Le sadisme barbare du régime Trump, qui s’attaque à Cuba par la famine pour provoquer un changement de régime, apparaît clairement lorsque l’on examine les circonstances et le contexte.
Les controverses internes à la gauche au sujet du caractère du gouvernement et de l’État cubains sont complètement hors de propos face à la brutalité dont font preuve les États-Unis. L’État et le gouvernement impérialistes américains, ce sont eux qui doivent être traduits en justice.
C’est cet État et ce régime Trump qui se vantent d’avoir fait exploser plus de cinquante bateaux dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, sous le prétexte mensonger qu’ils « transportaient de la drogue », tuant près de deux cents personnes, dont des victimes de bombardements « à double frappe » — dans la plupart des cas, probablement des bateaux de pêche — sans la moindre preuve, et encore moins de procédure judiciaire.
Ce même régime a maintenant mis en accusation l’ancien président et ministre de la Défense cubain Raúl Castro pour avoir fait abattre il y a trois décennies trois avions de l’organisation d’exilés cubains « Brothers to the Rescue ».
Cela n’a rien à voir avec la justice ou une quelconque menace pour la sécurité nationale, mais relève du pouvoir impérialiste brut, tel qu’il s’exerce dans le cadre de la « doctrine Monroe » sous une présidence américaine en perdition, combiné au zèle fanatique de Marco Rubio, possédé possédé qu’il est par son complexe du sauveur et son obsession de « sauver Cuba du communisme ».
Cette arrogance s’est pleinement manifestée avec l’enlèvement de l’ancien dirigeant vénézuélien Maduro. Trump s’attendait à reproduire cet exploit en Iran — sans tenir compte d’un détail : Téhéran avait la capacité de riposter. (Il faut reconnaître que celles et ceux d’entre nous qui savaient que les absurdités de Trump en matière de droits de douane et de réductions d’impôts porteraient préjudice à l’économie américaine ont sous-estimé son potentiel à faire s’effondrer l’économie mondiale tout entière.)
Dévastation généralisée
Plus largement, l’assaut américain contre Cuba est un avertissement délibéré à l’intention de tout mouvement ou gouvernement progressiste actuel ou futur en Amérique latine. Aujourd’hui, la vie des enfants cubains, des femmes enceintes et de toutes les personnes qui auraient besoin de soins de santé, et qui meurent faute d’électricité et de fournitures médicales, constitue un sacrifice humain sur l’autel de la rapacité et de l’idéologie impérialistes.
Il fut un temps où le Cuba postrévolutionnaire représentait une sorte de défi radical à l’hégémonie américaine, ou tout au moins repcésentait ce qui était appelé la « menace de l’exemple » de Cuba, avec ses avancées en matière d’éducation et de santé publique. En toute honnêteté, une telle « menace » a pris fin il y a longtemps avec la défaite des révolutions d’Amérique centrale dans les années 1980, puis la désintégration de l’Union soviétique en 1991.
Les trente-cinq années qui ont suivi, à commencer par la « période spéciale » d’austérité et de privations du début des années 1990, ont été marquées par une lutte pour préserver l’indépendance et la viabilité économique de Cuba dans un contexte de menace constante, ainsi que par des vagues d’émigration. C’est dans ces circonstances que s’est produit la destruction des avions pilotés par des exilés en 1996.
Ces vols de « Brothers to the Rescue », quelle que soit l’aide humanitaire qu’ils auraient pu apporter aux bateaux de réfugiés au début des années 1990, constituaient également des provocations délibérées contre la souveraineté de Cuba. Ils entretenaient des liens opaques avec la CIA et le FBI, dont certains ont été révélés par des agents du gouvernement cubain qui avaient infiltré le groupe.
En 1996, en pénétrant dans l’espace aérien cubain et en larguant des tracts au-dessus de La Havane, ils s’étaient lancés dans une opération à haut risque qui s’est terminé tragiquement.
Cela justifiait-il que l’armée de l’air cubaine abatte de petits avions civils ? À mon avis, clairement non — quelles que soient leurs intentions malveillantes ou provocatrices, ces vols ne constituaient pas une menace imminente pour la sécurité ni sur le plan militaire.
Cuba pouvait certainement les intercepter sans recourir à de telles méthodes. L’impact politique en fut désastreux, entraînant des sanctions anti-cubaines encore plus sévères, adoptées par un accord « bipartisan » entre l’administration Clinton et la direction républicaine du Congrès
Cette destruction en vol aurait-elle justifié une enquête indépendante ? Peut-être — dans un monde différent, doté d’un organisme habilité à la mener. Dans le monde réel, le gouvernement et le système judiciaire des États-Unis ne remplissent pas cette fonction et ne sont pas habilités à poursuivre Cuba ou ses responsables pour cette affaire ou toute autre. C’est l’impérialisme américain qui devrait être mis en cause.
Il y a des exilé.es cubain.es, et pas seulement des extrémistes de droite, qui pensent que Trump et Rubio vont « libérer » l’île. Ils devraient regarder ce qui se passe au Venezuela, où le régime policier post-chaviste de Maduro reste en place, sous une nouvelle direction à la solde de Washington, et où persistent des conditions de vie désastreuses.
L’intention de s’en prendre à Cuba s’inscrit dans le cadre du projet qui vise à asservir toute l’Amérique latine à la domination et à l’emprise des multinationales, en particulier des grandes entreprises américaines, au mépris de la démocratie. C’est là une voie rapide qui mène à la ruine de l’hémisphère, et cela accroît considérablement les enjeux.
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de DeepLpro. Source : Solidarity, 28 mai 2026