Nous recevons l’appel suivant, signé par des prisonniers politiques de nombreuses organisations de gauche détenus à la prison de Carabanchel (Madrid) :
Au peuple de Madrid, à la classe ouvrière et aux autres couches opprimées de tous les peuples de l’État espagnol. À l’opinion publique internationale,
Devant la montée irrésistible du mouvement de masse en lutte pour ses revendications et contre la dictature, celle-ci ne voit d’autre issue qu’une répression toujours plus féroce. À l’état d’exception en Biscaye et à Guipúzcoa, où les bandes fascistes agissent en accord avec la police dans une impitoyable chasse à l’homme, se joint une escalade répressive dans le reste de l’État espagnol.
Dans ce contexte, la dictature a décidé de CONDAMNER À MORT deux patriotes révolutionnaires basques : J. A. GARMENDIA (Tupa) et ANGEL OTAEGUI. Elle les accuse d’avoir causé la mort d’un membre des Services d’information de la Guardia Civil, membre de l’appareil répressif franquiste haï du peuple basque du fait des tortures qu’il applique aux combattants qui étaient tombés dans ses griffes.
LE PROCÈS CONTRE GARMENDIA ET OTAEGUI PEUT COMMENCER À TOUT MOMENT. Nous savons que la dictature n’a besoin d’aucune preuve pour déclencher la répression la plus bestiale contre ceux qui luttent contre elle et contre toute forme d’oppression sociale et nationale, comme elle n’avait pas eu besoin de « preuves » pour assassiner en l’espace d’un mois sept personnes en Euzkadi et une personne à Vigo, et pour laisser le patriote révolutionnaire basque Eustaquio Erquicia mourir lentement suite aux tortures qu’il avait subies au commissariat de police de Bilbao.
Une fois de plus, la dictature dirige son agression contre l’ensemble du mouvement ouvrier et populaire en la personne de deux combattants éminents, deux patriotes révolutionnaires basques. Elle pense sans doute que sa répression terroriste évitera les mobilisations qui mettront fin à l’exploitation. Mais il n’en est pas ainsi. De puissantes mobilisations éclatent dans tout l’État espagnol avec une dynamique de grève générale, y compris sous l’état d’exception dans le Pays basque lui-même.
Aujourd’hui, il faut unir ces combats pour transformer les procès en préparation en un nouveau procès de Burgos. À ce moment-là la classe ouvrière, avec ses organisations à la tête de toutes les couches opprimées, et jointe au prolétariat international, avait, en une lutte exemplaire et sans précédent, sauvé la vie de six révolutionnaires basques condamnés à mort. VOILÀ LA VOIE À SUIVRE. Le mouvement ouvrier et populaire ne doit pas permettre la répétition de l’expérience qui a conduit à l’assassinat du militant révolutionnaire S. PUIG ANTICH, lorsque l’absence de mobilisation de masse permit au régime de garder les mains libres pour l’assassiner.
NOUS DEVONS RESTER VIGILANTS. La dictature comprend qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps. Elle est engagée dans une course contre la montre dans l’espoir d’éviter les mobilisations. Pour cette raison, il convient de commencer et de se préparer dès maintenant.
Vu l’assassinat possible de Garmendia et d’Otaegui, ainsi que les menaces qui pèsent sur Genoveva Forest, A. Durán et d’autres, nous devons essayer d’unifier les luttes de la classe ouvrière et d’autres couches opprimées de tous les peuples de l’État espagnol afin de sauver la vie de ces révolutionnaires, et d’avancer sur la voie du renversement de la Dictature.
De notre prison de Carabanchel, nous, prisonniers politiques des organisations soussignées et prisonniers politiques indépendants, nous appuyons fermement ce combat, et nous nous déclarons prêts à nous joindre à la lutte dans la mesure de nos forces.
En ce moment se préparent des batailles décisives. Faire reculer la Dictature, voilà l’objectif.
LIBERTÉ POUR GARMENDIA ET OTAEGUI ! PLUS D’ASSASSINATS LÉGAUX ! À BAS L’ÉTAT D’EXCEPTION ! DISSOLUTION DES CORPS RÉPRESSIFS ET DES TRIBUNAUX SPÉCIAUX ! LIBERTÉ POUR LES PRISONNIERS POLITIQUES ET RETOUR AU PAYS DES EXILÉS ! À BAS LA DICTATURE ASSASSINE !
LCR-ETA (VI) ; LC ; OICE ; PCE (m-l) et OSO (membres du FRAP) ; Patriotes révolutionnaires basques ; militants des Commissions ouvrières ; militants indépendants.
Le 12 juillet 1975
Note explicative de la LCR-ETA (VI)
Les organisations qui ont signé cet appel de Carabanchel ne constituent pas l’ensemble de celles qui sont déjà arrivées à un accord précis d’actions pour sauver la vie de Garmendia et d’Otaegui. L’ensemble de ces organisations inclut également le MCE, l’ORT et des militants du PSOE. Mais comme conséquence de leur participation à la Plateforme de convergence démocratique, ces trois organisations posèrent comme condition d’adhésion au Manifeste de Carabanchel l’inclusion parmi les signataires du Parti carliste.
La LCR-ETA (VI), la LC, l’OICE, le PC (m-l), l’OSO et divers militants des commissions ouvrières, ainsi que divers militants indépendants, refusèrent d’inclure dans un appel à la classe ouvrière et aux opprimés des peuples de l’État espagnol, la signature d’un parti bourgeois, bourreau du prolétariat espagnol en 1936, dont les déclarations actuelles confuses ne constituent d’aucune manière une rupture avec la bourgeoisie ou avec son propre passé.
Ces organisations, avec quelques nuances, estiment qu’admettre la signature du Parti carliste implique semer la confusion sur le caractère de classe de cette organisation, et par conséquent sur sa capacité de défendre, fût-ce de manière tactique, les intérêts de la classe ouvrière, des exploités et des opprimés par la dictature et par le capitalisme.
Pour cette raison, deux manifestes sortirent de la prison de Carabanchel sur le même sujet. Quelques patriotes basques et quelques indépendants ont signé les deux manifestes à la fois. D’autres patriotes révolutionnaires basques ont signé seulement le document qui exclut la signature du Parti carliste.