La plus grande région des Amériques est la seule partie de la planète où Trump parvient à réaliser des avancées significatives vers les objectifs de sa politique de sécurité nationale.
Trump est confronté à d’importantes difficultés sur le front intérieur, où il s’efforce de limiter la défaite annoncée pour les élections législatives de mi-mandat, en novembre.
Les échecs de Trump
Non seulement sa popularité a reculé dans son pays avec le déclenchement de la guerre contre l’Iran, en collaboration avec son acolyte Netanyahou, mais il est également en train de perdre le conflit extérieur lui-même. À l’heure actuelle, la Maison Blanche s’efforce de dissimuler cette défaite humiliante. Sur le plan économique, la guerre douanière qu’il mène contre le monde entier n’a pas encore obtenu de résultats macroéconomiques favorables – en particulier la baisse des prix et le retour utopique des industries que les États-Unis ont délocalisées au cours des 35 dernières années. Elle pourrait bien ne pas du tout s’avérer gagnante.
Sur le plan, fondamentale pour Trump, de la compétition technologique avec la Chine, la situation semble dans l’impasse, malgré les mesures protectionnistes de grande envergure visant ses puces électroniques et l’IA – auxquelles Pékin répond par un discours conciliateur qui ne masque pas les mesures de rétorsion mises en place « œil pour œil, dent pour dent ».
Les avancées en Amérique latine
La seule région de la planète où Trump, ses amis milliardaires et l’extrême droite mondiale peuvent se réjouir de leurs avancées est, sans aucun doute, cette grande région du monde qui s’étend au sud du Rio Bravo mexicain, que les Yankees s’obstinent à appeler Rio Grande. L’Amérique latine est assiégée, jusqu’à présent avec succès, par les attaques colonialistes et autoritaires du dirigeant du monde. L’impérialisme hégémonique enchaîne les offensives, dans le but de construire le Bouclier des Amériques1. Cette situation ne serait pas possible sans le soutien plus ou moins enthousiaste de larges secteurs des oligarchies bourgeoises des pays d’Amérique latine, qui opèrent un virage visible vers le néofascisme.
Ces gouvernements d’extrême droite ouvrent leurs territoires aux entreprises et aux troupes étatsuniennes, appliquent des plans d’ajustement ultralibéraux au service des bourgeoisies locales les plus rétrogrades et suppriment les acquis démocratiques et sociaux. L’objectif est d’éradiquer tout souvenir des progressistes, des pouvoirs qui ont mis en place, de façon même limitée, des politiques sociales, de respect des droits humains et de défense de la souveraineté nationale. Durant le seul mois de juin, Trump et l’extrême droite ont remporté dans la région trois victoires importantes. Ou, vu sous un autre angle, les mouvements sociaux et la gauche ont essuyé trois défaites consécutives, deux échecs électoraux – au Pérou et en Colombie – et un affrontement social direct perdu en Bolivie.
L’ombre s’étend
L’impérialisme hégémonique a déjà envahi l’Amérique centrale et les Caraïbes avec un contingent militaire sans précédent, grâce auquel il maintient, avec des alliés tels que Bukele au Salvador et Mulino au Panama, une domination totale dans la région. Il tente également d’étouffer Cuba et de faire avancer la restauration capitaliste – orientation à laquelle le dernier plan économique annoncé par le Parti communiste cubain semble se conformer.
Les stratèges de Trump incluent, dans la Grande Caraïbe2, la Colombie et le Venezuela – actuellement secoué par des tremblements de terre aussi dévastateurs que le régime fantoche de Rodríguez est incompétent à faire face à cette tragédie. Depuis janvier, la terre de la révolution bolivarienne est devenue un protectorat colonial et la Colombie sera bientôt gouvernée par un extrémiste venu du nulle part, s’inspirant de Bolsonaro et Milei. Avec la victoire électorale très serrée de Keiko Fujimori au Pérou, la droite et l’extrême droite jettent sur l’Amérique du Sud l’ombre de gouvernements qui ne feront qu’aggraver la surexploitation, la corruption, les privatisations, la cession des terres, la dégradation de l’environnement, le pillage des ressources et une répression intense.
Une polarisation croissante
Sans minimiser cette réalité difficile et le recul que ces gouvernements représentent pour les peuples de la région, il faut examiner de plus près les contradictions. Et répondre à la question : ces récentes victoires garantissent-elles à l’impérialisme un « hémisphère occidental » (selon la formule du néofasciste au pouvoir à la Maison Blanche) pacifié, stable et soumis ? Ce qui se passe au Pérou et en Colombie semble montrer que ce n’est pas l’hypothèse la plus probable : dans ces deux pays, la gauche et les mouvements sociaux ont créé la surprise. Au Pérou, on n’aurait pas imaginé, avant la campagne électorale, qu’un représentant progressiste de province se hisse au second tour. Cet affrontement s’est soldé par un quasi-match nul qui annonce la poursuite de la crise de régime que ce pays des Andes traverse depuis des décennies. En Colombie, en plus de la probable fraude et de l’intervention éhontée de l’impérialisme dans la campagne électorale – avec un soutien financier et technologique à la vague de désinformation –, tout a été facilité par un système politique privatisé. Mais jamais un pôle de gauche n’a été aussi uni derrière une même candidature et n’a obtenu un score aussi élevé, ce qui laisse présager des suites difficiles pour le gouvernement de la Espriella.
En Bolivie, le résultat est plus difficile : on a assisté à la défaite d’un soulèvement paysan, indigène et ouvrier-populaire, mené pour la première fois depuis des décennies par des forces (divisées) différentes de l’ancien Mouvement vers le socialisme (MAS). Il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais cette fragmentation – engendrée par l’autodestruction des dirigeants de l’ancien parti-mouvement –, et la difficulté incommensurable de renverser un gouvernement élu dans un contexte régional très défavorable, obligeront les protagonistes du soulèvement à se demander s’il n’aurait pas été plus prudent de reculer de manière organisée, après que le mouvement ait obtenu la précieuse victoire d’avoir bloqué les décrets néolibéraux sur les prix et la propriété foncière.
La bataille brésilienne
La prochaine grande bataille a déjà commencé au Brésil. Ce dernier, le Mexique et l’Uruguay sont actuellement les trois pays d’Amérique latine dont les gouvernements se situent, d’une manière ou d’une autre, à gauche. Il est crucial pour l’extrême droite mondiale, et pour Trump en particulier, de faire échouer Lula lors des élections d’octobre.
Il ne fait aucun doute que Trump et les géants de la tech vont reproduire au Brésil la guerre de désinformation qu’ils ont menée en Colombie. Le chef de l’impérialisme yankee a déjà déclaré son soutien – photos et publications à l’appui – à Flávio Bolsonaro, le fils aîné de l’ancien président putschiste, qui est le seul candidat viable à droite. Mais il y a plus : les États-Unis tentent de s’immiscer directement dans le vote des Brésilien·nes. C’est le cas sur la question de la sécurité publique, Trump ayant qualifié d’« organisations terroristes » deux organisations criminelles basées au Brésil, et en ayant renforcé, en vertu de la législation commerciale américaine, la guerre des droits de douane contre les produits du pays.
L’ingérence directe des États-Unis dans les affaires du Brésil est mal vue dans le pays, même au sein de certains secteurs de l’électorat du fils Bolsonaro. Mais les faiblesses et les limites des gouvernements du PT, et de Lula en particulier, auront un coût dans la campagne électorale. En particulier, il a soutenu le président Rodrigo Paz au plus fort de la révolte populaire bolivienne3 et tergiverse au lieu de se débarrasser rapidement et sans pitié de ses membres qui sont impliqués dans des scandales financiers.
Rien de tout cela, cependant, ne doit empêcher l’ensemble de la gauche, des progressistes et des secteurs démocratiques d’Amérique latine et du monde entier de soutenir la candidature de Lula. Pour un nouveau mandat, contre le retour du néofascisme vert-jaune et international. Tout comme les pas du gouvernement cubain vers la restauration capitaliste ne nous empêchent pas d’être inconditionnellement aux côtés de Cuba dans sa lutte pour la souveraineté contre le géant du nord.
Unité contre l’impérialisme et l’extrême droite
En Amérique latine, plus que dans n’importe quel autre coin de la Terre à l’heure actuelle, la question de la souveraineté nationale face à l’impérialisme est un axe central du programme de résistance au néofascisme. Du Pacte historique4 de Colombie, désormais parti légalisé et bénéficiant du soutien de la moitié du pays, jusqu’aux coalitions larges de gauche au Pérou, en Argentine, au Chili, au Mexique, en passant par les résistant·es de l’héroïque Venezuela et d’Amérique centrale, nous avons besoin d’une union et de soutiens mutuels dans cette nouvelle période de lutte qui s’ouvre contre les gouvernements d’extrême droite (ou tout autre gouvernement à la botte de Trump) déjà en place. En espérant une victoire électorale contre Trump lors des élections de mi-mandat en novembre. ■
Le 2 juillet 2026
- 1Initiative de coopération militaire présentée comme visant à lutter contre les organisations criminelles transnationales, en particulier les cartels de la drogue.
- 2
La Grande Caraïbe est constituée de quarante territoires comprenant un archipel d’îles de la mer Caraïbes, dont deux territoires français (Martinique et Guadeloupe), et une zone continentale de pays d’Amérique du Sud et Amérique latine, dont un territoire français (Guyane).
- 3
« Presidente Lula conversa por telefone com o presidente da Bolívia, Rodrigo Paz », Présidence de la République du Brésil, le 25 mai 2026, et « Lula felicita a Paz por encarar la crisis política en Bolivia mediante el diálogo », Agence d’Information Bolivienne, 30 juin 2026.
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Le Pacto Histórico est le principal soutien de Gustavo Petro. Le parti résulte de la fusion des quatre principaux partis de gauche de la coalition du Pacte historique (2021-2025).