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Tourisme dans la Caraïbe : Une pompe aspirante vers les pays dominants

Le secteur du tourisme a été promotionné dans nos îles, nous disait-on, en raison de perspectives d’emplois et de développement issues du ruissellement des richesses créées par cette activité, pour laquelle elles bénéficiaient de surcroît d’une prétendue incontestable « vocation » naturelle.

Or, l’ensemble des ministres du tourisme de la Caraïbe récemment réunis à Antigua-et-Barbuda adresse une sévère critique à ce modèle développé depuis l’euthanasie de la production sucrière, c’est-à-dire un bon demi-siècle. Ils considèrent cette stratégie comme profondément injuste, dans la mesure où 80 % des bénéfices produits dans ce secteur sont exportés vers les pays étrangers, majoritairement propriétaires des hôtels (États-Unis, Europe, Canada…), ceci aux dépens des pays caribéens, importateurs de l’essentiel des biens et produits alimentaires disponibles sur leurs marchés. Un transfert de richesses rappelant fâcheusement les avatars de la spéculation sucrière qui laissa les colonies dans le dénuement que l’on sait. De sorte que cette activité économique n’est en définitive ni rentable ni durable. En effet, faisant fi des besoins des populations autochtones et des aspirations au développement des pays d’accueil, les multinationales n’ont d’autre souci que le retour sur investissements de leurs placements, en dépit des néfastes retombées en termes d’environnement et de conditions de vie.

Ainsi, avec les infrastructures mises en place en vue de la mobilisation des capitaux (ports de croisière, stations balnéaires, terrains de golf…), ce système n’a fait qu’accroître la pauvreté et saccager l’environnement (régression de la biodiversité, érosion des plages, destruction de l’habitat traditionnel, refoulement des populations, élimination des mangroves, émigration…).

Force est aussi de constater que dans leur majorité, les gouvernements caribéens et autres décideurs, dont les nôtres, ont été les maîtres d’œuvre de cette néfaste stratégie, en offrant nombre d’avantages aux promoteurs : subventions, allègements fiscaux, dérogations, facilités diverses, etc. Mais en dépit d’une multitude de mesures générales et spécifiques envisagées, ces mêmes instances ont malheureusement bien du mal à renverser un ordre dont les puissants sont les grands bénéficiaires.

Le débat sur l’activité hôtelière dans notre pays devrait prendre en compte ces problématiques mettant en cause les pratiques dominantes dans l’ensemble du bassin caribéen. En s’entêtant dans les sentiers battus ultra-libéraux dans les projets Pointe du Bout et Carbet par exemple, après de longues années de gaspillage par obstination et impéritie, nous persistons dans l’impasse que nos voisins cherchent si laborieusement à corriger. Situation d’autant plus alarmante qu’avec la crise mondiale actuelle du capitalisme, à laquelle s’ajoute l’insécurité de la zone générée par la sauvage militarisation trumpiste, ces initiatives se heurtent à bien des obstacles.

Un proverbe de chez nous dit : « Lè bab vwazen ka pri difé, wouzé taw ». Apprécions-en tout le suc, en contribuant à l’embellie idéologique dont est annonciatrice l’actuelle contestation d’un ordre scélérat par lesdits voisins !

Publié dans Révolution socialiste n°447 le 18 mai 2026