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Les luttes du Baix Llobregat

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Les luttes ouvrières qui sont en train de se dérouler dans la région du Baix Llobregat constituent, après la lutte de la Seda au cours des mois derniers et les mobilisations d’ensemble répétées dans toute la région, des exemples clairs de la volonté des travailleurs de répondre par la lutte aux conséquences de l’inflation capitaliste, de combattre pour défendre l’emploi des militants ouvriers licenciés (plus de 500 depuis le début de l’année dans la province de Barcelone).

Les causes de la lutte

Ce sont les 750 ouvriers de la Elsa, à Cornellà — entreprise de verrerie — qui ont lancé la lutte le 21 mai dernier. Les revendications initiales, discutées au cours de plusieurs assemblées générales, sont les suivantes : augmentation immédiate de 3 000 pesetas par mois, égale pour tous, refus de travailler trois dimanches de suite par mois, et négociation d’un nouveau contrat.

Le patron répond aux arrêts de travail en faisant vider l’entreprise, avec les conséquences connues de mise au chômage et de suspension de salaire, à l’aide des forces de répression, le 24 mai, et le renvoi de deux ouvriers, dont l’un était le secrétaire du comité légal de la CNS (syndicat vertical) dans l’entreprise. À partir de ce moment, la solidarité — qui se fondait, dans de nombreux cas, avec l’exigence d’une convention collective régionale de la métallurgie, convention refusée par le patronat — s’étend dans toute la région, avec des arrêts de durée inégale, mais qui se répéteront au cours des jours suivants à la Siemens — qui collecte l’argent des heures supplémentaires pour appuyer les travailleurs de la Elsa —, à Fergat, Faura, Pirelli, Clausor, Fenixbron, Soler Almiral, Guma, Serra, Tubos Bonna, Bardina, Dumper, Josala, Laforsa, Hules de Gavà, Enaxa, Metalarte, Stok, Tperin, Nerwick, Eromsa, Matacas, Germa, Plasmica, Brin… et ainsi dans plus de 50 entreprises.

Dans cette vague d’actions de solidarité, le 1er juin, les 350 ouvriers de Solvay, entreprise chimique de Martorell, qui avaient obtenu en janvier dernier une augmentation annuelle, égale pour tous, de 52 000 pesetas, entrent en lutte, exigeant une nouvelle augmentation mensuelle de 3 000 pesetas afin de faire face à la hausse du coût de la vie, et demandent la réintégration des militants licenciés. Le patronat, comme à la Elsa, pratique le lock-out et, parallèlement, avec l’appui du gouvernement, force 63 ouvriers à continuer à travailler, sous le prétexte qu’ils doivent maintenir le fonctionnement des fours, sous risque d’explosion.

Les travailleurs de l’usine Harry Walker de Sant Andreu de la Barca, qui avaient obtenu en janvier dernier une augmentation annuelle de 36 000 pesetas, entrent également en lutte, tout d’abord en organisant des assemblées, puis par des arrêts de travail en solidarité avec la Elsa et Solvay ; ils demandent 4 000 pesetas d’augmentation égale pour tous, la semaine de 40 heures, l’intégration de la prime maximum au salaire de base, ainsi que la réintégration de trois ouvriers licenciés.

Comme affirmait une déclaration commune du Comité provincial de Barcelone de la LCR-ETA(VI) et du Comité politique de la Fracción Bolchevique-Leninista (organisation locale qui, depuis, a fusionné avec la LCR-ETA(VI) — INPRECOR), le 8 juin :

« La lutte des travailleurs du Baix Llobregat, qui n’en est qu’à ses débuts, a déjà obtenu des premiers résultats : réintégration de tous les licenciés, excepté un de la Elsa, et augmentation de 2 400 pesetas par mois. MAIS CETTE FOIS-CI LES TRAVAILLEURS DE LA ELSA ET DE TOUT LE BAIX LLOBREGAT NE VEULENT AUCUN LICENCIEMENT. ILS ONT PRIS CONSCIENCE DE LEUR FORCE ET VEULENT L’ENTIÈRE SATISFACTION DE LEURS REVENDICATIONS. »

Et, au moment où nous écrivons cet article, la lutte continue.

À première vue, il peut paraître paradoxal qu’une lutte aussi dure que celle de la Elsa soit dirigée par les représentants légaux, que la plus grande partie de la solidarité matérielle soit canalisée par la section sociale du « syndicat » (la CNS, syndicat vertical) de la région de Cornellà, que beaucoup de réunions non seulement se soient tenues dans les locaux de la CNS, mais aient reçu l’assentiment de fait d’une partie de la bureaucratie du syndicat vertical ; qu’à Solvay les représentants légaux aient joué un rôle non négligeable dans la lutte ; qu’une série de grèves de solidarité aient été décidées au cours des assemblées des représentants légaux, que ce soit eux également qui aient mis en avant la revendication d’une convention collective régionale de la métallurgie, jugeant que le rapport de force dans le Baix Llobregat était beaucoup moins favorable aux travailleurs que dans l’ensemble de la province de Barcelone. Cela pourrait paraître paradoxal, mais en fait cela ne l’est pas tant pour qui connaît la composition des Commissions ouvrières dans la région, pour qui sait l’orientation qu’elles véhiculent. En effet, la force dominante dans la région, ce sont les « Commissions ouvrières de secteurs », connues également sous le nom de « Prensa Obrera » (Presse ouvrière) d’après le nom de la revue qu’elles publient, et au sein desquelles l’orientation hégémonique est celle du groupe Bandera Roja (organisation socialiste d’origine chrétienne). À leurs côtés, de force inférieure, mais non négligeable, on trouve également les Commissions ouvrières qui suivent l’orientation du Parti communiste espagnol (PCE). Malgré le fait que les premières regroupent les secteurs les plus combatifs de l’avant-garde ouvrière de la région, les perspectives qu’elles donnent se différencient très peu de celles défendues par le PCE dans les luttes ouvrières : utilisation des représentants légaux, négociation des conventions, respect des « canaux légaux », etc.

Ceci, ajouté à la faible implantation dans la région d’organisations qui défendent une ligne de lutte de classes, explique le fait que la majorité des travailleurs considèrent encore ces méthodes comme une arme utile pour leurs luttes, un instrument valable pour la défense de leurs revendications, malgré le fait que, au début de l’année, lors de la lutte de la Seda, un bon nombre de militants ouvriers, de militants des Commissions ouvrières, commencèrent à remettre en cause la ligne mise en avant par Bandera Roja et le PCE, ligne qui se montrait incapable de stimuler la généralisation de la lutte. Et ce sont ces mêmes éléments combatifs, tant au sein des Commissions ouvrières de secteurs qu’au sein des Commissions ouvrières d’orientation PCE, qui ont été les protagonistes des piquets d’extension de la grève, qui ont réussi à faire participer, d’une façon ou d’une autre, la majorité des travailleurs de la Elsa à la lutte, qui sont en train d’impulser la mise sur pied d’une coordination indépendante des travailleurs pour organiser la grève générale dans la région en appui aux travailleurs de la Elsa et de Solvay, en défense de leurs revendications communes et pour la réintégration de tous les licenciés, comme le montre le mot d’ordre de « grève générale » lancé par la direction des Commissions ouvrières ; ce sont eux qui font que la gestion des représentants légaux soit discutée en assemblées, ce sont eux qui, comme à Harry Walker, impulsent l’élection de comités par les assemblées pour préparer le cahier de revendications.

Cependant, et malgré le renforcement de ce courant au cours des luttes mêmes, la majorité des travailleurs du Baix Llobregat continuent à faire confiance à la négociation de la convention régionale, continuent à penser que des arrêts de travail partiels sont suffisants pour faire céder la direction à la Elsa et à Solvay et, que, malgré le caractère anti-ouvrier de la CNS, les représentants légaux combatifs sont utiles à la lutte. Et c’est justement en cela que résident les principales faiblesses de la lutte, faiblesses qui accroissent la difficulté de généraliser la lutte non seulement à la région, mais également à Barcelone, où les luttes comme celles d’Alfa, Faessa, etc., témoignent du climat grandissant d’agitation dans la majeure partie des entreprises.

La lutte des ouvriers de la Elsa et de Solvay dure depuis un mois déjà. Les arrêts partiels de solidarité dans le Baix Llobregat et la lutte contre la hausse du coût de la vie et contre les licenciements se poursuivent et se développent dans toute la région, surtout depuis le refus du patronat de négocier une convention collective régionale. À Barcelone, la situation est toujours plus explosive et la sensibilisation des travailleurs s’accroît chaque jour autour de la lutte du Baix Llobregat. Nombreux sont déjà les ouvriers qui ne sont pas prêts à attendre les résultats — toujours plus hypothétiques — de la convention de la métallurgie pour commencer à lutter pour une augmentation immédiate de salaire avec l’échelle mobile, pour la semaine de 40 heures, contre les cadences infernales et pour la défense des militants licenciés. À Sabadell, Terrassa, Cerdanyola, Badalona, la situation est similaire. Les possibilités d’une lutte généralisée à toute la province sont considérables.

Et telle est l’alternative pour laquelle se battent tous les révolutionnaires au sein des différentes Commissions ouvrières, en faisant des propositions unitaires aux autres organisations, comme les Plates-formes anticapitalistes, en développant leur travail propre dans les entreprises et les quartiers, en impulsant des débordements conscients de la CNS et des conventions, en impulsant la lutte pour une plateforme unitaire, l’autoorganisation des luttes ouvrières et l’organisation de l’autodéfense. Comme l’affirmait un tract des militants et sympathisants de la LCR-ETA(VI) et de la Fracción Bolchevique-Leninista du Baix Llobregat :

« TOUS EN LUTTE POUR LES REVENDICATIONS DE TOUS. Tel est le chemin de la victoire. »

Le 23 juin 1974

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