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La Chine frappée par des « phénomènes météorologiques meurtriers »

par Pierre Rousset

Durant la première décade de juillet, cyclones (typhons), tornades, tempêtes, intempéries extrêmes, crues, glissements de terrain ont semé la désolation, dans le centre et le sud du pays, mais pas seulement. La Chine est confrontée à des phénomènes météorologiques extrêmes intensifiés par la crise climatique.

Les catastrophes naturelles sont fréquentes en Chine, en particulier en été, quand certaines régions subissent des précipitations intenses tandis que d’autres sont en proie à une chaleur extrême. Cependant, la fréquence et l’ampleur de ces phénomènes augmentent avec l’accélération du réchauffement climatique liée, en particulier, à l’usage des combustibles fossiles. Parmi les régions touchées, on compte le Guangxi, le Guizhou, le Hunan, dans le sud et le centre du pays, soit une population supérieure à 150 millions d’habitant·es – plus qu’en Russie.

Une partie importante du pays est en fait concernée par cette succession d’événements météorologiques. Maysak, le premier typhon de la saison, a touché terre le 6 juillet dans la province insulaire méridionale de Hainan, en provenance du Vietnam. À Nanning, capitale de la région du Guangxi et ses environs, les eaux ont franchi les barrières de trois barrages, selon les autorités locales. La ville de Nanning et ses environs ont été envahies par les eaux, contraignant de nombreuses habitant·es à se réfugier sur les toits, quelque 55 000 personnes étant évacuées. Le même jour, une tornade a frappé la ville de Ezhou, dans la province du Hubei (centre-est). Deux tornades destructrices ont en fait balayé le centre de la Chine dans la soirée, lorsque l’air chaud provenant du sud, poussé par le typhon Maysak, est entré en collision avec l’air froid du nord.

Le 9 juillet, un glissement de terrain dans le Gansu (nord-ouest) s’est produit à la suite de violents orages et des pluies diluviennes, faisant fait 39 morts, 9 disparus et des centaines de blessé.es selon la presse. Il a été provoqué par « un grave épisode de convection atmosphérique » (soit un contraste thermique) suscitant « des orages et vents violents » qui ont balayé des villes comme Huangshi et Huanggang, selon les médias d’État.

Dans la ville de Guigang, une agglomération de la région autonome du Guangxi (au sud) les eaux de crue ont transformé une large route en lac, submergeant des voitures et dévalant en torrents boueux le long d’une colline pour se déverser sur un chantier.

Le 11 juillet, le typhon Bavi, en provenance des Philippines et de Taïwan, a déferlé sur le littoral plus à l’est, provoquant l’évacuation de près de 2 millions de personnes. Peu avant, des pluies torrentielles dans la capitale Pékin (au nord-est) ont conduit les autorités à évacuer plus de 100 000 personnes. Un typhon était également attendu le week-end sur la côte est, au sud de Shanghai, avec de violentes rafales à la clé.

Dans le sud et le centre de la Chine, de violents orages et des pluies diluviennes ont fait environ 17 morts et des centaines de blessés. La province du Hubei, au centre du pays, a aussi été touchée. Des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées dans la région méridionale du Guangxi, où une quarantaine de rivières et de cours d’eau sont sortis de leur lit et où des torrents d’eau se sont déversés à la suite de la rupture des parois du barrage d’un réservoir, selon la télévision d’Etat CCTV.

Touche d’exotisme, quelque 800 à 900 serpents (dont des cobras) se sont échappés, après qu’une ferme d’élevage ait été détruite par les eaux, dans la ville de Hangzhou.

Selon les autorités gouvernementales, les pluies torrentielles devaient, à la mi-juillet, atteindre certaines zones côtières et orientales du Guangxi, ainsi que le sud-ouest de la province voisine du Guangdong où se trouve une importante base manufacturière, mettant à rude épreuve la solidité des réservoirs et des digues et risquant de provoquer de nouvelles évacuations de population.

La presse chinoise fait état d’une prévention et d’une organisation efficaces des secours. Les alertes ont certainement permis l’évacuation préventive dans certains territoires, mais pas dans tous, comme en témoigne ces témoignages recueillis par un correspondant de l’Agence France-Presse qui a pu se rendre dans le la commune de Liulan (Guangxi), où les inondations ont détruit des maisons, emporté des animaux, entraîné la rupture d’un important barrage (et d’un autre, plus petit, près de la ville de Gantang). Les parois de l’ouvrage se sont effondrées, libérant des torrents d’eau boueuse en aval, avec pour bilan humain provisoire 26 morts et sept disparu·es.

Bien des personnes sinistrées de cette commune n’avaient pas pris la mesure de la gravité de la situation. Selon M. Huang, « jamais auparavant cela n’avait été aussi grave ». « On n’a reçu aucun avertissement. Si on en avait reçu, on n’aurait pas eu tellement de pertes ». Même des biens situés à l’étage de sa maison ont été détruits par les eaux. « En plusieurs centaines d’années, c’est la première fois que » la crue « atteint le premier étage », assure à l’AFP Bi Yunchun, un autre habitant de Gantang.

Le système d’indemnisation des victimes d’inondations dont la Chine est dotée a été étendu en 2025 en ce qui concerne les zones de stockage où les autorités dirigent volontairement les crues pour réduire les inondations en aval. Le champ d’indemnisation au bénéfice des populations vivant ou travaillant dans ces zones de stockage a été étendu. Réservé aux animaux de traits, il inclut dorénavant le bétail et la volaille qui n’ont pu être évacués, le gouvernement central assumant 70 % des frais et les gouvernements locaux 30 %. L’indemnisation reste conditionnelle, ne couvrant pas tous les risques.

De plus, entre le droit et la réalité, le fossé peut être grand. Le choix des zones de stockages comprend évidemment une dimension politique (les quartiers résidentiels riches ou des zones d’activités des proches du pouvoir seront épargnés). La corruption est endémique à tous les échelons de l’administration et la répression monnaie courante. Faute d’organisations sociales plus ou moins indépendantes, la défense collective des droits des milieux populaires est bien difficile à assurer dans la durée. Dans ces conditions, à chaque choc météorologique, de nouveaux pans de la population plongent une pauvreté dont elle aura d’autant plus de mal à sortir que les catastrophes climatiques se succèdent les unes aux autres.

Plus généralement, les chocs climatiques risquent de détruire, chaque année, l’équivalent de dizaines de milliards de dollars d’activité commerciale, en raison des inondations urbaines, de l’arrêt de l’activité industrielle, des cultures submergées ou du bétail emportés par les eaux, alors que l’économie chinoise est déjà atone.

Publié le 18 juillet 2026 par ESSF

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