« Quelques jours après le massacre de Deir Yassin, ceux qui représentaient aux États-Unis les organisations qui avaient commis ce massacre, ont eu la brillante idée de s’adresser à Einstein pour lui demander son soutien. La réponse du grand savant juif, qui reste -malheureusement- largement inconnue, a été presque laconique, tout juste 50 mots :
Shepard Rifkin, Directeur exécutif
Amis Américains des Combattants pour la Liberté d’Israël
Cher Monsieur,
Lorsque une catastrophe réelle et finale nous surprendra en Palestine, les premiers responsables seront les Britanniques et les seconds seront les organisations terroristes nées de nos rangs.
Je ne veux voir personne qui soit associé à ces gens qui font fausse route et sont des criminels.
Sincèrement vôtre,
Albert Einstein
Malheureusement, tout montre qu’Einstein a eu de nouveau raison. Avec les Britanniques étant depuis longtemps un lointain souvenir, ce sont effectivement les épigones des « organisations terroristes » de 1948 qui inéluctablement conduisent Israël -qu’ils gouvernent- vers la « catastrophe finale » ! Un Israël qui peut se montrer maintenant plus puissant et arrogant que jamais, mais qui, en même temps, est en train de traverser sa plus grande crise existentielle de son histoire, pourrissant et se désintégrant à son intérieur. Le compte à rebours a déjà commencé et l’heure de la vérité approche… »
C’est avec ces phrases que nous concluions notre article « Quand Einstein appelait “fascistes” ceux qui gouvernent Israël depuis 44 ans... » écrit en août 20211. Aujourd’hui, notre constat que «le compte à rebours a déjà commencé et l’heure de la vérité approche » ne paraît plus aussi impertinent ou même choquant qu’il a pu paraître il y a presque cinq ans. En effet, oui, sans doute, Israël non seulement « peut se montrer » mais est «maintenant plus puissant et arrogant que jamais ». Mais, également sans doute. Israël est maintenant plus isolé et même plus haï que jamais, tant par l’ écrasante majorité des habitants du globe, que par la plupart des citoyens américains, juifs américains inclus !
Et pourtant, les dirigeants israéliens, Netanyahou en tête, pavoisent non sans raison. Pourquoi ? Mais, parce qu’ils sont actuellement en bonne voie pour réaliser leur objectif historique, d’ailleurs de plus en plus proclamé et assumé publiquement par eux : la création du « Grand Israël » ! Et en effet, après avoir rasé au sol Gaza et réduit les Gazaouis survivants du génocide à « vivre » -et à mourir sous les bombes qui continuent de leur tomber dessus-, dans un enfer sur terre qui ne dépasse plus …12% du leur territoire déjà enclavé et minuscule, l’armée israélienne s’attaque maintenant simultanément au Liban, à la Syrie et à l’Iran ! Sans oublier évidemment, le reste de la Palestine, la Cisjordanie occupée où les colons secondés par les soldats du Tsahal, terrorisent et tuent à volonté les indigènes, tout en incendiant impunément leurs maisons et leurs villages et en détruisant (déracinant) par dizaines de milliers leurs oliviers multiséculaires.
Alors, à l’exception de l’agression à l’Iran contre lequel Israël n’a pas de revendications territoriales, partout ailleurs (Liban, Syrie, Territoires Occupés) l’établissement par l’armée israélienne des tristement célèbres « zones de sécurité » ou « zones tampon », ne cache plus le véritable objectif, d’ailleurs révélé désormais fièrement par des ministres de Netanyahou : l’annexion et la colonisation par Israël de ces territoires qui deviennent, de l’aveu des éminences israéliennes, des « clones » de ce Gaza en majorité détruit et vidé de sa population!
On pourrait se demander : c’est tout ? Est-ce ça le Grand Israël des rêves messianiques des dirigeants sionistes d’hier et d’aujourd’hui ? La réponse est donnée par pratiquement tous les membres du gouvernement Netanyahou : désormais totalement décomplexés, ils revendiquent un « Eretz Israël » qui englobera bien plus que le sud du Liban et s’étendra jusqu’à Damas. Et en plus, ils ne cachent pas qu’ils pourraient faire usage de ce que l’actuel ambassadeur de Trump à Jérusalem appelle « droit biblique d’Israël » sur un immense territoire allant « du Nile à l’Euphrate » ! Simple délire messianique ou projet géopolitique en cours de réalisation ? Si on croit ce que Netanyahou lui-même se plait à répéter depuis un an, il s’agit de l’objectif historique du sionisme auquel il croit dur comme fer et à la réalisation duquel il se donne corps et âme…
En somme, Israël ambitionne de devenir ou plutôt est déjà en train de devenir une superpuissance régionale.Foulant aux pieds tant le droit international que les plus élémentaires droits humains des populations environnantes, qu’il tue d’ailleurs par milliers et expulse de chez elles par millions, il est en train de dominer militairement une toujours plus grande partie du Moyen Orient, à laquelle il impose déjà sa loi. Mais, ce n’est pas tout. L’opposant israélien bien connu David Levy a tout à fait raison de signaler que l’Israël de Netanyahou nourrit des ambitions encore plus grandes. Dans un article retentissant intitulé What Benjamin Netanyahu and the Israeli right really mean when they invoke ‘Greater Israel’ (Ce que Benjamin Netanyahu et la droite israélienne entendent réellement lorsqu'ils évoquent le « Grand Israël ), publié le 13 Avril dans The Guardian, il constate que « Dans ses récents discours, Netanyahou a commencé à qualifier Israël non seulement de « superpuissance régionale », mais aussi, « à certains égards, de superpuissance mondiale ». Israël cherche à se positionner au cœur d’une alliance régionale qui pourrait perdurer même en cas de déclin de la puissance américaine. Netanyahou a promis que cette alliance hexagonale serait déployée contre « l’axe chiite radical […] et l’axe sunnite radical émergent ». Israël n’a pas hésité à désigner la prochaine « menace » à contrer : la Turquie »2.
Simples voeux pieux et fanfaronnades de Netanyahou ou un projet ambitieux qu’il faut prendre au sérieux ? Encore une fois, les faits ne mentent pas. Le projet grandiose de Netanyahou est déjà en train de se réaliser. Et si des pays arabes, comme ceux du Golfe Persique, les Émirats en tête, commencent à lorgner pour leur sécurité vers Israël après que les Etats-Unis de Trump les ont déçus en faisant absolument rien pour les protéger des missiles et des drones de l’Iran, d’autres en Afrique ou même en Europe tombent déjà sous la coupe d’Israël. Comme par exemple, la Grèce et Chypre, deux membres de l’Union Européenne, qui sont déjà très liés économiquement et militairement à Israël, dont ils sont d’ailleurs les deux plus fidèles et inconditionnels soutiens.
Et pourtant, malgré ou plutôt à cause de toutes ces ambitions mégalomanes et messianiques, et à cause de ces « triomphes romains » d’Israël de Netanyahou, ce pays n’a jamais été aussi isolé, haï et en crise qu’ aujourd’hui ! Emporté par l’ivresse de ses succès militaires qui ont fait de lui le monstre génocidaire de nos temps, l’État d’Israël mais aussi la société israélienne multiplient leurs fuites en avant, feignant de croire que leurs guerres interminables contre des ennemis vrais ou inventés de toute pièce, remettront toujours à plus tard leur heure de la vérité.
Cependant, cette heure de la vérité d’Israël ne peut plus tarder, et il y a désormais une foule d’évènements qui ne trompent pas. Comme par exemple, le fait que le soutien historique, sinon le coffre-fort et l’arsenal d’Israël que sont traditionnellement les Etats-Unis d’Amérique, commencent à prendre leurs distances sous la pression de leur opinion publique qui se découvre majoritairement…propalestinienne. Et aussi que la Diaspora juive fait majoritairement de même, tandis que la jeunesse juive très radicalisée organise et prend souvent la tête des manifestations pro-palestiniennes surtout aux Etats-Unis ! Et aussi, que New York, la plus grande ville juive du monde, fait élire comme maire le jeune socialiste musulman Zohran Mamdani soutenu activement par des dizaines de milliers de newyorkais juifs.
Mais, malgré l’énorme importance de tous ces évènements -encore impensables il y a quelques ans- ils ont une moindre influence sur la crise de l’État d’Israël et de sa société -divisée d’ailleurs en camps irréconciliés- que le pourrissement moral galopant de cet État à son intérieur. Un pourrissement qui le rapproche maintenant plus que jamais de ce qu' Einstein appelait déjà en 1948, « sa catastrophe finale ».
Le 14 mai 2026