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Le transport terrestre en Martinique : Quelles suites au débat ?

Il faut saluer la « conférence-débat » organisée par Francis Carole, Béatrice Bellay, Daniel Marie-Sainte mercredi dernier, et la participation du comité de grève de Transaglo animé par la CGT. C’est parce que cette initiative du débat public sur un sujet qui est dans toutes les conversations est positive que nous souhaitons la poursuivre avec quelques remarques. La volonté d’équilibre entre intérêts des salariés et ceux des usagers était manifeste dans le propos introductif. Mais si le souci des trois éluEs de se démarquer de la majorité actuelle en charge des organismes qui gèrent l’activité était évidente et normale, il reste beaucoup à dire et faire pour avancer réellement dans une solution intégrant tous les intérêts légitimes concernés. L’intérêt global, écologique et sanitaire de la population, avec un transport public réduisant la folie du tout-automobile. L’intérêt social pour une mobilité de qualité, plus proche possible de la gratuité. L’intérêt des travailleurEs du secteur (conditions de travail, rémunération, sécurité…). L’intérêt économique pour la collectivité.

Pour venir à bout de ce vaste chantier, il faudra plus que la seule empoignade d’éluEs, la seule négociation avec telle ou telle partie des salariés, et la seule écoute des récriminations renouvelées d’associations d’usagerEs.

La démocratie, la justice et l’efficacité supposent que la société entière s’empare du sujet et procède aux arbitrages résultant des choix préalables et évolutifs.

La question posée par la journaliste Cécile Marre était simple, mais centrale : y a-t-il assez d’argent pour gérer le transport ? La réponse de Béatrice Bellay : non ! était évidente, mais ne chercha pas d’explications au-delà des dysfonctionnements, des corruptions, plus évoquées de façon très allusive, que véritablement exposées. On ne peut raisonnablement faire l’économie de deux questions centrales : quel prix la société est-elle prête à consacrer à la mise en place d’un transport public satisfaisant pour le plus grand nombre ? Qui doit payer ? Nous renvoyer à l’expropriation de la bourgeoisie jusqu’au niveau international risque de paraître un peu court, ici et maintenant, même si cet objectif historique est aussi le nôtre. Il faut décider d’un financement qui mette à contribution les grosses fortunes et l’État.

Les hauts cris poussés par les diverses branches du patronat lorsque la CTM a parlé de demander le pouvoir d’augmenter légèrement la taxe pesant sur les entreprises n’ont fait l’objet d’aucun débat dans la société.

La question du financement doit faire l’objet d’un débat démocratique, tranché démocratiquement. Si par ailleurs les intérêts collectifs sont mis au poste de commande, il convient de sortir de la logique du marché comme régulateur de l’activité. Toutes les solutions de « délégation de service public » dont raffolent bon nombre de nos politiciens cachent en réalité une tromperie. Le service public étant « délégué », il n’appartient plus au public, mais bien au privé. C’est clair ! Et si la politique ne permet pas de trancher dans la transparence ce type de questions, elle perd une grande partie de son objet.

Cette réflexion vaut pour tout ce qui concerne le bien commun : habitat, transport, eau, hygiène, énergie, déchets, etc. Répétons que l’application du principe de la gestion publique, de l’expulsion de la prédation capitaliste, ne sera un plus réel pour la société que si des mécanismes de contrôle ouvrier et citoyen sont mis en place dans le même temps. La gabegie, le laxisme, la corruption, le mépris de l’intérêt général ne seront jamais une bonne façon de remplacer la rapacité capitaliste. Le mouvement ouvrier ne doit avoir aucune tendresse pour les passe-droits, les injustices, bref les magouilles décrites par Béatrice Bellay évoquant « les petits copains bénéficiaires », car toutes ces dérives sont socialement néfastes.

En définitive, il n’y aura jamais de baguette magique ni de grand timonier pour résoudre à la place du peuple les problèmes liés au fonctionnement de la société. Les mains magiciennes, comme disait Fanon, ne peuvent être que les mains du peuple.

Publié dans Révolution socialiste n°447 le 18 mai 2026