Depuis l’automne 2025, le régime marocain a considérablement durci sa politique répressive, qui frappe simultanément le mouvement GenZ, les rappeurs, les journalistes, les créateurs de contenu, le mouvement étudiant, le monde du travail, les diplômé·es chômeur·euses ainsi que les mobilisations locales pour l’accès aux ressources et services publiques de base.
1. Les principales manifestations de la nouvelle vague répressive
La jeunesse comme cible prioritaire
La jeunesse mobilisée au sein du mouvement GenZ constitue la principale cible de cette offensive : plus de 5 000 arrestations depuis fin septembre 2025 et environ 2 000 personnes étaient encore détenues début avril 2026. Des peines fermes allant jusqu’à quinze ans de prison ont été prononcées, y compris contre des mineurs. Par ailleurs, trois jeunes ont été tués par des tirs à balles réelles par la gendarmerie royale dans la région de Lakliaa, près d’Agadir. La répression touche également la diaspora, avec des arrestations à l’aéroport pour de simples publications.
Plusieurs rappeurs ont été poursuivis ou condamnés en raison de leurs chansons ou de leurs prises de position critiques sur les réseaux sociaux. Jawad Asradi (« Pause Flow ») a été condamné en novembre 2025 à trois mois de prison avec sursis, Hamza Raid à six mois de prison avec sursis. À Fès, Souhaib Qabli (« L7ASSAL »), âgé de 20 ans, a été condamné en mars 2026 à huit mois de prison ferme. En juillet 2026, le rappeur et réalisateur El Mahdi Lyoubi (« Mehdi Black Wind »), connu pour son soutien au mouvement GenZ, a été arrêté et placé en détention préventive.
La vague de répression vise également les créateurs de contenu et les influenceurs, visant à instaurer un climat de surveillance et d’autocensure sur les réseaux sociaux.
Les atteintes à la liberté d’expression
La presse indépendante demeure l’une des cibles permanentes du pouvoir. Ali Lmrabet, journaliste franco-marocain de 66 ans, est une figure historique de la presse indépendante qui a déjà été emprisonné en 2003 puis interdit d’exercer pendant dix ans. Arrêté le 12 juillet 2026 à l’aéroport de Tanger à son retour d’Espagne, il a été placé en garde à vue puis déféré devant le parquet pour « diffusion présumée de fausses informations portant atteinte aux institutions constitutionnelles », sur la base de plusieurs avis de recherche. Il a été relâché le 15 juillet, l’enquête pour diffamation se poursuivant. Selon son propre témoignage, plus d’une trentaine de mandats d’arrêt auraient été émis contre lui par le parquet général.
Omar Radi est aussi l’une des figures de proue de la presse d’investigation indépendante au Maroc, incarnant les dérives de la répression étatique contre les voix dissidentes. Après avoir passé quatre ans derrière les barreaux, il a été libéré le 29 juillet 2024, mais il continue de faire l’objet d’une surveillance et de pressions systémiques ainsi qu’une campagne de diffamation sur des organes de presse proches des services secrets marocains qui limitent considérablement ses libertés.
Le durcissement autoritaire s’accompagne d’une mise au pas croissante du secteur des médias. La concentration de la propriété des médias entre les mains de groupes capitalistes liés au pouvoir, la captation des aides publiques à leur profit et la reprise en main des institutions chargées d’encadrer la profession renforcent le contrôle politique sur le paysage médiatique. Cette offensive s’est notamment traduite par la mise en place d’une commission provisoire chargée de gérer le Conseil national de la presse, la révision de son cadre juridique et les révélations sur des manipulations dans l’attribution de la carte de presse, au mépris des critères professionnels, autant de mesures destinées à réduire l’indépendance de la profession et les espaces d’expression critique.
Les artistes critiques sont également visés. En février 2026, la distributrice de cinéma Zineb Kharroubi a été condamnée à six mois de prison avec sursis. Le jeune caricaturiste Yasser (22 ans) a été arrêté au Maroc à la mi-juin 2026 en raison de ses caricatures critiques.
Le droit d’association systématiquement bafoué
Le droit d’association est systématiquement bafoué par les autorités. Aux entraves administratives illégales – refus de délivrer les récépissés de dépôt, blocage des procédures d’enregistrement des associations, de leurs sections ou du renouvellement de leurs instances – s’ajoutent l’interdiction de réunions, de formations, de conférences et d’autres activités associatives destinées à réduire l’espace civique et à affaiblir les organisations indépendantes. Ces pratiques visent un large éventail d’organisations politiques, syndicales, associatives et de défense des droits humains. Parmi les nombreux cas recensés figurent l’Association nationale des diplômés chômeurs du Maroc (ANDCM), active depuis 1991, ATTAC CADTM Maroc, privée du renouvellement de son récépissé légal malgré son existence depuis 2000, ainsi que l’Association marocaine des droits humains (AMDH), dont des dizaines de sections demeurent privées de récépissé de dépôt.
Cette politique s’étend également aux organisations internationales de défense des droits humains, dont les activités sont régulièrement interdites ou empêchées au Maroc. Des organisations telles qu’Amnesty International, Human Rights Watch ou Transparency Maroc font l’objet de restrictions répétées, tandis que des observateurs et juristes internationaux ont été expulsés à plusieurs reprises.
Cette situation a conduit à la création, en 2015, du Réseau des associations victimes d’interdiction (RAVI), qui rassemble des organisations confrontées aux refus de récépissés, aux interdictions d’activités et aux autres formes de répression administrative. Sa réactivation en 2026 témoigne de la persistance, voire de l’aggravation, de ces atteintes aux libertés associatives. Dans ce cadre, le RAVI a organisé une manifestation nationale devant le Parlement le 15 juillet 2026 afin de dénoncer ces pratiques et d’exiger le respect effectif de la liberté d’association et de réunion.
Malgré la diversité des profils visés, ces affaires présentent un même trait : le recours à des qualifications pénales volontairement vagues, telles que « l’atteinte aux institutions » ou la « diffusion de fausses informations », permettant de poursuivre des personnes aux profils très différents.
Les mouvements sociaux face à une répression accrue
La répression de la mobilisation étudiante à l’Université Ibn Tofaïl de Kénitra depuis le début de 2026 vise explicitement l’organisation syndicale du mouvement : dix étudiant·es sont condamné·es à deux mois ferme et 18 sont exclu·es. Ces derniers ont organisé un sit-in ouvert devant le ministère de l’Enseignement supérieur à Rabat, qui a été durement dispersé par la police le 25 juin 2026.
La lutte des ouvrières de l’usine textile Sicomec est systématiquement confrontée à une répression brutale chaque fois qu’elles durcissent leurs formes de lutte, que ce soit à Meknès ou à Rabat, devant les ministères concernés par leur dossier. Plus de 500 ouvrier·ères ont été licencié·es sans indemnisation. Depuis plus de trois ans, elles mènent un sit-in pour exiger le respect de leurs droits et une issue juste à leur combat. Les autorités répondent à leurs revendications par des interventions policières répétées visant à briser leur mobilisation et à décourager la poursuite de leur lutte.
Le Hirak de Figuig est une mobilisation populaire menée sans interruption par les habitant·es de l’oasis depuis le 26 octobre 2023 contre le transfert de la distribution de l’eau potable et de l’électricité à une Société régionale multiservices (SRM), qu’ils considèrent comme une étape vers la privatisation de leur eau, une ressource historiquement gérée de manière collective. Ce mouvement a été marqué par une répression judiciaire visant plusieurs de ses figures. Mohamed Brahmi, dit « MoVo », a été condamné en appel à huit mois de prison ferme pour des chefs d’accusation liés à son engagement dans le Hirak, tandis que Halima Zaid a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende pour avoir pris la parole lors d’une manifestation. En mai 2025, Mohamed Brahmi et Redouane Marzouki ont de nouveau été arrêtés à la suite d’une manifestation avant d’être acquittés. Malgré cette répression, le Hirak poursuit sa mobilisation à travers des sit-in et des marches hebdomadaires organisées chaque vendredi.
Depuis près de deux ans, les habitant·es du douar Oulad Rami, dans la commune rurale de Sidi Aïssa Ben Slimane (province d’El Kelâa des Sraghna, région de Marrakech), mènent une mobilisation contre l’exploitation d’une carrière de concassage de pierres, qu’ils considèrent comme une menace pour leur santé, leur environnement et leurs moyens de subsistance. Après plusieurs sit-in restés sans réponse, la justice a autorisé la reprise de l’exploitation. Le 24 mars 2026, l’exécution de cette décision a donné lieu à une violente intervention des forces de répression provoquant de nombreux blessés et plusieurs arrestations parmi les manifestant·es.
La diversité des secteurs visés révèle une stratégie cohérente visant à réduire l’ensemble des espaces de contestation sociale, politique et culturelle.
Cette nouvelle escalade de répression ne constitue toutefois pas une rupture. Elle prolonge une longue tradition de gestion sécuritaire des conflits sociaux au Maroc.
2. Une répression inscrite dans une continuité historique
Cette séquence s’inscrit dans une histoire plus longue des mobilisations territoriales au Maroc. Parmi les plus emblématiques figurent la lutte d’Imider contre l’exploitation de la plus grande mine d’argent du pays, où les habitant·es occupent depuis 2011 les installations alimentant la mine en eau ; le Hirak du Rif (2016-2018), déclenché après la mort tragique de Mouhcine Fikri et suivi d’une répression massive ayant conduit à des centaines d’arrestations et à de lourdes condamnations, dont vingt ans de prison pour plusieurs de ses principaux dirigeants, parmi lesquels Nasser Zefzafi et Nabil Ahamjik ; ainsi que le Hirak de Jerada (2017-2018), né après la mort de mineurs dans des puits de charbon clandestins et marqué lui aussi par une importante vague d’arrestations et de condamnations.
Le mouvement des diplômé·es chômeur·euses constitue également l’un des exemples les plus durables de cette politique répressive. Organisé depuis 1991 au sein de l’Association nationale des diplômés chômeurs du Maroc (ANDCM), il demeure actif dans plusieurs régions et continue de faire face à une gestion essentiellement sécuritaire de ses revendications, marquée par des interventions policières, des arrestations et des poursuites contre ses militant·es. La persistance de cette mobilisation témoigne de l’ampleur du chômage qui touche une partie importante de la jeunesse diplômée au Maroc. L’économie marocaine, dépendante, demeure incapable d’offrir des débouchés à une main-d’œuvre qualifiée toujours plus nombreuse. Cette impasse nourrit depuis plus de trois décennies les mobilisations des diplômé·es chômeur·euses autour du droit au travail. Elle contribue également à faire de cette jeunesse diplômée l’un des principaux viviers de l’émigration. Pour nombre de diplômé·es, l’émigration apparaît comme la seule perspective face au chômage durable, à la précarité et à l’atteinte à la dignité.
Si les mouvements populaires demeurent les principales cibles de cette gestion sécuritaire des conflits sociaux, les tensions s’étendent désormais à d’autres catégories d’acteurs. Les réformes engagées par le pouvoir suscitent également des mobilisations au sein de professions organisées, comme en témoigne le bras de fer qui oppose depuis le début de 2026 la profession d’avocat au ministère de la Justice.
La mobilisation inédite des avocat·es
Depuis juin 2026, la profession d’avocat est engagée dans un conflit sans précédent avec le ministère de la Justice autour du projet de loi n°66.23 qui porte atteinte à l’indépendance des avocat·es, à leur autonomie d’organisation, à leur immunité ainsi qu’aux garanties constitutionnelles de l’exercice du droit de la défense. Après une première semaine de grève nationale (15-21 juin), le mouvement a été reconduit sous la forme d’une grève générale illimitée, accompagnée de la suspension de l’aide juridictionnelle. Entré dans sa sixième semaine à la fin du mois de juillet 2026, il a provoqué une paralysie quasi totale des tribunaux. En parallèle, la profession a multiplié les actions de protestation, notamment un sit-in national devant le Parlement le 29 juin, avant d’annoncer une escalade passant par des mobilisations régionales, un recours devant la Cour constitutionnelle et une campagne de plaidoyer international en vue de porter la question de l’indépendance de la profession devant le congrès mondial de l’Union internationale des avocats (UIA), prévu à Marrakech en octobre 2026.
3. Les ressorts politiques du durcissement autoritaire
Préserver la stabilité sociale au service des grands projets du capital
Le Maroc se prépare à coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Il a par ailleurs accueilli la CAN 2025. Ces rendez-vous s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à renforcer l’attractivité du pays pour les investissements étrangers et le tourisme. Dans cette perspective, les autorités cherchent à projeter l’image d’un pays stable, sûr et maîtrisant pleinement son ordre public, ce qui contribue à un durcissement de la gestion des contestations sociales et des expressions critiques. La généralisation des dispositifs de contrôle et le renforcement des pouvoirs de police s’inscrivent explicitement dans cette logique de sécurisation des grands événements et des flux, mais aussi, plus largement, de garantie d’un climat des affaires jugé favorable aux investisseurs, pour lesquels la prévisibilité sécuritaire et l’absence de contestation sociale visible comptent autant que les indicateurs macroéconomiques.
Modernisation sécuritaire accélérée par la normalisation avec Israël
Depuis les accords de décembre 2020, la coopération sécuritaire et militaire entre Rabat et l’entité sioniste est passée à une intégration globale : transit d’équipements pour l’armée d’occupation par les ports marocains, vente de technologies de renseignement, de cyberdéfense et de drones de surveillance. À cela s’ajoute une généralisation rapide de la vidéosurveillance dite « intelligente » dans l’espace public : plusieurs milliers de caméras fixes et mobiles ont été déployées à Rabat, Casablanca et dans les autres grandes villes à l’occasion de la CAN 2025. Présentée comme un outil de gestion des flux et de « sécurité », cette infrastructure reste tout autant mobilisable pour le contrôle social et le fichage des rassemblements. Cette normalisation s’étend à de nombreux autres secteurs — économique, culturel, sportif, etc. Elle continue cependant à se heurter à un rejet populaire massif, initié notamment par le Front marocain pour le soutien à la Palestine et contre la normalisation, qui porte des manifestations continues dans la majorité des villes marocaines. Plusieurs sit-in de solidarité avec le peuple palestinien ont été violemment réprimés, dont le plus récent, organisé le samedi 18 juillet 2026 à Tanger. Parallèlement, plusieurs militant·e·s opposés à la normalisation des relations avec Israël ont été emprisonnés ou font l’objet de poursuites judiciaires.
La consolidation d’un pouvoir bourgeois autoritaire
La coalition gouvernementale issue des élections de septembre 2021 regroupe trois partis — le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal — bourgeois libéraux, monarchiques et étroitement ancrés dans les milieux d’affaires et les rouages du système politique. Leur pacte de coalition repose sur une entente de vote au législatif garantissant un soutien systématique aux projets de loi de l’exécutif et une coordination étendue aux collectivités territoriales assurant une gestion homogène à tous les niveaux du pays.
Cette architecture politique prolonge une caractéristique structurelle de la bourgeoisie marocaine, qui prospère traditionnellement grâce au soutien de l’État, par la rente et le clientélisme. L’affairisme né du cumul des mandats politiques et économiques favorise le népotisme dans l’attribution de marchés publics, de licences et d’accès au foncier à des réseaux familiaux historiquement proches du pouvoir. Cette répartition se fait sous protection politique, avec l’aval d’un régime qui tient également sous contrôle le poids économique de cette même base sociale. Le chef du gouvernement Aziz Akhannouch possède une fortune estimée à 1,6 milliard de dollars, soit environ 3,5 % de la dette extérieure publique du pays à la fin de l’année 2024. Il figure parmi les toutes premières fortunes marocaines (selon le classement Forbes des milliardaires) — ayant occupé le premier rang à plusieurs reprises — et africaines. C’est une richesse familiale qu’il a renforcée depuis sa nomination à la tête du gouvernement en septembre 2021.
4. Une offensive sociale contre les classes populaires
Au-delà des atteintes aux libertés publiques, la répression des mobilisations s’inscrit dans une offensive plus globale. Elle accompagne une restructuration néolibérale visant à affaiblir les droits sociaux, à flexibiliser davantage le travail et à transférer le coût des crises sur les classes populaires.
Restriction du droit de grève
La loi organique (n° 97.15) relative au droit de grève, adoptée le 3 février 2025 après plus de deux décennies de blocage et publiée au Bulletin officiel le 24 mars 2025, apparaît davantage comme le résultat des pressions du patronat que comme l’aboutissement des revendications syndicales. Les directions des principales centrales syndicales, de plus en plus enfermées dans les mécanismes du « dialogue social » et de la « paix sociale », sont par ailleurs largement discréditées quant à leur capacité à défendre les droits des travailleur ·euses ou à obtenir de nouveaux acquis. La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a d’ailleurs salué cette loi comme une avancée attendue « depuis plus de 60 ans », ce qui en dit long sur les intérêts qu’elle sert. En effet, le texte restreint fortement l’exercice du droit de grève en imposant un préavis, la tenue d’une assemblée générale avec quorum, en interdisant l’occupation des lieux de travail et en prévoyant de lourdes sanctions financières. Il s’accompagne en outre du maintien de la possibilité de poursuites pénales contre les grévistes, notamment sur la base de l’article 288 du Code pénal relatif à « l’entrave à la liberté du travail ».
Par ailleurs, la CGEM poursuit sa pression en faveur d’un élargissement de la flexibilité déjà introduite par le Code du travail de 2004. Cette orientation se traduit notamment par la généralisation du travail intérimaire et par l’extension de la contractualisation, y compris dans la fonction publique, ainsi qu’un assouplissement des règles encadrant les licenciements.
La réforme régressive des retraites
Un projet de réforme d’inspiration libérale est présenté par la Commission nationale en juillet 2025. Celle-ci prévoit le relèvement progressif de l’âge légal de départ à 65 ans pour l’ensemble des régimes (contre 60 ans dans le privé et 63 ans dans le public aujourd’hui), l’allongement de la durée de cotisation, l’augmentation des cotisations et la restructuration des caisses autour de deux pôles. Fidèle aux recettes néolibérales, cette réforme fait peser l’essentiel de l’ajustement sur les travailleur·euses.
Endettement public et austérité structurelle
La part de la dette publique globale dans le PIB est passée de 56 % en 2008, à 76 % durant la période 2012-2019 dans le sillage de la crise structurelle du capitalisme de 2008-2009, puis à 87 % durant la période 2020-2024 consécutivement à la crise sanitaire de la pandémie de Covid. Cet accroissement s’accompagne d’un alignement beaucoup plus marqué du Maroc sur les politiques d’austérité prônées par le FMI et la Banque mondiale, en particulier depuis la crise du Covid. Il se traduit par des remboursements du service de la dette de plus en plus contraignants, au détriment des dépenses sociales — santé, éducation, subventions aux produits de base — tandis que les subventions et avantages fiscaux accordés au capital privé se poursuivent, et par une pression accrue en faveur de réformes structurelles (retraites, réforme de la fonction publique, compensation, fiscalité, libéralisation du taux de change) dictées par ces deux institutions.
Ceci se produit au moment même où les infrastructures liées aux grands événements sportifs (stades, lignes à grande vitesse, aéroports) mobilisent des centaines de milliards de dirhams d’investissement public : les hôpitaux et les écoles publiques connaissent un délabrement chronique — c’est précisément ce que dénonce le mouvement de jeunes GenZ. En tant que pays structurellement dépendant, le Maroc subit les répercussions des crises internationales. La guerre russe contre l’Ukraine, les guerres au Moyen-Orient et les tensions sur les marchés mondiaux de l’énergie et des produits alimentaires ont accentué les pressions inflationnistes et budgétaires, utilisées par le gouvernement pour faire supporter aux classes populaires le coût de ces crises.
5. Conclusion
Cette offensive répressive traduit moins la force du régime que sa volonté de prévenir une aggravation des contestations sociales dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, l’approfondissement des politiques néolibérales et l’accumulation des inégalités. La criminalisation de la contestation accompagne ainsi une attaque plus large contre les droits sociaux et démocratiques.
Malgré l’ampleur de cette offensive, les mobilisations ne disparaissent pas. Des mouvements territoriaux comme celui de Figuig, les luttes ouvrières, les mobilisations étudiantes, les protestations de la jeunesse ou encore les manifestations de solidarité avec la Palestine témoignent d’une mobilisation sociale persistante qui continue de trouver de nouvelles formes d’expression.
Cette dynamique se développe toutefois dans un contexte marqué par le profond discrédit des directions des principales centrales syndicales, largement intégrées aux mécanismes du « dialogue social » et de la « paix sociale », ainsi que par la faiblesse organisationnelle de la gauche radicale et son implantation encore limitée dans les principaux secteurs de lutte. Cette double faiblesse complique aujourd’hui la convergence des résistances et la construction d’un rapport de forces à l’échelle nationale. Pour autant, la multiplication des mobilisations montre que les politiques autoritaires et néolibérales ne parviennent ni à contenir durablement les aspirations populaires à la justice sociale et aux libertés démocratiques, ni à empêcher l’émergence de nouvelles générations militantes et de nouvelles formes de résistance.
Le 26 juillet 2026
Marouane
Courant Al Mounadil-a