La première grande leçon des guerres en Ukraine et au Golfe Persique crève déjà les yeux : les superpuissances ne font plus la loi ! Malgré leur supériorité militaire écrasante, tant la Russie de Poutine que les États-Unis de Trump rencontrent mille difficultés « non prévues », n'arrivent pas à briser la résistance des pays bien plus faibles, et risquent fortement d'être humiliés, ce qui pourrait bien les plonger dans une crise de tous les dangers.
Les faits bruts sont éloquents : la guerre contre l'Iran que Trump a qualifiée souvent de simple… « courte excursion », et qui devait s'achever après « deux-trois jours », dure déjà depuis trois mois, sans que personne puisse prédire quand et comment elle va prendre fin. Quant à la guerre contre l'Ukraine que Poutine a appelée simple… « opération militaire spéciale » et qui devait s'achever après 4-5 jours avec l'entrée triomphale de l'armée russe dans Kyiv, elle dure déjà depuis plus de quatre ans et ses victimes (militaires et civils morts et blessés) sont désormais près de… deux millions ! En somme, Trump et Poutine, à vies et idéologies parallèles, bains de sang et désastres parallèles !…
En effet, Trump le magnat de l'immobilier, et Poutine l'agent du KGB, partagent non seulement la même mégalomanie mais aussi la même idéologie et les mêmes pratiques antidémocratiques, racistes, répressives, virilistes et hypernationalistes qui font d'eux des fascistes purs et durs. Et ce n'est donc pas un hasard que tous les deux sont les piliers de cette Internationale Brune de nos cauchemars, qui regroupe pratiquement tout ce qu'il y a d'extrémistes de droite, de néonazis et de néofascistes de par le monde !
Alors, étant donnés leurs traits distinctifs précités, leurs mésaventures ukrainiennes et iraniennes acquièrent une dimension et un sens autrement plus importants. Ce ne sont plus seulement les traditionnelles superpuissances nord-américaine et russe qui entrent en crise car incapables d'écraser une fois pour toutes leurs adversaires. En réalité, ce qui, à travers ces deux superpuissances russe et étatsunienne, entre actuellement en crise profonde et multidimensionnelle est quelque chose de bien plus important : le système capitaliste lui-même. Un système capitaliste qui, pour la deuxième fois en 100 ans, a recours à sa planche de salut traditionnelle et à ses « solutions extrêmes » : la guerre et l'attaque frontale contre les droits humains et les libertés démocratiques, ainsi qu'à ce qui reste de sa démocratie bourgeoise !
D'où cette angoisse diffuse, ce sentiment qui va se généralisant de fin de monde, car la crise de nos superpuissances barbares et inhumaines mine, ronge et finalement détruit l'ancien ordre (néolibéral) sans être en mesure d'en imposer un nouveau. Cependant, une telle situation est suffisamment dangereuse pour les intérêts de ceux d'en haut pour ne pas les inciter à réagir. Et voilà tous ceux qui, il y a encore un an ou même six mois, faisaient preuve d'une servilité sans borne envers Trump, prendre aujourd'hui leurs distances et même aller jusqu'à envisager le divorce avec la superpuissance étatsunienne. Et tout ça tandis que même les « amis » et autres « alliés » traditionnels de la Russie tournent actuellement le dos à Poutine, allant jusqu'à refuser de figurer à côté de lui sur la tribune officielle de la Place Rouge aux jours de grandes commémorations.
Mais, comme on pouvait s'en attendre, c'est à l'intérieur de leurs pays respectifs que la réaction de ceux d'en haut contre l'« aventurisme » va-t-en-guerre de Trump et de Poutine pointe désormais le nez. Et si aux États-Unis un vent de révolte contre Trump commence maintenant à souffler même dans les rangs du parti Républicain, la situation n'est pas très différente dans cette Russie de tous les complots et coups d'État de palais héritée du temps du tsarisme et du stalinisme, dont Poutine d'ailleurs se revendique : la popularité de Poutine est, pour la première fois, en chute presque libre, les fuites concernant la crise de confiance qui s'installe au sommet du pouvoir se multiplient, et cette ambiance de fin de règne — accentuée par les mauvaises performances de l'économie russe (les prévisions officielles ramènent maintenant sa croissance pour cette année de 1,3 % à 0,4 %) — et surtout par les échecs et les impasses de la guerre contre l'Ukraine, font que Poutine l'autocrate se montre de plus en plus méfiant de tout le monde.
Et sans doute a-t-il tout à fait raison d'être méfiant. Car, ces derniers temps, il ne fait qu'accumuler des échecs et des problèmes. Il a perdu non seulement son cher Orbán en Hongrie, mais aussi ses points d'appui dans l'Afrique subsaharienne où les mercenaires de Wagner (nouvellement appelé… Afrika Korps) viennent de plier bagage, tandis que l'Afrique noire qui lui était si proche hurle maintenant contre lui après la révélation du sort atroce et macabre que son armée a réservé aux centaines d'Africains — surtout Sud-Africains — qui se sont trouvés, malgré eux, en toute première ligne du front en Ukraine pour servir de chair à canon.
Mais le pire pour Poutine est que son armée n'avance plus en Ukraine et même recule sous la pression des Ukrainiens qui effacent leurs pertes territoriales subies depuis 2024 ! Et comme si cela ne suffisait pas, l'armée ukrainienne porte désormais la guerre en Russie, avec ses drones et ses missiles qui frappent de préférence des infrastructures énergétiques et pétrolières jusqu'à plus de 2 000 km à l'intérieur du pays ! Le résultat est dévastateur, pas seulement parce que ces frappes des pipelines, des terminaux, des raffineries ou des ports ont fait chuter la production pétrolière russe à son plus bas niveau depuis 17 ans — annulant ainsi, au moins en partie, les effets bénéfiques des « cadeaux » que Trump a faits à Poutine en levant les sanctions qui pesaient sur les exportations pétrolières russes. Mais aussi et surtout parce qu'elles rendent, pour la première fois, tangible aux citoyens russes cette guerre qui leur était jusqu'à peu trop lointaine et abstraite, ce qui affecte déjà leur moral et change radicalement leur perception de cette guerre coloniale et barbare contre le peuple ukrainien.
Il va sans dire que les premiers et plus grands responsables des malheurs de Poutine sont ces hommes et femmes ukrainien·nes qui se battent héroïquement depuis 51 mois, avec un succès inespéré, contre une puissance (nucléaire) plusieurs fois plus grande, plus puissante et plus armée, démentant ainsi tous les pronostics initiaux tant de leurs « amis » que de leurs ennemis. Le fait que ces Ukrainien·nes non seulement résistent mais passent aussi à la contre-attaque ne pourra qu'inspirer d'autres peuples de par le monde, victimes des mêmes agressions et des mêmes oppressions de la part des mêmes puissances impérialistes ou d'autres…
Malheureusement, toute autre est la situation du peuple iranien, coincé et pris en sandwich entre la féroce répression qu'il subit de la part d'un régime barbare et obscurantiste, et les bombardements dévastateurs du tandem Trump-Netanyahou qui s'en fout éperdument de son sort. D'ailleurs, il faut admettre la triste réalité : la guerre contre l'Iran menée par l'impérialisme étatsunien et son acolyte israélien n'a pas affaibli, mais au contraire raffermi le régime théocratique, tout au moins pendant un certain temps.
La conclusion, bien que provisoire, va de soi : les guerres impérialistes tant en Ukraine qu'au Golfe Persique non seulement se retournent contre leurs initiateurs, mais sont également en train de semer un chaos inédit en emportant l'ordre qui régnait sur le monde depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La crise qui s'ensuit pourrait devenir cataclysmique si l'humanité laisse profiter de la situation et remplir le vide créé les divers néolibertariens milliardaires1 et autres nostalgiques des camps d'extermination nazis aux projets messianiques et profondément suprématistes, inhumains et misanthropes. À nous tou·tes de réagir avant qu'il ne soit trop tard…