne l’impasse que constitue le choix des logiques extractivistes lorsque l’on veut situer l’émancipation des peuples dans une perspective d’écologie décoloniale.

Nous partageons cette orientation et souhaitons souligner quelques éléments complémentaires.

Ces apparentes contradictions ne peuvent être surmontées qu’en se situant d’emblée au niveau international, ce qui n’empêche pas d’examiner les réalités concrètes de chaque parcelle du monde, et donc de celle que nous habitons. Il est bien par exemple évident que le tri et la collecte des sachets et matières plastiques pratiqués par chacun dans son territoire, aussi nécessaires soient-ils, ne constitueront que des gouttes d’eau dans l’immensité des changements à conduire. Les pays les plus menacés par la montée des eaux et la perte de la biodiversité, dont nous sommes, doivent être les fers de lance de la lutte nécessairement mondiale contre le saccage des énergies non renouvelables et l’extractivisme en général.

L’humanité doit beaucoup aux peuples amérindiens défenseurs de la « terre mère » contre la prédation capitaliste des impérialistes. C’est pour cela que nous sommes d’abord solidaires de ce combat, souvent mené dans des conditions impitoyables en Guyane comme ailleurs.

Mais le prix à payer pour ce service rendu à l’humanité ne doit pas reposer que sur les autochtones et peuples dominés, marginalisés, démunis, exterminés.

Le prix du renoncement aux hydrocarbures doit être payé par les responsables et les profiteurs d’un système qui nous a conduits au bord du gouffre.

Nous aimons la formule de Fidel Castro ornant les murs de La Havane dans les années soixante-dix du siècle dernier : « Avant la patrie, il y a l’humanité ». Principe encore plus vrai aujourd’hui ; mais l’humanité doit rendre la monnaie de la pièce aux patries qui « se sacrifient » pour elle, devons-nous ajouter ! Elle ne peut les laisser dans la misère et les souffrances.

Le président Rafael Correa de l’Équateur avait lancé un défi à l’ONU. Souvenons-nous de sa déclaration au début des années 2000 : « Nous renonçons à l’exploitation pétrolière dans notre partie de l’Amazonie à condition de recevoir de la communauté internationale l’équivalent des sommes perdues dans ce geste salvateur pour la planète ». Le rapport de forces ne permit pas à l’époque de faire entendre cette revendication, et l’on dut se contenter du transfert à l’État de l’exploitation des hydrocarbures. Son urgence est aujourd’hui encore plus grande qu’à l’époque. L’heure est aux négociations indispensables sur ce type de solutions prenant en compte chaque situation concrète.

Le pouvoir colonial français se donne le beau rôle en se prétendant frauduleusement défenseur de l’écologie. Il tente de faire oublier le rôle dévastateur joué par ses propres multinationales, Total et autres, dans les pays dominés. Aux peuples colonisés de lui rappeler ses turpitudes et d’exiger les moyens de mener des plans de développement respectueux des intérêts sociaux et environnementaux. Au lieu de beaux discours, il faut lui imposer des actes.

Le peuple guyanais a montré vaillamment sa capacité de lutte dans l’immense mouvement de 2015. Il est ridicule de prétendre que celui-ci n’a rien porté : investissements sociaux et équipements en ont résulté, c’est un fait.

Il reste que la tâche du développement et des moyens pour le réaliser est devant le peuple guyanais et devant tous les peuples des dernières colonies. La revendication autonomiste devenue quasi unanime en Guyane constitue un élément nouveau important, même pour tout indépendantiste convaincu.

L’exigence de moyens conséquents pour qu’un pouvoir guyanais puisse entamer une sortie de l’ornière coloniale serait un complément indispensable. Car les peuples des dernières colonies ont besoin de pouvoirs et de moyens. La Guyane a la possibilité d’ouvrir une brèche. Elle a droit à notre soutien dans cette perspective.

Le renoncement à la marche vers les hydrocarbures doit avoir une contrepartie concrète, réelle. Au moment où l’exigence de « réparations » semble s’imposer, il est temps de passer aux actes. La faire aboutir maintenant est une tâche digne d’une vraie coopération entre les peuples colonisés et le mouvement ouvrier et progressiste de France.

Publié dans Révolution socialiste n°452 le 22 juin 2026

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