Peut-être que Donald Trump a été mal compris : lorsqu’il a promis que la guerre contre l’Iran se terminerait par une « capitulation sans condition », nous n’avions pas réalisé que cela signifiait que ce serait lui qui « capitulerait ».
Mais sérieusement, au milieu des incertitudes qui tourbillonnent quant à savoir si la guerre est vraiment terminée et ce qui va suivre, il y a certaines choses sur lesquelles nous devons être clairs. Premièrement, il s’agissait d’une guerre impérialiste odieuse aux conséquences mondiales effroyables, un véritable déluge de dommages collatéraux.
Deuxièmement, une fois la guerre déclenchée, il était essentiel que les États-Unis et Israël soient contrés dans leurs visées de conquête totale de la région. Nous devons affirmer haut et fort que ce n’était pas seulement une « guerre choisie par Trump », comme le disent de nombreux démocrates, mais qu’elle méritait d’être perdue.
Troisièmement, nous affirmons cela sans aucune sympathie pour le régime iranien meurtrier, qui a à son actif des massacres et des exécutions de sa propre population depuis des décennies, y compris cette année, alors même que Trump se contentait de proférer des paroles creuses selon lesquelles « l’aide est en route ».
Quatrièmement, la rupture violente entre les administrations mafieuses de Trump et de Benjamin Netanyahu est bien réelle, et revêt une importance tactique pour la lutte de solidarité avec la Palestine.
Sur le plan stratégique, cependant, le partenariat américano-israélien reste intact — et pourrait être renforcé de manière désastreuse par une proposition d’« Initiative de coopération en matière de technologies de défense entre les États-Unis et Israël » figurant dans le projet de loi de 2027 sur l’autorisation de la défense nationale, visant essentiellement à fusionner leurs opérations militaro-industrielles.
Anatomie d’une débâcle
Trump et certains de ses conseillers sont furieux contre Benjamin Netanyahou qui aurait poussé le président américain à lancer la guerre en lui faisant miroiter des promesses absurdes de victoire militaire instantanée, d’effondrement rapide du régime iranien et de mise en place d’un gouvernement fantoche sur le modèle du « Venezuela 2.0 ».
Au final, Trump s’est résigné à la réalité, sans avoir réalisé quoi que ce soit de ce qu’il avait promis avec arrogance au début de l’opération « Epic Fury ».
Une partie de la base MAGA est furieuse contre Trump d’avoir déclenché la guerre ; de nombreux faucons néoconservateurs pro-israéliens, et même certains « centristes pragmatiques », y compris des démocrates, lui en veulent de ne pas avoir persévéré pour « aller jusqu’au bout » ; les marchés financiers étaient au bord de la panique face à une hémorragie économique mondiale si la guerre se poursuivait ; et, surtout, la population américaine croulait sous la flambée inflationniste provoquée par cette guerre que les gens considèrent, à juste titre, comme dépourvue de tout objectif constructif.
En Israël — où la majorité de la population juive, depuis le 7 octobre 2023, s’est tragiquement habituée au génocide en Palestine et aux souffrances catastrophiques au Liban —, lorsque la guerre a éclaté, la popularité de Trump a largement dépassé celle de leur propre Premier ministre.
Avec le « protocole d’accord » entre les États-Unis et l’Iran, la position politique de Trump en Israël s’est effondrée. Quant à Netanyahou, il a besoin d’une guerre permanente pour préserver sa coalition composée d’extrémistes de droite, de fondamentalistes religieux et, pour l’essentiel, de colons pogromistes néonazis, ainsi que pour maintenir en suspens ses propres procès pour corruption. Et la principale opposition apparente en Israël dénonce Netanyahou non pas pour avoir déclenché la guerre, mais pour avoir accepté l’« humiliation » du cessez-le-feu dictée par les États-Unis.
Pour ce gouvernement israélien, il est donc essentiel de faire capoter l’accord entre les États-Unis et l’Iran et de forcer la reprise de cette guerre ruineuse. C’est la raison principale pour laquelle Israël continue de bombarder le Liban, faisant des dizaines de victimes civiles chaque jour, immédiatement après avoir annoncé un énième accord de « cessez-le-feu ».
Conséquences mondiales
Il faudra du temps pour voir où cela mènera dans la politique régionale plus large des États-Unis, d’Israël et de l’Iran, ainsi que dans l’économie mondiale. Mais ne perdons pas de vue que les peuples du Moyen-Orient (comme certains appellent l’Asie occidentale) et du monde entier sont des dommages collatéraux de cette débâcle impérialiste.
Les effets à long terme du blocage du détroit d’Ormuz ont des répercussions sur la famine dans les pays du Sud qui ne seront pleinement connues que dans au moins un an. Et cela à un moment où une phase de « super El Niño » dans l’océan Pacifique peut affecter l’agriculture par des perturbations climatiques massives.
La campagne d’occupation et d’annexion menée par Israël dans le sud du Liban menace l’existence même de l’État libanais. À Gaza et en Cisjordanie, le peuple palestinien sert de sacrifice humain sur l’autel du colonialisme de peuplement et de l’indifférence des États-Unis et de l’Europe.
Si le régime iranien a gagné la guerre — du moins en termes de survie et de contrôle du détroit d’Ormuz, ainsi que de promesses d’allègement des sanctions et de subventions massives à la reconstruction de la part des États du Golfe —, ce n’est pas le cas du peuple iranien. Plus d’un million d’Iranien·nes se retrouvent au chômage, et des milliers, voire des dizaines de milliers, ont été assassinés par le gouvernement au début de cette année.
Et rappelons-nous qu’il y a un an — avant la « guerre des douze jours » de 2025, avant les massacres de manifestant·es et avant la guerre la plus récente —, le président iranien avertissait la nation que la capitale, Téhéran, devrait être « évacuée » car elle finirait par manquer d’eau, comme s’il existait un endroit où la population pourrait se réfugier.
Les crises internes de l’Iran contredisent le scénario avancé par certains experts en géopolitique, ainsi que par une partie de la gauche anti-impérialiste qui devrait pourtant mieux savoir, selon lequel l’Iran serait désormais devenu une « quatrième puissance mondiale ».
La guerre américano-israélienne contre l’Iran est un nouvel exemple du fait que l’impérialisme crée des problèmes qu’il ne peut résoudre. Une fois encore, la défaite américano-israélienne dans cette guerre et la rupture partielle entre les États-Unis et Israël sont à saluer — et si tout cela affaiblit l’emprise mortelle de Trump sur la politique américaine, tant mieux.
Mais il ne faut pas se faire d’illusions : cela n’ouvrira pas automatiquement la voie, dans un avenir proche, à des solutions progressistes, lesquelles nécessiteront des mouvements de masse, des mobilisations populaires et des politiques alternatives qui restent à organiser.
Publié par Solidarity le 27 juin 2026