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Suède : Le congrès du Parti de gauche – un tour d’horizon des décisions prises

par Håkan Blomqvist

Le parti de gauche Vänsterpartiet compte 24 député·es au Riksdag (sur 349). Pour les élections générales prévues en septembre, les sondages le créditent d’au moins 7% des voix. C’est dans ce contexte que vient de se tenir le congrès du parti dont rend compte Håkan Blomqvist dans cet article paru sur le site de Internationalen, la section suédoise de la IVe internationale (PV).

Le Parti de gauche suédois a tenu son 46e congrès le week-end des 18 et 19 avril. Le congrès a révélé une confiance en soi et un esprit combatif presque assourdissants à l’approche des élections du 13 septembre.

La priorité pour la direction du parti – et pour la majorité des délégué·es – était de « attacher Nooshi au mât » [Nooshi Dadgostar est la présidente du Parti de gauche] autour de l’exigence de faire partie d’un futur gouvernement et de ne pas accepter d’autre alternative gouvernementale. La question est de savoir si cela a suffi à rassurer les nombreux membres du parti qui ont été et restent inquiets quant aux conséquences que cette ligne intransigeante pourrait entraîner. Par exemple, de nouvelles élections qui donneraient une nouvelle chance à Jimmy Åkesson, écrit Håkan Blomqvist, qui a lui-même participé au congrès et passe ici en revue ses décisions.

– « Nous avons désormais devant nous le plus grand combat de tous les temps. Nous allons instaurer un impôt sur les milliardaires, réduire le temps de travail, geler les loyers et fixer un plafond pour les soins dentaires afin que toute la Suède ait les moyens de sourire.

Nos adversaires feront tout pour nous arrêter, mais ils n’y parviendront pas. Toute l’histoire du mouvement ouvrier suédois montre que ça vaut le coup de se battre. Le sol brûle sous nos pieds ! Si ce n’est pas nous, alors qui ? Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Nous ne sommes pas là pour gagner la partie, mais pour changer les règles du jeu et redonner à l’espoir sa place normale.»

Le discours militant de Nooshi Dadgostar lors du congrès a donné le sentiment d’un « maintenant ou jamais ». La campagne électorale du Parti de gauche vise à conquérir le pouvoir politique et à amorcer un changement radical dans la politique suédoise, en passant d’une politique de classe bourgeoise à une politique de bien-être solidaire. My Kårlycke, présidente des Jeunes de gauche, a déclaré en ouverture du congrès que cette élection était le théâtre du combat entre le travail et le capital : « De quel côté êtes-vous ? Êtes-vous milliardaire ou prolétaire ? » Et les interventions ont porté sur la conquête du pouvoir pour le bien du plus grand nombre, des salarié·e·s et de la protection sociale. Oui, le sentiment que l’enjeu était crucial était intense : « l’élection la plus importante de notre vie » contre « le gouvernement le plus réactionnaire que la Suède ait jamais connu ». Pour « un changement socialiste au pouvoir » était le slogan des journaux électoraux du parti. Dans le même temps, l’hebdomadaire Flamman [indépendant de gauche ndt] titrait « Le communisme, c’est la liberté ». Hmm....

Nooshi Dadgostar, Ida Gabrielsson et les autres membres de la direction du parti ont été très applaudis lors du congrès. Ici, lors d’une conférence de presse.

Mais au milieu de cette atmosphère quasi révolutionnaire, une sorte de grand ménage a été effectué parmi les 557 propositions diverses et parfois exubérantes relatives au programme électoral, aux statuts, à l’organisation et à la politique générale. D’une part, grâce au système mis en place lors du dernier congrès, selon lequel 10 % des délégué.e.s, soit 23 d’entre eux/elles, doivent soutenir une proposition pour qu’elle puisse être soumise au vote. Cette mesure s’appuie sur le constat tiré des congrès précédents, qui s’étaient transformés en interminables séances de vote laissant très peu de temps au débat. Avec le doublement du nombre de membres du parti et le droit pour chaque membre individuel de présenter des propositions, un vote sur chaque proposition aurait fait exploser le temps imparti. En raison de la règle des dix pour cent, la grande majorité des propositions n’a pas été soumise au vote. En fait, seuls une vingtaine de propositions a fait l’objet d’un vote.

Une forme de restriction a également été mise en place concernant le temps de parole. Alors que lors des congrès précédents, le temps de parole pouvait être largement accaparé par de longs discours prononcés par des hommes (souvent) éloquents appartenant à la direction du parti, les délégué.e.s devaient désormais saisir numériquement leur nom par ordre de priorité pour différents blocs de propositions. De cette manière, les délégué·es ont eu la possibilité de prendre la parole pendant 2 minutes sans sortir du cadre imparti par l’ordre du jour, et des centaines de voix provenant du pays tout entier ont pu se faire entendre. Mais dans le même temps, de nombreuses personnes n’ont pas eu la possibilité d’aborder d’autres sujets que celui pour lequel elles s’étaient inscrites.

La grande majorité des propositions n’a pas obtenu le soutien de 10 %, même si plusieurs d’entre elles ont été défendues à la tribune. Il y avait une multitude de propositions allant des droits des animaux, de la taxe sur l’IA et des programmes scolaires aux mesures contre les délocalisations et les fermetures d’entreprises, en passant par le rétablissement de la LAS [loi sur la sécurité de l’emploi], le socialisme et les mouvements sociaux. Pour n’en citer que quelques-unes. Un autre exemple concernait les nombreuses propositions contre l’OTAN, l’accord DCA [accord de défense avec les États-Unis] et la poursuite du réarmement. La plupart n’ont pas été soumises au vote. Une motion sur le travail au service de la paix et contre le DCA, présentée par la section de Göteborg, a toutefois été soumise au vote et rejetée à seulement sept voix près : 102 voix pour la motion et 109 pour le rejet recommandé par la direction du parti.

D’autres propositions, qui ont été soumises au vote et ont fait l’objet d’un débat intense, concernaient l’objectif de 1 % [du revenu national brut] pour l’aide au développement et l’énergie nucléaire. Plusieurs interventions ont critiqué les mesures financières proposées par le parti, car elles ne maintenaient pas l’objectif de 1 % comme un outil de solidarité internationale. La direction du parti a déclaré que cet objectif restait d’actualité, mais que le niveau ne pouvait être rétabli immédiatement après les coupes budgétaires de Tidö [le gouvernement actuel]. Selon la direction, le fait que le Parti du Centre (C) et les Verts (MP) l’aient inclus dans leurs propositions budgétaires s’expliquait par le fait que le Centre y avait inclus l’aide à l’Ukraine et que les Verts avaient choisi de moins investir dans la protection sociale. La proposition a été rejetée malgré un soutien notable.

En ce qui concerne l’énergie nucléaire, de nombreuses voix se sont élevées pour demander d’inclure l’opposition au nucléaire dans le programme électoral et d’utiliser le terme « énergies renouvelables » plutôt que « sans énergies fossiles », qui peut également être interprété comme incluant le nucléaire. La direction du parti a instamment demandé au congrès de ne pas intégrer l’énergie nucléaire dans la campagne électorale. Non pas au motif que cela compliquerait les négociations avec les sociaux-démocrates, mais parce que les partis du Tidö au pouvoir et les médias ne s’intéresseraient alors plus qu’à cela. L’équipe dirigeante a obtenu gain de cause face à une minorité significative.

Et il en a été de même pour la grande majorité des propositions soumises au vote. L’asile et la migration, avec des formulations plus précises sur le permis de séjour permanent et l’adoption d’une stratégie nouvelle, certaines propositions sur le climat, la légalisation du cannabis, l’utilisation du terme « apartheid » pour qualifier Israël, et bien d’autres encore. Il convient de mentionner ici que la direction du parti, dans ses rejets ou ses propositions selon lesquelles « la motion doit être considérée comme ayant reçu une réponse », n’a que rarement pris ses distances par rapport au fond ou aux motivations des propositions. La direction a fait valoir qu’il s’agissait de la stratégie de campagne elle-même et a expliqué, par écrit, que le programme électoral proposé « présente la politique générale du parti ». Mais toutes les dispositions du programme du parti, les propositions antérieures et les résolutions du Parlement demeurent inchangées. La difficulté de cette position est apparue immédiatement après le congrès, lorsque Nooshi Dadgostar, dans l’émission Dagsorden de la chaîne SVT, a tenté d’éviter de répondre à la question sur le permis de séjour permanent. Des formulations générales sur une politique migratoire humaine ne suffisaient pas.

Même si quelques propositions ont été adoptées, par exemple celle visant à remplacer les termes « salariés » ou « personnes » par « travailleurs », les questions relatives à l’organisation et aux statuts ont suscité des contestations à l’encontre de la direction. Plusieurs propositions et interventions ont exprimé la crainte que le droit des membres à présenter des propositions ne soit restreint par une modification des statuts stipulant que toutes les propositions individuelles au congrès doivent passer par le niveau des sections ou des districts. Non pas pour être bloquées, mais pour faire l’objet d’une évaluation collective. Le nouvel article a cependant été adopté par une large majorité, en dépit des critiques.

Une autre question portait sur le « lobbying », sur laquelle de nombreuses personnes ont plaidé pour une tolérance zéro tant en ce qui concerne l’adhésion d’influeuceurxs venus du monde des affaires que l’application de conditions strictes, telles qu’une période probatoire, pour les personnes ayant exercé une fonction politique. La direction a justifié son refus en affirmant que le parti ne pouvait pas imposer d’interdiction d’activité professionnelle et qu’une période de carence devait être réglementée par la loi. Ce qui a été accepté par une courte majorité.

En revanche, sur la question des cotisations au parti, le ton a changé. Des intervenant·es de tout le pays se sont succédé pour s’opposer avec véhémence à une baisse de cinq points de pourcentage de ces cotisations. « Déjà aujourd’hui, a déclaré un représentant, les élu·es sont autorisé·es à conserver un peu plus de 37 000 couronnes de leur salaire, soit près du double de ce que touche un·e aide-soignant·e. » « Il n’est pas acceptable, dans la pratique, d’augmenter le revenu net des élu·es de plusieurs milliers de couronnes alors que les gens sont en difficulté et que nous militons pour une augmentation des impôts sur les hauts revenus », a déclaré un autre. « Nos élu·es ne devraient pas vivre dans des conditions économiques totalement différentes de celles des personnes que nous représentons », ont déclaré les délégué·es, et Samuel Gonzalez Westling, membre de la direction, s’est montré assez démuni pour défendre la proposition. L’argument selon lequel les élu·es travaillent beaucoup a notamment été perçu comme une provocation par les membres, qui bossent dur tant au travail que pendant leur temps libre. « Se présenter aux élections est un choix entièrement volontaire », ont souligné les critiques. De plus, s’engager dans la politique de gauche en tant qu’élu·e enrichit la vie, a déclaré un délégué qui avait fait un burn-out dans un emploi « ordinaire ».

La proposition de la direction visant à réduire la contribution au parti a donc été rejetée par 30 voix d’écart, 122 voix contre la réduction de celle-ci contre 92 pour la direction. De même, la proposition visant à exempter de cotisation au parti les éventuels ministres et secrétaires d’État a été rejetée par 110 voix contre 100. Toutes les personnes élues doivent s’acquitter de la cotisation au parti telle qu’elle a été décidée.

Pour le reste, le congrès a suivi les propositions de la direction. Un dixième des recettes des sections locales du parti doit continuer à être versé à l’organisation de jeunesse Ung Vänster (ce qui avait été remis en question). Les réunions préparatoires non mixtes resteront obligatoires. Et une proposition de la commission syndicale demandant que la réunion nationale des syndicalistes se tienne séparément et ne soit pas noyée dans les activités des « Journées de gauche » ou autres a été adoptée, malgré le refus de la direction. En outre, il a été décidé à une courte majorité (104 contre 101) que le Parti de gauche devait s’engager en faveur de l’heure normale (c’est-à-dire contre le passage à l’heure d’hiver et à l’heure d’été), et, à une large majorité (122 contre 82), que le parti devait œuvrer pour l’abrogation de la loi sur les atteintes à la dignité des fonctionnaires – un projet de loi auquel le Parti de gauche avait lui-même contribué et qu’il avait soutenu. « C’est une pure loi de classe », ont déclaré de multiples voix.

Mais l’essentiel pour la direction du parti – et la majorité du congrès – était d’« attacher Nooshi au mât » : l’exigence de faire partie d’un futur gouvernement et de ne « laisser passer » aucune autre alternative gouvernementale. L’opposition et les critiques à l’encontre de cet ultimatum, qui étaient venues de plusieurs côtés avant le congrès, se sont presque complètement tues. Peut-être parce que, comme l’a exprimé un représentant de Göteborg, la direction du parti l’avait annoncé bien avant les discussions préalables au congrès et s’était publiquement engagée dans cette voie. Qui aurait donc pu voter contre – et était-ce démocratique ? Dans le même temps, il est assez remarquable que les discussions qui ont préludé aux propositions sur la question du gouvernement, émanant notamment des sections locales de Göteborg, Malmö, Uppsala et Umeå, n’aient pas du tout eu de répercussion au congrès. La question est de savoir si cela apaisera les inquiétudes qui ont existé et qui existent encore chez bon nombre de membres de la gauche quant aux conséquences que pourrait avoir cette stratégie. Par exemple, en cas de nouvelles élections offrant une nouvelle chance à Jimmy Åkesson [dirigeant de l’extrême droite].

Le 46e congrès du Parti de gauche a également exprimé une confiance en soi et un esprit combatif presque assourdissants à l’approche des prochaines élections. De nombreux messages de soutien internationaux, de la Macédoine du Nord aux États-Unis, de la Palestine à l’organisation de gauche ukrainienne Sotsialnyi Rukh, qui a pris la parole depuis la tribune, sans parler de tous les messages vidéo provenant de mouvements populaires suédois, de syndicats, de l’Association pour la protection de la nature et de nombreux autres, ont délivré le même message : Nous faisons partie d’un vaste mouvement qui va défier la droite en Suède le 13 septembre – et gagner.

Publié le 22 avril 2026 par Internationalen, traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de Deeplpro.