L’attaque et l’enlèvement de Maduro s’inscrivent dans la nouvelle stratégie des États-Unis pour la réorganisation du monde. Cette stratégie passe notamment par un renforcement de la pression impérialiste sur l’Amérique latine.
Que s’est-il passé lors de l’enlèvement de Maduro ?
Pas mal d’éléments et de détails nous sont encore inconnus, mais nous sommes face à une agression impérialiste de grande envergure et, littéralement, à un coup d’État, qui se sont déroulés dans la nuit du 2 au 3 janvier. Le Venezuela a été bombardé avec un déploiement militaire inédit (avec plus de 150 avions et hélicoptères). C’est la première fois qu’un pays d’Amérique du Sud est bombardé de la sorte (rappelons l’intervention contre Noriega, au Panama, en 1989, ou l’invasion de la Grenade en 1983, avec l’arrestation puis l’exécution du Premier ministre Maurice Bishop).
La présence militaire US était massive dans l’espace Caraïbes depuis plusieurs mois, avec notamment la présence du plus grand porte-avions au monde, le Gerald-Ford, tout cela au prétexte de la lutte contre le narcotrafic. La possibilité d’une intervention s’est finalement confirmée. Il y a eu débarquement au sol de forces spéciales le temps de l’intervention et de la destruction de plusieurs points névralgiques et de défense. L’absence quasi totale de défense organisée, notamment antiaérienne, des Forces armées nationales bolivariennes (FANB) a permis en un temps record de capturer et de séquestrer le président Maduro et sa compagne, la députée Cilia Flores, qui ont donc été « extrait·es » et déporté·es aux États-Unis. Ils ont même été présentés à un juge à New York avec des charges fantaisistes, dont celle d’être à la tête d’un « Narco-État ».
Cette opération militaire, qui viole la souveraineté du Venezuela et – évidemment – toutes les lois internationales (qui sont le dernier des soucis de Trump), inaugure une tentative brutale de recolonisation du pays et, peut-être même, la mise en place d’un protectorat sur le moyen terme, si on l’en croit les premières annonces de la Maison Blanche. Dans le cadre de la longue crise du capitalisme, du déclin de l’hégémonie mondiale des États-Unis et de la réorganisation violente du système inter-impérialiste, Trump a pour objectif de discipliner tout « l’hémisphère » sous sa coupe, grâce au plus grand arsenal militaro-industriel que l’humanité ait jamais construit. Il s’agit, également et plus directement, de reprendre le contrôle du Venezuela bolivarien et de préparer le saccage colonial de l’immense réserve de pétrole lourd du pays.
Selon tes informations, quelle est l’attitude de l’appareil d’État et des couches dominantes au Venezuela par rapport à cette opération ?
C’est encore en voie de réorganisation. Ce qu’on constate – et que confirment nos contacts sur place –, c’est que suite à la séquestration du président, il y a bien une continuité de l’appareil d’État maduriste, qui est incarné aujourd’hui par la figure de la présidente intérimaire Delcy Rodríguez. Aussi bien les directions militaires que civiles, les hautes strates de la bureaucratie et les différentes factions de la bourgeoisie affairiste bolivarienne semblent faire bloc… pour l’instant. Bien sûr, l’attitude de l’armée, pilier du contrôle politique de Maduro, particulièrement depuis les crises de 2017-2019, est déterminante.
On voit pour l’instant aux côtés de Delcy Rodríguez les principaux·les dirigeant·es de ce qu’était le madurisme au pouvoir depuis 2013. À commencer par Diosdado Cabello, qui est l’homme fort du régime, puisqu’il tient la police et a des liens très forts avec l’armée et avec la Chine. L’indéboulonnable ministre de la Défense et chef d’état-major, Vladimir Padrino López affiche également son soutien, comme le frère de la présidente, Jorge Rodríguez, l’un des hommes clés du chavisme, puis du madurisme, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Il y a néanmoins des doutes sur jusqu’à quel point un secteur du régime aurait lâché Maduro en amont et « pacté » la transition en cours, face à la pression maximale exercée par les États-Unis et aux échecs répétés des négociations avec Trump. Toute une partie de la bureaucratie en place, et particulièrement les hauts dignitaires militaires, cherche à sauver ses intérêts économiques dans l’extraction pétrolière et minière et son impunité… Mais avec quelle marge de manœuvre aujourd’hui ? Et en l’absence d’un vaste mouvement de résistance nationale ?
Le fait est qu’il n’y a pas eu de capacité de réaction face à une agression, pourtant attendue dans le monde entier et avec des forces armées supposément en alerte permanente. Plusieurs milliards de dollars ont été investis dans du matériel russe et chinois, notamment pour protéger Caracas et l’espace aérien, avec une défense antiaérienne et des radars sophistiqués, au cours des dernières années. Tout semble avoir été neutralisé en amont. Il y a donc de nombreuses inconnues de ce point de vue, mais il n’y a eu aucun ordre de défense. Ce silence signifie-t-il des complicités actives ou passives internes, une perte de contrôle totale de la chaine de commandement, une passivité stratégique assumée de l’état-major dans l’attente d’une réorganisation du pouvoir sans Maduro ? Les débats et les rumeurs vont bon train à Miraflores, comme dans tout le Venezuela. Ceux qui ont payé le prix de cette débâcle, ce sont plus de 100 personnes (civil·es et militaires), dont les membres de la garde personnelle de Maduro et particulièrement 32 agent·s cubain·es assassiné·es.
Quant à la position de Delcy Rodríguez, elle a confirmé la mise en place de l’État d’exception : on est donc loin d’une perspective d’ouverture et de démocratisation, c’est tout le contraire, même si plusieurs prisonnier·es politiques ont aussi été relâché·es, dont l’opposant Enrique Marquez. Les déclarations de Rodriguez semblent confirmer ce que Trump et Marco Rubio ont fièrement annoncé, dans leur conférence de presse après l’agression : ils seraient disposés à la mise en place d’une nouvelle ère de « coopération » avec les États-Unis, notamment pour faciliter la « reconstruction » de l’industrie pétrolière sous contrôle impérialiste. En interne, la présidente a néanmoins répété qu’il s’agit de sauver la souveraineté du pays, elle demande officiellement la libération de Maduro et Flores et prend des accents anti-impérialistes dans ses discours à la télévision. Le patron de la CIA vient pourtant d’être reçu à Caracas et même médaillé ! Trump a annoncé qu’il annulait toute nouvelle attaque car « les États-Unis et le Venezuela travaillent désormais bien ensemble »…
Jusqu’à quel point un madurisme sans Maduro pourra-t-il s’organiser ? Pourquoi n’y a-t-il pas de mobilisation importante des bases chavistes et populaires ?
L’option que l’on pensait être celle de Trump était celle d’un regime change en plaçant sur le trône l’opposition ultraconservatrice néolibérale et pro-États-Unis incarnée par Maria Corina Machado et le candidat à la présidentielle de 2024 Edmundo Gonzalez, déchu suite à fraude électorale. Mais Machado a été humiliée publiquement et mise de côté par Trump : et ce n’est pas le cadeau de sa médaille de prix Nobel de la paix à l’autocrate des États-Unis qui y changera grand-chose ! Le pari de Trump est donc clairement de s’appuyer sur l’appareil d’État maduriste, en faisant le calcul qu’ils tiennent le pays (d’une main de fer) et en constatant qu’ils conservent le soutien de l’armée et aussi une certaine base sociale, le chavisme populaire, qu’il convient de canaliser. Ceci en exerçant en parallèle une menace et contrainte politico-militaire impériale considérable. Les calculs de Washington sont que Corina Machado et Edmundo González ne seraient pas capables de réorganiser brutalement le pays sans un appui direct de l’impérialisme, y compris avec des troupes au sol. Un scénario à l’irakienne est inenvisageable pour Trump et serait trop couteux, y compris au plan domestique, alors que sa base MAGA est très critique, que la situation aux États-Unis n’est pas bonne et que des midterms arrivent bientôt.
Il est assez surprenant que l’appareil d’État et la bolibourgeoisie soient capables d’un tel bouleversement.
Tout le monde est dans l’expectative, le gouvernement intérimaire vénézuélien en place souffle le chaud et le froid, y compris par rapport à sa propre population. Mais la chute est violente, notamment pour celles et ceux qui pensaient possible une résistance nationale massive. C’est la peur et l’incertitude qui dominent et s’il y a eu quelques manifestations de soutien à Maduro, elles sont restées relativement timides.
Ce n’est pas si surprenant. D’une part, face à l’immense asymétrie militaire et à la pression politique maximale exercée par l’impérialisme US contre le Venezuela, dans un contexte régional de plus en plus hostile. Mais aussi car on assiste, depuis bien plus d’une décennie, à un délitement autoritaire, à un effondrement politique, à la destruction économique du pays de Chávez et de ce qu’avait pu incarner un temps, dans les années 2000, le processus bolivarien et son impulsion national-populaire radicale, progressiste et anti-impérialiste.
Le madurisme a approfondi les points les plus problématiques du chavisme et consolidé une caste bolibourgeoise au pouvoir, oligarchique, qui a accumulé par la dépossession et par la corruption les devises issues de l’extraction pétrolière et minière. Après avoir réprimé les manifestations et secteurs de l’opposition conservatrice pro-impérialiste, fermé un temps le parlement élu et concentré les pouvoirs, Maduro a fait de même pour l’opposition de gauche, contre d’anciens alliés d’hier (le Parti communiste notamment), emprisonné des syndicalistes ou des ex-dirigeant·es chavistes.
La détérioration de la situation interne, décuplée par des années de sanctions iniques et de blocus des États-Unis, a provoqué l’exil de 8 millions de Vénézuélien·nes (sur 28 millions d’habitant·es !). Même si dans les dernières années, il y a eu une lente et continue récupération économique, d’ailleurs incarnée par la gestion très pragmatique de Delcy Rodríguez, chargée de l’extraction du pétrole. Comme le dénoncent plusieurs syndicats vénézuéliens, la politique économique et les droits du travail sous Maduro ressemblent davantage à une dystopie néolibérale sauvage et à une destruction de tous les droits fondamentaux qu’au socialisme…
Dans ces conditions, l’absence des conditions d’une résistance anti-impérialiste avec une base populaire mobilisée derrière un gouvernement national légitime est assez évidente. Et l’administration Trump en a parfaitement conscience. Nous ne sommes pas du tout en avril 2002 quand Hugo Chávez subit un coup d’État, soutenu par la CIA et le patronat local, et est « sauvé » par une mobilisation populaire très forte, tandis que les militaires montrent leur disposition à rejeter ce coup d’État pro-impérial.
Y a-t-il néanmoins des pans de l’appareil militaro-civil qui sont encore ancrés dans cette perspective nationale-populaire et disposés à résister ? Le chavisme populaire, les gauches critiques, les syndicalismes et les mouvements sociaux sont considérablement affaiblis, certains démoralisés ou d’autres cooptés. Avec donc beaucoup de résignation et, même, l’espoir (vain) pour une partie non négligeable de la population qui pense que cette nouvelle crise pourra desserrer l’étranglement du pays et que l’arrivée des capitaux étatsuniens amènera un rebond économique… Va-t-on assister à la mise en place d’une sorte de cogestion forcée et de collaboration « pro-impériale » de la part d’une partie de la caste bolibourgeoise pour sauver ses intérêts (ce qui est peu probable d’ailleurs sur le long terme), pour d’autre part continuer à tenir le pays dans ce contexte de quasi-protectorat ? Quelles seront les capacités de réorganisation autonomes des classes populaires et de lutte pour rejeter à la fois la tutelle de Trump et exiger la démocratisation du pays, dans ce nouveau contexte, après des années d’immense précarité matérielle ?
Trump expliquait vouloir récupérer les ressources pétrolières soi-disant volées aux États-Unis.
Le satrape étatsunien annonce de manière directe et sans périphrases le saccage auquel il veut se livrer et la reprise du contrôle du pays. Historiquement, depuis la découverte du pétrole et les premiers puits en 1914, et surtout au moment de l’âge d’or de l’extraction dans les années 60 sous la coupe des multinationales yankees, celles-ci ont pu bénéficier à plein de l’extraction pétrolière, avec des taux de profit gigantesques, démesurés, beaucoup plus par exemple qu’en Arabie saoudite ou au Moyen-Orient.
Ceci est dans l’esprit de l’oligarchie au pouvoir aux États-Unis, et il y a une volonté de revenir à ce type d’accumulation par dépossession. Quand Trump dit qu’ils ont été « écartés », on pourrait penser qu’il parle de la nationalisation de 1976 par la social-démocratie vénézuélienne (sous Carlos Andrés Pérez), mais en fait il se réfère plus directement à 2007 quand Chávez a réorganisé des entreprises mixtes au profit de PDVSA, et nationalisé une grande partie de l’extraction dans la frange pétrolifère de l’Orénoque, là où est la principale réserve actuellement. Avec probablement 300 milliards de barils, c’est la première réserve prouvée à l’échelle planétaire, mais d’un bitume extra-lourd et très couteux à raffiner.
Ce que voudrait le milliardaire Trump, c’est que cette réserve repasse dans les mailles des filets d’Exxon, de Chevron et des grandes multinationales étatsuniennes, et aussi pouvoir dicter le prix du brut mondial (le Venezuela est un acteur central de l’OPEP). Ce n’est pas si facile en vrai, dans un contexte où pour l’instant 80 % des exportations vont vers la Chine, et vu le délabrement très avancé des infrastructures (avec tout de même 800 000 barils/jour actuellement). En tout cas, il y a de gros investissements à réaliser : certains parlent de 60 milliards voire 100 milliards de dollars sur plusieurs années, à injecter pour le capital nord-américain. Rien n’est joué car il faudrait garantir sur le long terme la maitrise sociale et politique du pays et la marginalisation effective de la Chine. C’est vraiment une perspective de recolonisation.
Et en même temps, si cet axe énergétique saute aux yeux – dans son discours, Trump déclare que « l’argent sort du sol au Venezuela » –, l’aspect géostratégique est à mon sens essentiel et est d’ailleurs exprimé avec brutalité par Marco Rubio : il s’agit de discipliner toute la région, menacer l’Amérique du Sud. Avec en ligne de mire, le Brésil, qui a encore une relative autonomie géostratégique. Et en même temps, réaligner l’espace des Caraïbes, faire tomber Cuba (l’obsession du clan Rubio) comme un fruit mûr plutôt que par une intervention, Cuba qui perd son allié essentiel à Caracas, alors que l’économie de l’île est dans une situation encore pire qu’au début des années 1990. Et menacer la Colombie, le Mexique, leurs gouvernements progressistes et leur relative autonomie dans l’échiquier régional.
Les documents de la « nouvelle stratégie de sécurité nationale » de la Maison Blanche, publiés en décembre dernier, confirment une volonté de bouleverser les relations internationales et même une « fascisation » de l’ordre mondial. Éric Toussaint vient d’y consacrer une étude détaillée 1. On entre à nouveau dans l’ère des États prédateurs, du gangstérisme impérialiste (qui certes n’a jamais disparu) où seule la force brute compte : l’Amérique latine est leur arrière-cour, tandis que Poutine peut plus ou moins faire ce qu’il veut à l’échelle européenne (la bourgeoisie européenne est méprisée pour sa faiblesse et sa division), y compris en Ukraine, tandis que la Chine incarne le véritable l’ennemi « systémique » : un Empire du milieu à affaiblir dans la région latino-américaine et à contenir en Asie du Sud-Est.
L’administration Trump est en train de redécouper le monde pour faire face au déclin de son Empire hégémonique. Cette nouvelle phase des relations internationales à l’ère du quatrième âge du capitalisme et des grands basculements climatiques et écologiques est plus dangereuse que jamais, avec la remilitarisation des relations inter-étatiques et des conflits guerriers d’échelle continentale. Gilbert Achcar décrit une « nouvelle guerre froide » 2, bloc contre bloc, et celle-ci est de plus en plus peuplée de conflits ouverts, « chauds » et de violence coloniale, à commencer par le génocide à Gaza.
Comment vois-tu le processus de cette recolonisation en Amérique latine, sachant que la Chine est actuellement le premier partenaire commercial de l’Amérique latine ?
On voit les conséquences de ce que nous appelons, depuis quelque temps, la polycrise du système capitaliste et inter-impérialiste. Les grandes puissances n’ont pas réellement récupéré de la crise depuis 2008 et nous sommes plus largement dans une onde longue de « stagnation séculaire », avec la réorganisation en cours des chaînes de valeur et une hyper-concentration du capital au plan mondial 3. Dans cette phase, la première puissance actuelle – les États-Unis d’Amérique – en déclin veut récupérer violemment de l’espace, des ressources, des marchés et de la capacité de projection géostratégique.
En ce sens, il est très intéressant de revenir aux écrits de Lénine, Rosa Luxemburg, Ernest Mandel ou Samir Amin sur l’impérialisme, sans les lire comme une « vérité révélée », comme sur les riches débats des années 1970 sur les rapports centre-périphérie, la théorie du développement inégal et combiné ou encore celle de la dépendance 4. Les auteur·es qui pensaient que l’ère de l’impérialisme était plus ou moins finie ou encore qu’on allait voir émerger un « super-impérialisme » des multinationales, trans-étatique, qui gouvernerait le monde, se sont lourdement trompés : ce qui se confirme est bien un système inter-impérialiste fortement hiérarchisé et concurrent, appuyé avant tout sur des États nationaux forts et sur des puissances militaires nationales. Les multinationales les accompagnent dans le processus, tout comme le capital financier.
Dans ce contexte, l’idée de la « sécurité hémisphérique » et de la doctrine de la sécurité nationale, qui est au cœur de la pensée stratégique étatsunienne pour l’Amérique latine, se réaffirme de manière ultra-violente. La doctrine Monroe du corollaire Roosevelt et de la politique de la canonnière est revisitée par l’administration Trump avec fracas et violence. Selon cette vision du monde, le problème est désormais la concurrence de la Chine sur tous les plans, notamment celui de la technologie, des infrastructures (y compris celles des Big Tech et de la monnaie) et de la puissance géopolitique (même si ce n’est pas encore au niveau militaire). Le travail de Benjamin Bürbaumer est éclairant à ce propos : le développement capitaliste de la Chine depuis les années 1990 met en péril directement la mondialisation sous hégémonie étatsunienne et du dollar, tel qu’elle s’est construite au cours de la seconde moitié du 20e siècle 5. La Chine est en train de dépasser au plan commercial et économique les États-Unis dans la région latino-américaine : elle est le premier partenaire commercial du Brésil, du Pérou ou du Chili et de l’ensemble de l’Amérique du Sud. Cette dynamique semble presque inaltérable. Même le Mexique, qui est pourtant complètement intégré au réseau et aux chaînes de valeur états-uniennes (via un accord de libre-échange notamment), a pour deuxième partenaire commercial la Chine, avec des entreprises directement installées par l’Empire du milieu à la frontière avec les États-Unis.
Trump l’a dit et le répète : il n’était plus possible que la Chine contrôle les ports pacifiques et atlantiques aux entrées du canal de Panama, et il a réussi à modifier la situation à coups de pression politique et de millions de dollars : Panama est de nouveau un canal totalement sous bannière étatsunienne. Ses outils sont les multiples bases étatsuniennes, le déploiement de la quatrième flotte, le contrôle très serré au plan militaire, informationnel et toujours économique, alors que la Chine n’a pas à ce stade de véritables moyens militaires dans la région.
La relation avec la Colombie est à ce propos centrale, puisque, jusque-là, ce pays était la clé de la géostratégie militaire pour la région sud-américaine, via le « plan Colombie » et au prétexte de la lutte contre les guérillas et les « narcos ». Ceci tandis que l’espace centre-américain et des Caraïbes est considéré comme plus aisément maitrisable (bien que Cuba continue à y résister). Cela explique les conflits diplomatiques très durs de Trump avec le président Petro, même si des négociations sont en cours.
Les résultats de cette bataille des titans sont incertains – même dans l’Argentine de Javier Milei, la Chine reste centrale dans les échanges commerciaux. Il y a donc des aspects géopolitiques et idéologiques. Trump veut renforcer les « siens » : les extrêmes droites régionales, les Milei, les Bolsonaro, les Kast et pratique l’interventionnisme électoral, comme il l’a fait lors des élections de mi-mandat en Argentine. Il y est aussi parvenu avec succès au Honduras tout récemment, et il va continuer à s’appuyer sur Kast, le pinochetiste nouvellement élu au Chili, sur le milliardaire conservateur Noboa en Équateur, sur la droite conservatrice libérale en Bolivie, et mettre la pression sur les gouvernements, même très modérés, comme celui de Lula au Brésil, pour dire : « si vous nous résistez, vous serez considérés comme des ennemis, et si vous êtes des ennemis, on vous applique des droits de douane complètement inédits de 40 ou 50 %, ou carrément nous vous menacerons militairement, comme on a su le faire au Venezuela ».
Ce déploiement de force, qui est aussi celui en cours contre le Groenland, montre que les États-Unis sont de moins en moins un « hégémon » capable de projeter de la force mais aussi du soft power, de l’adhésion et du consensus : ils représentent désormais la domination brute centrée sur les rapports de forces politico-militaires et des oukases commerciales, avec en toile de fond la menace de destruction économique ou coloniale contre les « non-alignés », Europe et alliés de l’OTAN y compris.
Ça doit être complexe de modifier les chaînes de valeurs et l’organisation internationale du travail. Cela va nécessiter des gouvernements extrêmement répressifs. Même au Venezuela, ça risque d’être contradictoire avec ce que Trump ou d’autres vont pouvoir présenter comme une supposée ouverture démocratique.
Exactement. Il est intéressant de noter les déclarations récentes de figures représentant le capitalisme fossile étatsunien et les grandes majors. Ils ont fait part de leurs doutes et réticences sur l’investissement considérable que représenterait la « reconquête » du pétrole du Venezuela à leur profit, et le peu de garanties dont ils disposent sans une stabilisation politique difficile à obtenir sans la mise en place d’un protectorat répressif et couteux. Trump a dû les recevoir et réitérer son engagement à leurs côtés.
En retour, les dirigeants chinois ont fait part de leur rejet de l’agression contre leur allié vénézuélien. C’est un coup dur qu’ils viennent de recevoir, alors que leur matériel militaire sur place s’est avéré inefficace. L’envoyé spécial de Xi Jinping pour l’Amérique latine avait longuement rencontré Maduro à Caracas quelques heures à peine avant le raid de Trump… Néanmoins, ils ont émis de nouveaux documents stratégiques renouvelant leur rejet de l’impérialisme US, leur disposition à la coopération « amicale » et au transfert de technologies avec les pays latino-américains, à rebours de l’attitude guerrière des États-Unis.
La Chine a bien compris la menace. Son talon d’Achille est sa dépendance énergétique – le pays achète à l’étranger 70 % de ses besoins pétroliers. Les dirigeants chinois vont chercher à consolider leur influence en Amérique latine, au nom du respect mutuel, malgré le revers vénézuélien, sans entrer en confrontation directe avec Trump dans l’hémisphère. Ils affichent un discours « gagnant-gagnant », mais la relation Chine/Amérique latine reste complètement asymétrique : ils veulent toujours plus de matières premières, de minéraux, de terres arables, d’agro-industrie. Ils annoncent vouloir atteindre leur objectif des 700 milliards de dollars d’investissement dans la région pour 2035. Le mégaport de Chancay qui vient d’être inauguré est leur fleuron dans la région pour les « routes de la soie ». Néanmoins, le ralentissement économique atteint également la Chine.
Même si le Parti communiste chinois s’inscrit dans le discours sur le multilatéralisme, la construction des BRICS et du « Sud global », nombreux·se sont les militant·es qui ont conscience que le capitalisme vorace du géant asiatique ne saurait incarner une perspective alternative réelle en termes d’émancipation, de développement, et même en termes diplomatiques. On l’a vu avec leur silence face aux massacres à Gaza, voire leur soutien à Netanyahou, de manière directe ou indirecte. Ils défendent un autre ordre global, certes, mais qui ne sera pas celui de libération des peuples du Sud 6.
La région latino-américaine se trouve au contact de deux plaques tectoniques en lutte : un impérialisme dominant, violent et en crise, et une hégémonie impériale globale potentiellement en devenir. À ce stade, les États-Unis représentent plus de 36 % de l’ensemble des dépenses militaires de la planète. C’est considérable. 250 000 militaires étatsunien·nes sont déployé·es autour du monde, alors qu’il n’y a que quelques centaines de Chinois et peut-être 30 à 35 000 de Russes… Trump veut s’appuyer sur cette énorme puissance militaro-industrielle pour essayer de recomposer la place des États-Unis comme global player toujours intouchable.
As-tu des éléments sur les résistances à cette offensive en Amérique latine ? Quelle est l’attitude des gouvernements dits « progressistes » ?
Concernant les gouvernements progressistes ou de centre-gauche, ils dénoncent l’agression contre le Venezuela, l’enlèvement du Président Maduro, la rupture de l’ordre international, la violation de souveraineté d’un pays voisin. Aussi bien Lula, Claudia Sheinbaum au Mexique, Boric au Chili et de manière plus claire Gustavo Petro en Colombie, ce qui ne signifie d’ailleurs pas une adhésion de leur part au régime Maduro.
Lula est intervenu essentiellement au plan diplomatique et de manière assez timorée : il a réclamé une réunion urgente de l’ONU, comme espace légitime de règlement des conflits internationaux, il a aussi essayé de mobiliser l’Organisation des États américains, mais il montre en même temps une certaine impuissance. Alors que, dans les années 2000, les gouvernements nationaux-populaires avaient une capacité forte de coopération et de mise en commun, avec l’UNASUR, la CELAC et même l’ALBA 7 pour essayer de peser sur la scène internationale, on est plutôt face de nouveau à la fragmentation.
On ne parle plus du tout des projets de Banque du Sud, voire d’une monnaie commune alternative. Aujourd’hui, l’idéal de la Patria grande est en recul partout, les nationalismes et les extrêmes droites ont le vent en poupe, l’effondrement de l’expérience bolivarienne pèse sur toute la région, Cuba est asphyxiée, le Mouvement vers le socialisme (MAS) bolivien s’entredéchire, l’expérience Boric laisse la place à Kast, etc. Les gouvernements progressistes en place (Brésil, Colombie, Mexique, Uruguay) paraissent relativement seuls, même si Petro et davantage encore Claudia Sheinbaum montrent qu’ils ont su consolider une base sociale pluriclassiste et électorale solide.
Le facteur décisif dans un tel contexte, ce sont les résistances « par en bas », les luttes de classes et populaires, indépendamment de la position des gouvernements, pour l’autodétermination et la souveraineté nationale. Une manière d’avoir plus de poids sur la scène régionale et face à Trump, y compris pour les gauches au pouvoir, serait de s’appuyer sur une population mobilisée, revendiquant l’horizon historique anti-impérialiste qui est encore très présent dans les imaginaires et valeurs collectives d’une partie des Latino-Américain·es. Pourtant, au Brésil ou avec Boric au Chili, la politique progressiste a plutôt été de désactiver les luttes et les acteurs mobilisés. Sans parler d’ailleurs du Venezuela. Le gouvernement Maduro a coopté ou réprimé les résistances, et ce qu’il n’a pas fait directement, l’effondrement économique s’en est chargé. Il reste des « communes » et certaines expériences d’auto-organisation courageuses, à soutenir, mais fragiles.
Ceci ne veut pas dire qu’il n’y a pas en ce moment même des mobilisations et des résistances multiples. Le continent de Sandino et des zapatistes reste parsemé de luttes. Au Brésil c’est très clair, on l’a vu dans la dernière période, et le Mouvement des sans terre (MST) reste puissant, malgré ses débats internes quant à la relation avec le lulisme. En Équateur aussi face à Noboa, avec les grandes mobilisations de la CONAIE, la Confédération des nations indigènes d’Équateur, des syndicats urbains, des collectifs écologiques, qui ont réussi à infliger une défaite politique cuisante au gouvernement lors du référendum de novembre 2025, rejetant le projet de nouvelle base militaire yankee et la réforme autoritaire de la Constitution. Donc, dans plusieurs pays, ça bouge.
On pourrait parler de la puissance des mouvements féministes, autochtones et décoloniaux : c’est par exemple un espoir au Chili pour affronter Kast et ses mesures de régression sociale, raciste et patriarcale. Mais il n’y a pas actuellement de mobilisations à une échelle continentale, comme on a pu en voir par le passé, par exemple pour affronter le projet de l’ALCA 8, défait en 2005. Un point d’appui qui pourrait être vraiment fondamental ce sont les mobilisations de plus en plus massives en cours dans le cœur des États-Unis, le mouvement No Kings, les luttes contre les violences policières et la police fasciste de l’immigration (ICE), la victoire de Mamdani à New York, la recomposition de la gauche contre l’establishment Démocrate…
Sinon, il faut reconnaitre qu’il y a un reflux néoconservateur, voire réactionnaire sur de nombreux plans, dans la plupart des pays, qui pèse lourdement. La violence aussi envahit le quotidien et les médias, celle des cartels et du narcotrafic, celle de l’État ou des paramilitaires ou des migrations forcées. C’est le cas au Chili, que je connais de près. Il est impératif pour nous de bien comprendre ce qui a conduit ce pays du grand soulèvement populaire de 2019 (lourdement réprimé) à la victoire massive du néo-pinochetisme de José Antonio Kast en 2025 : c’est fondamental, selon moi, car c’est une défaite majeure pour toutes les gauches sociales et politiques dans un pays emblématique du néolibéralisme mondial 9.
Nous traversons un moment où les néofascismes et les extrêmes droites conservatrices peuvent apparaitre comme une « alternative » aux yeux d’une partie significative des classes populaires. Où les gauches sont décrédibilisées ou ont perdu le contact avec les couches populaires au profit des Églises évangéliques conservatrices. Bien sûr, de notre point de vue, c’est une « alternative » régressive au service du capital, au service de la destruction de l’environnement, du patriarcat, de la domination brutale des oligarchies, etc. Et au service de l’impérialisme US. Ainsi, Kast s’est félicité bruyamment de la séquestration de Maduro et de Cilia Flores. C’est la même chose du côté de Noboa qui a publié des tweets affirmant que l’attaque était une excellente nouvelle pour l’Amérique latine. L’extrême droite brésilienne pense la même chose. Ce sont des « laquais » de Trump. Alors que les élections arrivent au Brésil, en Colombie et au Pérou dans quelques mois. En Colombie, il y a un risque réel de voir un retour de la droite. Qu’en sera-t-il au Brésil, avec une gauche institutionnelle toujours dépendante de la figure d’un Lula vieillissant du haut des ses 80 ans ?
Quelles pistes donnerais-tu pour un programme transitoire anti-impérialiste mondial ?
C’est très ambitieux ! et je ne saurai répondre seul à une telle question, qui, de plus, devrait être déclinée selon des conditions locales, nationales, puis globales sur la base des élaborations collectives des populations concernées. Ce qu’on peut dire aisément, c’est que ce n’est certainement pas dans ce contexte de militarisation, d’offensives impériales, de guerres, de génocide à Gaza, d’invasion du Venezuela, de soumissions généralisées des peuples à des gouvernements autoritaires, de répression de masse comme en Iran, de fascisation, qu’on va trouver l’issue… Donc comme le disait l’ami Daniel Bensaïd, il faut déjà commencer par dire « non ! » (11).
Dans le contexte actuel latino-américain, les gauches militantes et radicales cherchent dans un premier temps à construire une résistance anti-impérialiste la plus large et unitaire possible à une échelle continentale, en soutien au Venezuela et pour se défendre dès maintenant contre de nouvelles interventions sur le continent. À ce stade, la mobilisation continentale reste très en deçà de l’urgence du moment. Ils et elles exigent le retrait immédiat de l’immense armada que les États-Unis maintiennent depuis des mois dans les Caraïbes et la libération de Maduro et Cilia Flores, selon le principe que c’est au peuple vénézuélien, et seulement lui, de décider qui le gouverne 10.
Dans les pays du « Sud », cela nécessite la création de fronts unis larges pour rejeter les atteintes à la souveraineté, à l’autodétermination des peuples. Mais de tels fronts de résistance, ouverts, non sectaires ne devraient aucunement sacrifier, en même temps, la construction de gauches combatives, indépendantes des bourgeoisies nationales et de progressismes gouvernementaux chancelants qui ont montré toutes leurs contradictions depuis 25 ans.
Cela veut dire aussi un débat clair avec les nombreux courants « campistes » latino-américains, comme au plan international : la « géopolitique » ne saurait conduire à mettre sous le tapis la lutte contre les autoritarismes quels qu’ils soient et la défense inconditionnelle des peuples en lutte contre des impérialismes autres que celui de Trump (à commencer par la Russie). Dans les pays du « Nord global », l’urgence est la construction d’une solidarité internationaliste active et concrète. C’est ce que nous avons commencé, encore timidement, à mettre en place en France autour du Venezuela. Un internationalisme qui aura aussi comme tâche de dénoncer l’hypocrisie et la responsabilité de nos propres gouvernements dans le désordre du monde et leur soumission à Trump : Gaza est venue le rappeler douloureusement et, sur le Venezuela, la position scandaleuse du gouvernement Macron également. À court terme, en mars prochain, la conférence antifasciste de Porto Alegre pourrait être un point d’appui à valoriser11. On espère qu’elle saura être transformée aussi en conférence internationale anti-impérialiste pour essayer de regrouper autour d’objectifs communs, sans sectarisme, des forces politiques mais aussi sociales, qui ne sont pas d’accord sur tout, le PT, le PSOL, la CUT brésilienne, des secteurs des gauches radicales de tout le continent, la Via Campesina, les forces syndicales et des mouvements sociaux d’un peu partout.
Concernant les alternatives concrètes, on devrait essayer de mettre en avant la consigne de « guerre à la guerre impérialiste », tout en soutenant celles et ceux qui mènent courageusement des résistances de libération, notamment en Ukraine, en Palestine ou dans le Kurdistan. Au-delà de cet aspect « défensif », cela signifie penser collectivement et « en positif », la construction d’alternatives démocratiques dans un contexte d’effondrement climatique, de la biosphère, de la biodiversité, et donc penser un programme de transition postcapitaliste et postproductiviste, soit une perspective à la fois écosocialiste et de la décroissance choisie. Décroissance évidemment dans les pays riches, mais différenciée selon des critères intersectionnels (de classe, de genre, de race) et aussi décroissance pour les oligarchies des pays du Sud. Avec une reconstruction des services publics, une redistribution radicale des richesses, l’abolition des dettes publiques illégitimes, la planification écologique à plusieurs échelles (du local au global) basées sur la délibération, le communalisme, l’auto-organisation et le contrôle démocratique. Une perspective qui pose la question de l’exploitation et des oppressions qui traversent nos sociétés et nous traversent comme individus (racistes, sexistes, validistes, etc.).
Tout cela, on ne saurait le « proclamer » de manière abstraite, comme un mantra. Comment co-construire des programmes et des mesures transitoires très concrètes qui s’inscrivent dans une stratégie plus générale sur la base de délibérations larges ? De quelles histoires passées nous inspirer et tirer des leçons ? Comment les gauches peuvent-elles à nouveau « enchanter le monde », parler aux « affects » de millions de personnes, forger un bloc historique qui pose la question du pouvoir et de sa conquête, sans se renier ni verser dans le dogmatisme ? Commençons déjà par éviter les réponses toutes faites, le 20e siècle et ses horreurs sont toujours là.
On le sait, il n’y aura pas d’émancipation s’il n’y a pas une émancipation du travail, la reconstruction des droits des travailleur·ses (salarié·es comme précaires) pourrait être une première boussole. Ayons aussi des « antennes » à l’écoute des utopies et expériences. Par exemple, l’Amérique latine est terre du zapatisme et de plusieurs processus révolutionnaires, et ses mouvements débattent depuis une vingtaine d’années des chemins pour construire une société du « bien-vivre », qui s’appuie sur une réinterprétation de certaines revendications et pratiques communautaires des peuples autochtones.
Même chose sur les droits des femmes et toutes les revendications féministes contre le patriarcat12. On a vu à quel point le mouvement féministe chilien était capable d’avoir une vision transversale et radicale pour répondre à la « précarisation de la vie », pour affronter le néolibéralisme, favoriser l’accueil digne des migrant·es, défendre les droits des peuples autochtones. Il faut donc partir de là pour penser des transitions, déclinées dans chaque pays, et reconstruire des solidarités régionales et internationales. Face au capital mondialisé, il est indispensable de penser à ce niveau-là. Ceci sans céder aux sirènes du « patriotisme » d’une partie de la gauche, y compris décoloniale, en assumant qu’il faut effectivement « rêver » à nouveau, réinventer nos puissances collectives, aider à co-construire les souverainetés populaires à plusieurs échelles (dont l’échelle nationale, c’est certain) 13.
La situation est surdéterminée par le cataclysme – déjà en cours – que le bouleversement climatique fait peser sur l’humanité et qu’il faut tout repenser sur cette base. Le fameux Programme de transition (proposé dès 1938 par Trotsky) doit ainsi être repensé de fond en comble. C’est dans cette perspective que la Quatrième Internationale a versé au débat le Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste, texte validé par le denier congrès mondial et fruit d’une élaboration collective internationale de plusieurs années 14. Les défis sont colossaux : il est urgent de « tirer le frein d’urgence », pour reprendre la belle formule de Walter Benjamin. Cependant l’ampleur des enjeux ne doit pas nous paralyser : comme le dit Daniel Tanuro, « il est trop tard pour être pessimistes » 15. Trump, Netanyahou, Macron, Poutine et leur monde sont capables du pire, sentons-nous capables de penser le meilleur !
Franck Gaudichaud est membre de la direction de la IVe Internationale, du comité de rédaction de Contretemps web et professeur d’université à Toulouse (France). Il est l’auteur ou le coordinateur de plusieurs ouvrages sur le Chili et l’Amérique latine.
Le 18 janvier 2026
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Samir Amin, Le développement inégal, Éd. de Minuit, 1973 ; Ernest Mandel, Le troisième âge du capitalisme, Édition 10/18, 1976.
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Benjamin Bürbaumer, Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, La Découverte, 2024.
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Les États-Unis sont membres de l’OEA, mais pas de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), de la Communauté d’États latino-américains et caraïbes (CELAC) et de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA).
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Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA selon la langue).
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Daniel Bensaïd, Les irréductibles. Théorèmes de la résistance à l’air du temps, Textuel, 2001.
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Du 26 au 29 mars. Les informations, programme et inscriptions sont sur le site : https://antifas2026.org.
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Veronica Gago, La puissance féministe ou le désir de tout changer, Ed. Divergences, 2021.
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Collectif, « Rêver en matérialistes internationalistes », Contretemps web, 10 mars 2025.
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Le Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste est disponible dans diverses langues sur le site de la IVe Internationale, et édité par La Brèche.
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Daniel Tanuro, Trop tard pour être pessimistes ! Écosocialisme ou effondrement, Textuel, 2020.