« Chaque génération doit découvrir sa scène et y jouer son rôle » C.L.R. James dans « Les Jacobins noirs » 1938
Cette phrase, écrite par le marxiste révolutionnaire trinidadien, fait évidemment penser à celle, identique mais plus célèbre, de Fanon dans Les damnés de la terre (1961).
Obéissant à cette injonction, universelle et intemporelle, et observant le monde tel qu’il va, nous affirmons que la tâche des générations actuelles est de s’opposer de toutes leurs forces au processus de fascisation du monde en construisant une alternative révolutionnaire au capitalisme et à l’impérialisme qui en sont la base.
Cette offensive frontale et brutale se développe sous nos yeux, évacuant inexorablement la dangereuse illusion que des aménagements du capitalisme suffiraient pour faire l’économie de l’affrontement.
Fascisme, impérialisme, racisme, négationnisme climatique, obscurantismes sectaires contre lutte acharnée des peuples pour leur autodétermination et leur coopération démocratique et libre : tel est l’enjeu.
En France une dizaine de nouveaux maires « de couleur » essuient les insultes de racistes qui n’acceptent pas leurs défaites électorales. Une puissante manifestation antiraciste leur répond dans la ville désormais symbole de Saint-Denis.
Au Brésil, une députée du PSOL, parti de la gauche radicale de feue Marielle Franco (dont les assassins fascistes viennent d’être condamnés par les tribunaux) déchaine les passions parce qu’elle est transgenre. Pendant ce temps, à Porto Alegre, une grande réunion antifasciste internationale pose les jalons d’une coordination mondiale.
Aux États-Unis, trône un roi qui ne respecte, ni la constitution de son pays, ni les règles internationales, qui soutient un génocide, bombarde sans aucune justification l’Iran après le Nigéria, mais des milliers de simples citoyenNEs, à Minneapolis ont mis leurs corps devant sa police raciste et xénophobe pour protéger des immigréEs. Les citoyens de New-York, la plus grande ville des USA, ont élu un maire représentant l’antithèse absolue du pitre sanguinaire de la maison blanche et huit millions de manifestantEs viennent de crier leur rejet du banditisme trumpien.
En Israël, les fascistes au pouvoir poursuivent le génocide à Gaza et en Cisjordanie, font voter massivement une loi ouvertement raciste réactivant la peine de mort pour les PalestinienNEs uniquement.
En Allemagne, plus de 100.000 SyrienNEs sont menacéEs d’expulsion pour faire plaisir à l’extrême-droite.
Dans notre région, des États indépendants subissent les diktats US, tandis que le prédateur en chef, occupé à gérer ses mésaventures en Iran, ne loupe pas une occasion de rappeler que Cuba est sa prochaine cible, étant lamentablement soutenu par la présidente et la première ministre de Trinidad et Tobago, grandes admiratrices du néofasciste indien Prodi.
Celles et ceux qui s’imaginent que le risque pour nous, c’est seulement de ne plus avoir de médecins Cubains, de perdre des occasions de séjours touristiques à Cuba ou en Floride, de devoir payer l’essence plus cher, de craindre pour nos marins pêcheurs (guère différents de ceux de Sainte-Lucie bombardés par Trump), de voir gâcher la coupe du monde de Football à cause des mesures xénophobes et racistes de Trump, etc., se trompent lourdement.
Les conséquences de la poursuite du cours impérialiste et fascisant des choses, avec par exemple une éventuelle arrivée de l’extrême droite aux affaires en France, seraient autrement plus sérieuses sur la vie et le destin de notre peuple et du monde.
Ne pas « découvrir notre scène et y jouer notre rôle » ne serait pas seulement une indignité morale. Ce serait hypothéquer sévèrement l’avenir très proche des générations d’aujourd’hui et de demain. Ici et ailleurs. Ailleurs et ici.
Publié le 7 avril dans Révolution socialiste n°441