Pas de doute, l’« antisémitisme » version Netanyahou, fait rage par les temps qui courent ! La preuve ? Israël, l’État hébreu qui prétend représenter tous les juifs sur la planète terre, est « le plus haï du monde » de l’aveu de J.D. Vance, le vice-président de Trump qui aime affirmer que son gouvernement est le plus pro-israélien de l’histoire des États-Unis ! L’affirmation est suffisamment grave pour mériter une explication, d’autant plus que les dirigeants de cet État israélien martèlent sans arrêt que ceux qui critiquent, et a plus forte raison « haïssent » leur pays, sont des « antisémites » patentés. Alors, comment est-on arrivé à ce que pratiquement tout le monde s’est reconverti à cet « antisémitisme » ? Et qui en est le grand responsable ?
Évidemment, le grand responsable est l’État d’Israël, ses politiques et surtout ses actes. Et incontestablement, c’est le génocide toujours en cours des Palestiniens de Gaza qui a tellement choqué et ému l’humanité entière au point de lui ouvrir les yeux une fois pour toutes sur la vraie nature coloniale, raciste et barbare de l’État sioniste. Cependant, le génocide — en direct — des Palestiniens n’explique pas tout. Il y a eu aussi les très « mauvaises fréquentations » de cet État israélien et de ses dirigeants. Ses dirigeants qui, à l’instar de Netanyahou lui-même, n’ont pas hésité à s’allier à tout ce qu’il y a comme racaille raciste, nostalgique ou héritière des régimes antisémites exterminateurs et génocidaires de Juifs, afin d’appliquer leurs politiques, dont celle qui consiste à déclarer la guerre à ceux qu’ils appellent « antisémites » parce qu’ils « osent » critiquer leur dérives criminelles, racistes et assassines. Ce n’est donc pas une surprise que ce soit exactement la fine fleur de l’extrême droite européenne au passé violemment antisémite comme le néonazi AfD allemand, le VOX franquiste espagnol ou le RN pétainiste français qui deviennent les meilleurs soutiens d’Israël et les premiers à persécuter et qualifier d’« antisémite » toute personne, juifs inclus, qui oserait critiquer les politiques criminelles de ce pays. En somme, le monde à l’envers…
Comme par exemple, ils l’ont fait contre le juif Edgar Morin, le grand sociologue et philosophe français dont l’œuvre, la vie et les actes ont marqué la deuxième moitié du XXe siècle, l’accusant d’« antisémitisme » parce qu’il avait osé co-signer en 2002 un texte titré « Palestine-Israël : le cancer » comprenant des phrases comme celle-ci : « Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, “bouc-émissarisent” Arafat et l’Autorité palestinienne, rendus responsables d’attentats qu’on les empêche d’empêcher. »Voir « Affaire Morin (France) ». Les procès intentés par les acolytes de l’État sioniste en service commandé ont duré quatre ans avant d’aboutir à l’acquittement des trois accusés, dont Edgar Morin, qui vient de nous quitter juste un mois avant son 105e anniversaire, non sans avoir répété qu’il était « ahuri et indigné » par le « carnage » commis par Israël à Gaza.
Mais celle qui est restée dans l’histoire comme « l’affaire Morin » ne devrait plus surprendre. La fabrique à inventer des faux antisémites tourne actuellement à plein rendement. La raison est simple : les juifs très critiques de l’État d’Israël, ou même antisionistes, sont désormais légion dans la Diaspora. À tel point que les philippiques anti-israéliennes et antisionistes d’un ex-président du parlement israélien et ex-président de l’Organisation sioniste mondiale, comme l’a été Avrum Burg, ne fassent plus l’impression qu’elles mériteraient. D’un Avrum Burg qui n’a pas peur de déclarer que « le sionisme, c’est du racisme » et qui définit à l’aide des phrases lapidaires suivantes les conditions nécessaires pour une paix durable au Moyen-Orient : « Une paix juste exigera de l’État d’Israël qu’il reconnaisse officiellement la Nakba, qu’il assume la responsabilité de l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens en 1948, qu’il mette en place un mécanisme approuvé de retour ou d’indemnisation, qu’il démantèle les structures profondes de l’occupation, qu’il assure l’égalité des droits entre la mer et le Jourdain, et qu’il instaure un partage équitable des ressources et des terres. Telles sont les conditions nécessaires à la paix elle-même, et il ne s’agit ni de cadeaux ni de gestes de générosité. Tout accord qui renoncerait à ces fondements ne serait qu’un armistice, un répit temporaire qui, à terme, donnerait naissance à la prochaine guerre. Cent ans de mépris israélien pour les structures profondes du conflit, et les dizaines de milliers de tombes de part et d’autre, en témoignent. » Voir Avrum Burg, Les oiseaux nés en cage croient que voler est une maladie.
Mais attention : à force d’avoir choyé et d’avoir couvé l’œuf du serpent raciste et néonazi, l’État sioniste est en train de voir ce serpent éclore et grandir : il y a seulement quelques jours, le très populaire parmi les Républicains de Trump et grand ténor de l’extrême droite nord-américaine et mondiale Tucker Carlson et ses amis ouvertement racistes et néonazis, et cette fois véritablement antisémites, viennent d’annoncer qu’ils sont en train de préparer un troisième parti américain dont les juifs auront tout à craindre…
Alors, rien de mieux dans ce contexte morose que de voir l’admirable Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) donner la parole à la Palestinienne Dima Issa pour célébrer, avec un discours inspiré et émouvant, les héros de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Et aussi de rappeler, par un texte écrit juste après sa mort à l’automne 2009, ce qu’était le seul survivant parmi les chefs de l’insurrection de ce ghetto, l’antisioniste et ami du peuple palestinien Marek Edelman, qui reste, maintenant plus que jamais, une épine dans le flanc de ceux qui sont les vrais antisémites, les génocidaires israéliens…
Le 13 août 2026
Dima Issa pour la commémoration du ghetto de Varsovie
« Quand je regarde cette assemblée — des personnes réunies pour se souvenir, pour honorer le courage, et pour inscrire un refus dans l’oubli — je me rappelle que ce moment lui-même est le fruit de la résistance. La possibilité de se rassembler, de parler librement, et de commémorer celles et ceux qui ont résisté à la tyrannie pendant la Seconde Guerre mondiale existe parce que ceux qui nous ont précédés ont refusé de se soumettre.
C’est donc un honneur pour moi d’être ici aujourd’hui pour rendre hommage à leur courage.
Grandir Palestinienne signifie grandir avec des histoires — des histoires de villages qui n’existent plus, de maisons qui vivent encore dans la mémoire, de familles dispersées à travers les frontières mais qui continuent de porter une identité commune. Mais c’est aussi une histoire de persistance : celle de personnes qui refusent de disparaître, qui refusent que leur histoire soit effacée.
À bien des égards, notre survie — comme celle de nombreux peuples opprimés — est indissociable de la résistance.
Aujourd’hui, nous commémorons les combattants du ghetto de Varsovie en 1943.
Ils connaissaient l’immense force qu’ils affrontaient. Ils savaient que les conséquences seraient terribles. Et pourtant, ils se sont levés.
Leur résistance n’était pas seulement un acte de lutte armée. C’était une déclaration de dignité. Un refus d’accepter l’humiliation et l’extermination.
La répression brutale qui a suivi nous rappelle le prix immense que peut exiger la résistance. Mais elle nous rappelle aussi que la dignité, une fois défendue, traverse les générations.
Je veux vous dire quelque chose qu’on n’entend pas souvent dans les médias — des médias souvent biaisés en faveur des colonisateurs. L’histoire des résistances dans le monde, et en particulier celle du ghetto de Varsovie, fait partie de notre mémoire collective en Palestine. C’est même un point de lumière au milieu de cette période sombre.
Le peuple palestinien a appris de l’humanité du ghetto de Varsovie une leçon essentielle : quelles que soient les circonstances et quels que soient les résultats, il ne faut pas se soumettre, il ne faut pas capituler. La résistance, c’est la survie — et si elle n’est pas la survie pour soi-même, elle devient la survie pour ceux qui viennent après.
Nous avons appris d’eux à ne pas rester en file en attendant notre tour dans l’anéantissement. Nous avons appris à déranger, à refuser l’ordre imposé. Et si nous ne survivons pas, alors au moins ceux qui sont à la fin de la file survivront.
Pour les Palestiniens, cette leçon résonne profondément.
Depuis plus de septante-huit ans, les Palestiniens luttent pour défendre leur existence, leur terre et leur mémoire collective. Même ici, loin de notre patrie, ce combat continue.
À Bruxelles et à travers la Belgique, beaucoup d’entre nous se mobilisent depuis l’assaut génocidaire sur Gaza. Nous marchons, nous organisons, nous prenons la parole — non pas par haine, mais par engagement envers la justice, la dignité et la protection de la vie humaine.
Car la résistance, au fond, est une défense de l’humanité.
Et lorsque nous évoquons la Seconde Guerre mondiale en Belgique, nous devons aussi rappeler une vérité essentielle : les communautés juives elles-mêmes ont résisté.
La résistance juive en Belgique montre que les communautés juives n’ont jamais été des victimes passives. Elles ont organisé des réseaux de sauvetage, caché des enfants, fabriqué de faux papiers et participé à la lutte armée.
Cette histoire nous rappelle quelque chose d’essentiel : la résistance n’appartient à aucun peuple ni à aucune identité. C’est une réponse humaine universelle face à l’injustice.
Se souvenir de cette histoire nous invite aussi à réfléchir aujourd’hui à une autre idée : la libération de l’identité juive des projets politiques qui prétendent parler en son nom, et le refus de son instrumentalisation au service d’un projet colonial.
L’identité juive est riche, diverse, et enracinée dans des siècles de culture, de religion et d’histoire. Elle ne peut et ne doit pas être réduite à une idéologie politique ou à un projet d’État construit sur les corps des peuples.
La paix véritable ne peut pas être fondée sur la suprématie ethnique ou la domination. La paix se construit sur la pluralité — sur une mosaïque de peuples partageant une terre dans la dignité et l’égalité.
Pendant des siècles, la région que nous appelons le Moyen-Orient fut un espace où musulmans, chrétiens (moi-même étant d’une famille catholique !) et juifs vivaient côte à côte, formant une civilisation riche et complexe.
Notre espoir pour l’avenir doit s’inspirer de cette histoire.
Pas un avenir fondé sur l’exclusion ou la supériorité, mais un avenir fondé sur la justice et le respect mutuel.
Honorer celles et ceux qui ont résisté à Varsovie, en Belgique, et ailleurs dans le monde, ce n’est pas seulement se souvenir de leur courage.
C’est faire vivre le principe qui les guidait :
Que la dignité doit être défendue.
Que l’injustice doit être combattue.
Et que la lutte pour la justice appartient à toute l’humanité. »
Marek Edelman, 1919-2009
Marek Edelman, décédé le 2 octobre à l’âge de 90 ans, n’était pas n’importe qui. Il était le dernier survivant de l’« Atlantide perdue » du Bund, cet immense mouvement socialiste ouvrier d’avant-guerre des Juifs d’Europe de l’Est. Il était l’un des rares survivants et, en même temps, le commandant en second de l’héroïque soulèvement du ghetto de Varsovie. Il était un militant de l’opposition clandestine au régime stalinien de Pologne et cofondateur du syndicat ouvrier « Solidarité ». Il était un fervent partisan de la lutte du peuple palestinien et une épine dans le pied de l’État sioniste, qui le haïssait plus que tout au monde. Et c’est parce que Marek Edelman était à la fois tout cela et bien d’autres choses encore qu’il incarnait ce que le barbare XXe siècle avait de meilleur à offrir…
En avril 1943, les nazis décident d’en finir avec le ghetto de Varsovie, dans lequel il ne reste plus que 60 000 de ses habitants affamés, les 450 000 autres ayant déjà été déportés vers les camps d’extermination. C’est alors qu’une poignée de jeunes, principalement des sionistes et des communistes, membres de l’Organisation juive de combat (ZOB), décident de résister. C’est le soulèvement armé du ghetto, dont le commandant en second est Marek Edelman, âgé de 23 ans : « Nous savions très bien qu’il était impossible de gagner. Face à deux cent vingt jeunes hommes mal armés, il y avait une armée toute-puissante. Nous n’avions qu’une seule mitrailleuse, quelques pistolets, quelques grenades à main, des bouteilles d’essence et deux mines, l’une d’entre elles qui n’a même pas explosé. »
Et pourtant, la lutte de ces 220 hommes contre la Wehrmacht, les deux mille SS et leurs collaborateurs ukrainiens a duré trois semaines entières ! Avec Edelman à la tête après le suicide du chef Mordechai Anielewicz. L’artillerie nazie et les chars rasent le ghetto, les SS incendient tout à l’aide de lance-flammes dans cet enfer sur terre. Ce qu’en dit Edelman ? « Ce ne sont pas les Allemands qui nous ont vaincus, mais les flammes. » Le 10 mai 1943, Edelman s’échappe par les égouts avec les treize derniers combattants. Un an plus tard, il participe à l’insurrection de Varsovie, qui coûte la vie à 200 000 de ses habitants tandis que les nazis réduisent la ville en ruines…
Après la guerre, Marek n’émigre pas en Israël. Il reste en Pologne (« il fallait bien que quelqu’un reste pour s’occuper des morts »), fait des études de médecine et devient un cardiologue réputé — des pauvres — à Łódź. Il adhère au Parti communiste polonais, mais le quitte rapidement, dénonce l’antisémitisme du régime et la bureaucratie, et participe à l’opposition clandestine au sein du Comité de défense des ouvriers (KOR). En 1981, il soutient les grèves, est l’un des cofondateurs du syndicat Solidarité, passe quelques jours en prison et refuse de célébrer l’anniversaire du soulèvement du ghetto sous la loi martiale du général Jaruzelski.
Fidèle toute sa vie aux principes du Bund ouvrier, socialiste et antisioniste dès sa jeunesse, et dernier Mohican de ce que fut le « Yiddishland révolutionnaire » des millions de militants prolétaires en Russie, en Pologne, en Lituanie, en Autriche-Hongrie et dans le reste de l’Europe de l’Est, Edelman n’a jamais cessé de dénoncer l’État d’Israël, avec lequel il ne voulait entretenir le moindre rapport. « De quel peuple juif nous parlent-ils ? », a-t-il déclaré un jour au journal israélien Yediot Aharonot. « Israël a été créé sur les ruines de cette immense culture juive séculaire qui s’épanouissait entre la Vistule et le Don. La culture israélienne n’est pas la culture juive. Quand on veut vivre parmi des millions d’Arabes, il faut se mélanger à eux, laisser l’assimilation et le métissage faire leur travail. »
L’État d’Israël détestait Marek Edelman parce qu’il incarnait le rejet vivant de tous ses péchés et crimes ancestraux. Il était la figure la plus célèbre et la plus emblématique d’un passé, celui du mouvement socialiste et ouvrier antisioniste d’avant-guerre de la majorité des Juifs de la diaspora européenne, dont le sionisme — et Israël — a tout fait et continue de tout faire pour effacer toute trace de celui-ci de l’histoire, voire des bibliothèques ! Et à la question d’une journaliste israélienne qui lui demandait s’il craignait que sa propre mort ne fasse oublier le soulèvement du ghetto de Varsovie, Edelman avait répondu : « Non. Cet événement a laissé de très nombreuses traces dans l’histoire, la musique, la littérature et l’art. C’est en Israël que notre mémoire risque de s’effacer. Pour vous, les Israéliens, la guerre des Six Jours (1967) a été l’événement le plus marquant de l’histoire juive contemporaine. Vous pouvez compter sur un État, sur des chars et sur un allié américain tout-puissant. Nous, nous n’étions alors que 200 jeunes, avec tout au plus 6 revolvers pour armes, mais nous avions la supériorité morale. » Et lorsque la journaliste a tenté de minimiser le rôle des collaborateurs juifs dans le génocide, un Edelman cinglant l’a remise à sa place : « C’est là votre philosophie israélienne, celle qui consiste à croire qu’on peut tuer 20 Arabes pourvu qu’un Juif reste en vie. Pour nous, il n’y a de place ni pour un peuple privilégié ni pour une Terre promise. »
Le fait que Marek Edelman ne soit plus parmi nous ne signifie pas pour autant qu’il appartienne à un passé qui commence à s’éloigner derrière nous. Sa vie exemplaire est pleine d’avenir, car elle inspirera toujours l’humanité opprimée qui lutte pour sa libération en brandissant comme étendard ses propres paroles : « En prenant les armes contre ceux qui voulaient nous exterminer, nous nous sommes accrochés à la vie et sommes devenus des hommes libres ! »
Comme il l’avait souhaité lui-même, quelques jazzmen suivaient son cercueil alors que le cortège funèbre traversait ce qui était autrefois le ghetto de Varsovie…
Traduit du grec