Présenté comme le candidat capable d’incarner les classes populaires et de battre la républicaine Susan Collins dans le Maine, Graham Platner a vu sa campagne s’effondrer après une série de révélations. Son cas illustre les limites d’une stratégie fondée sur l’image de candidatEs sans véritable expérience militante ni ancrage collectif.
Aux yeux de nombreux électeurEs, les candidatEs du Parti démocrate font partie de l’establishment — ce qui est effectivement le cas de la plupart d’entre eux. La profession la plus répandue parmi les éluEs démocrates au Congrès est celle d’avocatE. La plupart ne partagent pas l’expérience quotidienne des classes populaires et des franges inférieures des classes moyennes, tout simplement parce qu’ils et elles n’en sont pas issuEs.
Le candidat idéal des progressistes
Des responsables progressistes du Parti démocrate ont donc estimé qu’il leur fallait trouver des candidatEs capables de porter un discours populiste sur le coût de la vie, mais aussi d’incarner socialement les milieux populaires auxquels ils et elles souhaitaient s’adresser. Deux jeunes recruteurs politiques se sont rendus dans le Maine, où les démocrates espéraient battre la sénatrice républicaine Susan Collins, élue à cinq reprises dans un État où le Parti démocrate est majoritaire. Après avoir rencontré des militantEs locaux, ils ont estimé que Graham Platner était le candidat idéal.
Platner avait servi pendant huit ans dans les Marines, effectuant deux missions en Irak, puis une en Afghanistan avec la Garde nationale du Maryland. Il était ensuite resté sur place comme employé d’une société militaire privée. De retour dans son Maine natal, il était devenu ostréiculteur. Il avait épousé Amy Gertner, une enseignante qui avait ensuite pris en charge la gestion de son exploitation.
Platner défendait des positions progressistes. Il s’opposait aux grandes entreprises, soutenait l’instauration d’une assurance-maladie universelle, dénonçait le génocide à Gaza et s’en prenait à l’AIPAC, le lobby pro-israélien. Il avait aussi le physique de l’emploi : robuste, moustachu et barbu, tatoué, avec une manière de parler charismatique. Soutenu par des figures progressistes comme le sénateur Bernie Sanders, Platner a rapidement suscité un fort enthousiasme et remporté la primaire démocrate.
Une campagne rattrapée par les révélations
Mais Platner n’était pas celui qu’il prétendait être. Il n’était pas issu de la classe ouvrière : son père était avocat et sa mère femme d’affaires. Ostréiculteur, il était lui-même un petit patron.
Puis les révélations se sont enchaînées. Platner portait un tatouage nazi, une Totenkopf, même s’il assurait ne pas en avoir connu la signification au moment de se le faire tatouer. Souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique, il connaissait également de graves difficultés psychologiques. Des enquêtes de presse ont révélé qu’il avait envoyé des courriels à caractère sexuel explicite à plusieurs femmes, dont certaines étaient mariées. D’anciennes compagnes l’ont décrit comme instable. L’une d’elles a affirmé qu’il pouvait se montrer physiquement menaçant, une autre l’a accusé de viol. Ses soutiens les plus en vue l’ont alors abandonné, et Platner a été contraint de se retirer. Les démocrates doivent désormais lui trouver unE remplaçantE à quelques mois seulement de l’élection.
Les limites d’une stratégie sans ancrage militant
Contrairement aux candidatEs des Democratic Socialists of America qui ont remporté des élections à New York et dans le Colorado, Platner n’appartenait à aucune organisation de gauche. Il n’avait donc aucune expérience du travail collectif propre à une organisation socialiste : formation commune, élaboration politique et action militante. Son engagement relevait davantage de la vie civique que du militantisme. Il n’avait ni l’expérience acquise dans l’action syndicale ni celle des confrontations militantes avec les autorités.
Un ami du Maine a écrit : « C’était une formidable aventure tant qu’elle a duré. » Mais sans candidat aguerri par l’expérience militante, elle ne pouvait pas durer bien longtemps.
Le 12 juillet 2026, traduit pour L’Anticapitaliste