À la fin d’une quête exigeante et douloureuse des moyens de rétablir notre humanité niée par le « Blanc », Frantz Fanon livre sa conclusion.
Je veux, dit-il, « faire peser sur sa vie tout mon poids d’Homme ... ». Trois quarts de siècle plus tard, dans un contexte bouleversé, le mot d’ordre mérite toujours notre attention. Peser de tout notre poids d’Homme (d’homme ou de femme…NDR) est une consigne dont l’urgence a pris une acuité extrême et vaut pour l’espèce humaine tout entière. Nous sommes entrés dans l’heure de tous les dangers. Le propos de Trump sur le Groenland est symptomatique de la conjonction de tous les enjeux.
Celui-ci s’appuie sur le changement climatique, alors qu’il le nie généralement, afin de fonder son exigence du contrôle de cette île-continent, au nom de la sécurité des USA face aux marines russe et chinoise. Son obsession militariste, danger évident pour la paix du monde, révèle sa véritable cause : satisfaire la voracité impérialiste de s’approprier d’une manière ou d’une autre les immenses richesses du sous-sol au mépris bien entendu du peuple autochtone, et corrélativement d’en assoiffer ses concurrents non moins avides de ressources fossiles.
Ce concentré explosif d’extractivisme frénétique, de militarisme décomplexé, d’impérialisme assumé, de négationnisme climatique cocassement couplé avec la reconnaissance de fait du changement climatique, s’étale aux yeux d’une planète sidérée.
Nous aimons bien l’idée du droit à l’erreur pour les individus, pour les peuples, pour les sociétés. Le malheur d’aujourd’hui c’est que, au bord du précipice, nous n’avons plus droit à l’erreur. Répondre au nationalisme mortifère de Trump, cette sorte de fascisme des temps actuels, par des nationalismes de blocs oublieux des antagonismes de classes qui traversent toutes les sociétés, serait une impasse dont l’humanité ne se relèverait probablement pas. Tendre la main aux forces populaires diverses qui se réveillent face à Trump aux USA même, recoudre un internationalisme révolutionnaire allant des masses en révolte d’Iran aux masses populaires du Venezuela confrontées à une situation des plus complexes, en passant par les peuples africains cherchant à secouer les chaînes toujours présentes de la barbarie colonialiste ou par le prolétariat européen majoritairement déboussolé, est aujourd’hui la stratégie la plus réaliste.
Si aujourd’hui, nous portons attention à de vieux débats (nationalisme ou internationalisme, démocratie prolétarienne ou dictatures en tous genres, unité antifasciste radicale ou chakbètaféisme débilitant…), ce n’est pas dans une puérile tentative de régler des comptes d’un passé mort, mais bien parce qu’effectivement, l’histoire nous mord la nuque et risque de nous dévorer. Peser de tout notre poids c’est dépasser les chicanes pour définir ensemble les revendications qui nous permettront de faire la transition entre l’horreur d’un monde qui laisse les génocides se dérouler sous l’œil de ses vidéos et les premiers pas d’une humanité posant, en toute lucidité écologiste, anticapitaliste, anti-impérialiste, féministe, antiraciste, les jalons d’un futur émancipé.
Si dans la tourmente, les inquiétudes, les guerres, 2026 nous permet d’agir avec succès dans cette direction, alors ce sera la bonne année que nous souhaitons.
Publié par Révolution socialiste le 12 janvier 2026