Lors de notre conférence de samedi 24 janvier, une question a été abordée dans le débat : faut-il une lutte spécifique contre le fascisme ? Ne suffit-il pas de se battre contre le capitalisme lui-même ?
Nous sommes totalement convaincu·es que l'anticapitalisme et l'antifascisme sont liés et complémentaires, mais que cela ne supprime pas la nécessité de comprendre et combattre de manière spécifique l'abomination fasciste. Les fascismes sont une réponse extrême des systèmes de domination, lorsque ceux-ci sont menacés par le soulèvement ou le risque de révolte des classes et des peuples dominés.
L'idéal le plus économique pour la bourgeoisie, est de régner sans avoir besoin de l'extrémisme fasciste. Elle peut alors se vêtir des oripeaux de la démocratie en réduisant au maximum les coûts économiques et idéologiques de la répression, de la guerre civile, etc. Mussolini a surgi après la frayeur des conseils ouvriers de Turin. Hitler a été la solution, lorsque le communisme renaissait après l'écrasement du mouvement ouvrier allemand de 1919-1923. Franco est né de la volonté de conjurer les dangers de la république espagnole. Et ainsi de suite !
Les formes extrêmes du fascisme, en temps ordinaires, heurtent des secteurs de la bourgeoisie, en particulier lorsqu’une certaine conception des intérêts nationaux est en jeu. Quand une grande partie de la bourgeoisie française s'est rangée derrière Pétain, une fraction minoritaire opposée de celle-ci, a choisi De Gaulle. Le premier chouchoutait un capitalisme raciste, rétrograde et pro hitlérien. Le second s'insurgea pour sauver un capitalisme patriotique, oscillant entre autoritarisme et paternalisme ; si bien que Marcel Manville pouvait alors se dire... communiste gaulliste ! Ce qui ne serait guère envisageable dans le contexte actuel.
Faire la distinction revêt aujourd'hui, une certaine importance quand on voit tous les efforts faits dans certains milieux fascisants de France pour faire fusionner droite et extrême droite ! Cela ne nous donne aucune tendresse pour la droite « classique », pas plus que pour le capitalisme « civilisé ». C'est leur politique, leurs pratiques qui nourrissent l'extrême droite tentant aujourd'hui de les dévorer.
Césaire avait raison : « au bout du capitalisme, il y a Hitler ». Cela doit nous encourager à combattre le capitalisme, mais pas à cacher que le fascisme ou tous les régimes qui lui ressemblent, sont un danger spécifique, mortel, qu'il nous faut dénoncer et combattre comme tel.
Comme Obama et Biden ont fait le lit du trumpisme, Macron prépare activement celui des Le Pen-Bardella-Zemmour et Cie. Les seconds sont des formes exacerbées des premiers. Il faut donc les combattre comme tels.
Publié le 2 février 2026 dans Révolution socialiste n°432