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Un mouvement pour libérer un dirigeant musulman de Milwaukee détenu par l’ICE

par Mike McCallister

Le lundi 30 mars, Salah Sarsour, président de la Société islamique de Milwaukee (ISM), a été intercepté par une douzaine de véhicules et arrêté par 10 agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), qui l’ont d’abord conduit au centre de détention de Broadview, en Illinois, puis au Clay County Justice Center, près de Terre Haute, dans l’Indiana.

À l’annonce de son arrestation, la famille Sarsour a convoqué une conférence de presse pour le lendemain et a invité des militant·es pro-Palestine et des membres de l’ISM. Six cents personnes, dont le maire de Milwaukee Cavalier Johnson et le président du comté David Crowley, ont participé au rassemblement-conférence de presse du 2 avril à l’ISM. D’autres élu·es ont également publié des déclarations appelant à la libération de Sarsour.

Qui est Salah Sarsour ?

Sarsour, 53 ans, a grandi en Cisjordanie occupée par Israël. Adolescent, il a passé deux ans en prison pour « avoir lancé des cocktails Molotov sur les habitations des forces armées israéliennes ». Il est arrivé aux États-Unis en 1994. Avant son arrestation, le secrétaire d’État Marco Rubio l’avait déclaré « une menace pour les intérêts de politique étrangère des États-Unis en matière de lutte contre l’antisémitisme ».

Hanan Najeeb, responsable de la Coalition du Wisconsin pour la justice en Palestine, explique ce qui s’est réellement passé : « Il a été torturé à 15 ans pendant 80 jours consécutifs, contraint d’avouer et de signer des aveux en hébreu, une langue qu’il ne comprenait pas ».

À la suite du rassemblement initial, l’ISM a préparé une déclaration de soutien à Sarsour auprès des organisations musulmanes nationales, puis l’a diffusée auprès d’un cercle plus large d’organisations locales et nationales, recueillant plus de 100 signatures, dont celle de Solidarity Milwaukee.

Qualifiant Sarsour de « dirigeant communautaire de Milwaukee kidnappé par l’ICE », la déclaration affirme : « Salah est résident permanent légal aux États-Unis depuis plus de 32 ans. Il est un pilier de la communauté et un chef d’entreprise respectueux des lois à Milwaukee. [Après son arrestation,] sa famille a cherché désespérément à connaître son lieu de détention et son état de santé.

« Salah a grandi en Cisjordanie occupée en Palestine, où il a subi l’oppression et la torture aux mains des forces d’occupation israéliennes alors qu’il était enfant. Après son mariage, il s’est installé aux États-Unis et y a fondé une famille unie et aimante. Tout au long de sa vie, il a soutenu des dizaines de membres de la communauté, employant d’innombrables habitant·es de Milwaukee qui avaient besoin d’un travail, et construisant des organisations militantes et de formation pour donner une plus grande voix aux immigré·es, aux Palestinien·nes et aux musulman·es à travers le Wisconsin et le pays.

« L’histoire de Salah représente précisément la réussite de l’immigré réfugié qui devrait être célébrée, et non diabolisée, comme pierre angulaire des valeurs proclamées de ce pays. Le racisme structurel contre les Palestinien·nes et les musulman·es, en particulier les immigré·es, affaiblit notre démocratie et érode les droits humains pour tous et toutes. Le ciblage par le DHS (Département de la sécurité intérieure) d’un dirigeant communautaire comme Salah doit alarmer chacun·e d’entre nous. »

La déclaration compare le cas de Salah aux autres persécutions exercées par l’ICE contre des opposant·es au génocide perpétré par Israël à Gaza et en Cisjordanie.

« Sa détention reflète une tendance préoccupante que nous avons observée avec Mahmoud Khalil, Leqaa Kordia, Mohsen Mahdawi et d’autres voix critiques de l’oppression israélienne : cette administration instrumentalise le système judiciaire étatsunien pour défendre les intérêts d’un État étranger, Israël, au moment même où celui-ci commet un génocide à Gaza. Conscient d’avoir perdu l’opinion publique étatsunienne, le lobby israélien s’appuie désormais sur le système judiciaire pour saper nos droits constitutionnels et réprimer la contestation. L’arrestation de Salah reflète également des menaces plus profondes pesant sur notre démocratie, émanant d’une administration qui fait fi des valeurs étatsuniennes et considère les limites constitutionnelles et légales comme accessoires. Nous nous opposons à cette tentative coordonnée d’utiliser les tribunaux de l’immigration étatsuniens pour faire taire les voix palestiniennes et promouvoir un agenda raciste et islamophobe. »

Milwaukee n’en est pas à sa première confrontation avec l’ICE

Si Milwaukee n’a pas connu d’invasion violente par l’ICE comme Chicago et Minneapolis, c’est la deuxième attaque contre une personnalité publique dans la ville. En avril 2025, la juge du tribunal de circuit du comté de Milwaukee, Hannah Dugan, avait été arrêtée dans sa salle d’audience pour avoir aidé un immigré sans papiers à échapper à une arrestation par l’ICE. Eduardo Flores-Ruiz comparaissait devant le tribunal de Dugan pour des accusations de coups et blessures de nature délictuelle. L’ICE s’était présenté avec un mandat d’arrêt administratif pour Flores-Ruiz que Dugan avait refusé de reconnaître. Elle avait autorisé Flores-Ruiz et son avocat à quitter la salle d’audience à l’issue de sa comparution. Les agents fédéraux avaient finalement poursuivi Flores-Ruiz à travers le palais de justice et l’avaient arrêté. Flores-Ruiz a finalement été expulsé, et Dugan a été reconnue coupable de crime pour obstruction aux agents fédéraux, et acquittée du chef de recel d’une personne recherchée. Bien que son affaire soit en appel, elle a été contrainte de démissionner de sa fonction de juge.

Le soutien se renforce

Le Conseil du travail de la zone de Milwaukee a diffusé une déclaration rédigée par son Comité pour les droits des immigré·es : « Comme des milliers d’autres membres de communautés immigrées détenu·es par le DHS étatsunien ces dernières années, il ne fait l’objet d’aucune inculpation ni condamnation pénale. [...] Nous nous joignons à l’appel pour sa libération immédiate et exigeons que notre gouvernement garantisse la liberté d’expression pour tous et toutes ».

Des centaines de partisan·es de Sarsour à Milwaukee se sont rassemblé·es au bord du lac Michigan pour brandir des pancartes à destination des nombreux automobilistes passant le dimanche 12 avril. La foule enthousiaste s’est déployée sur le trottoir pendant environ une heure, agitant pancartes et drapeaux palestiniens, et scandant « Nous voulons la justice, nous voulons la paix ! Nous voulons l’ICE hors de nos rues ! » Sarsour a pris la parole lors du rassemblement par téléphone depuis la prison, galvanisant la foule.

Le 21 avril, le conseil municipal de Milwaukee a adopté à l’unanimité une résolution appelant le DHS à libérer immédiatement Sarsour. La résolution a été présentée par Alex Brower, un responsable des Democratic Socialists of America (DSA) à Milwaukee, élu au conseil en 2025.

Prochaines étapes judiciaires

La première audience de Sarsour est prévue le 27 avril devant le tribunal d’immigration de Kansas City. Les avocats s’efforcent d’obtenir sa sortie de la prison de l’Indiana. « Notre position est qu’il devrait être libéré et que sa détention est inconstitutionnelle », a déclaré Ahmad à Wisconsin Public Radio lors d’un récent entretien.

La persécution de Salah Sarsour représente une nouvelle attaque islamophobe contre les militant·es qui luttent pour la justice en Palestine et ailleurs dans le monde islamique. Libérez Salah Sarsour ! Libérez tout le monde maintenant !

Pour plus d’informations sur cette affaire : https://freesalah.org/ Pour contribuer à son fonds de défense : http://launchgood.com/SalahSarsour Envoyer du courrier à Salah en prison : 611 East Jackson St, Brazil, Indiana 47834

Milwaukee, le 21 avril 2026