Le texte qui suit a paru d’abord dans le n° 64 de l’organe ZUTIK d’ETA VI, puis dans le n° de juin 1974 de Combate, l’organe central de la L.C.R.-E.T.A. VI, organisation sympathisante de la IVe Internationale dans l’État espagnol. Il traite d’un problème de grande actualité dans le mouvement ouvrier de plusieurs pays d’Europe capitaliste : la nécessité de l’unification syndicale, et son articulation avec la lutte pour la démocratie ouvrière, en particulier pour le droit de tendance au sein du mouvement syndical.
Certes, les commissions ouvrières qui ont surgi en Espagne au cours de la dernière décennie ne sont pas des organisations syndicales au sens propre du terme. Exprimant le rejet par une partie considérable de la classe ouvrière espagnole des « syndicats » étatiques verticaux, elles naissent au sein des entreprises sous l’impulsion des militants les plus combatifs qu’elles tendent à rassembler. Par la force des choses, elles ne sont pas légales et ne regroupent donc pas la masse des travailleurs de manière permanente à des moments « calmes ».
Mais l’expérience a démontré que lorsqu’une période d’agitation s’ouvre et que des luttes se préparent et s’organisent, c’est autour des commissions ouvrières que cette masse se rassemble, quitte à les élargir jusques et y compris l’élection démocratique de comités de grève au cours d’assemblées générales. Dans ce sens, l’unification des commissions ouvrières est aussi indispensable dans l’État espagnol pour la préparation et la conduite la plus efficace des luttes ouvrières contre le patronat, que l’unification syndicale l’est dans les pays où le mouvement syndical est de ce fait légal et dispose d’une grande masse d’adhérents permanents.
La lutte de nos camarades du Pays basque pour l’unification des commissions ouvrières avec garantie du droit de tendance est, de ce fait, exemplaire. Des succès remportés dans cette lutte seraient importants non seulement pour d’autres provinces de l’État espagnol, mais encore pour l’Europe capitaliste tout entière.
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À plusieurs reprises, nous avons mis en lumière le rôle qu’ont à jouer les Commissions ouvrières, organismes unitaires de regroupement des travailleurs avancés, dans le développement de la révolution dans notre pays. La préparation de la grève générale révolutionnaire qui devra renverser la dictature signifie avant tout la préparation des conditions qui permettent de généraliser au niveau de tout l’État espagnol des explosions locales comme celles du Ferrol, de Vigo, de Pampelune.
Par leurs caractéristiques d’organismes unitaires, les Commissions ouvrières constituent le cadre privilégié capable de rendre possible pareille généralisation. Par ailleurs, l’expérience quotidienne des luttes nous enseigne que malgré les fortes tendances spontanées, favorables à l’unification, qui existent à la base, il y a encore de nombreuses luttes qui restent isolées, par manque de coordination des différentes commissions ouvrières. Voilà la cause de nombreuses défaites.
À l’inverse, lorsqu’une coordination de différentes Commissions ouvrières se réalise sur une plate-forme unitaire (comme ce fut le cas dans la métallurgie, à Pampelune), même de manière fort conjoncturelle et au niveau d’une seule zone ou d’une seule région, la classe ouvrière est capable d’obliger le patronat à céder et obtient des améliorations sensibles.
Dans la province de Guipúzcoa, qui est une de celles qui, depuis plusieurs années, se trouve à la pointe du combat, ce phénomène est particulièrement sensible. Malgré la pression unitaire constante de la base, la division entre les différents comités de coordination est maintenue, quelquefois de manière sectaire, chacun d’eux axé sur tel ou tel courant du mouvement ouvrier. En réponse au désir de la base, diverses organisations, dont la nôtre, ont entrepris les démarches nécessaires pour surmonter la division existante. Vu les enseignements qui peuvent être dégagés de cette expérience pour d’autres régions espagnoles, où le problème se pose avec une urgence analogue, nous résumons ici l’analyse faite à ce propos par nos camarades d’Euzkadi (basques).
1. La « carte » des commissions ouvrières et des comités ouvriers de la province de Guipúzcoa
Il y a trois comités de coordination qui s’auto-intitulent « provinciales » : les « Commissions ouvrières Guipuzcoa Ouvrière » ; les « Commissions ouvrières Biltzar » et les « Comités ouvriers ».
La première est axée sur l’influence du MCE maoïste, dans une mesure beaucoup moindre, de l’ORT (tendance socialiste d’origine chrétienne — INPRECOR). C’est l’organisme à implantation majeure dans la zone qui va de Saint-Sébastien à Irún (c’est-à-dire la zone à concentration industrielle majeure de la province de Guipúzcoa). La deuxième est sous l’hégémonie du PC espagnol ; elle coordonne certaines commissions ouvrières dans diverses zones, mais réduites en nombre et en implantation. La troisième est influencée par des secteurs des diverses minorités ex-ETA, et par les Noyaux ouvriers communistes (N.O.C.). Son influence s’étend sur la zone qui va de Saint-Sébastien à Irún, et au triangle Andoain-Hernani-Lasarte.
En marge de ces trois « comités de coordination » provinciales, il y a une série de comités de coordination de zones plus restreintes, non coordonnés entre eux, ni coordonnés avec les trois « fédérations » mentionnées plus haut. Ces coordinatrices sont cependant unitaires et appuyées par toutes les organisations ouvrières de chaque zone, à l’exception du PC qui maintient ses propres « commissions ouvrières » séparées de manière sectaire.
Il y a finalement des comités de coordination au sein desquels se mêlent des secteurs appartenant aux « Comités ouvriers » et d’autres qui n’y appartiennent pas : celle de la zone Andoain-Hernani-Lasarte, et celle d’Irún.
Il faut ajouter que tout cela s’est produit dans la province la plus petite de l’État espagnol.
On peut donc se faire une idée pour quelles raisons le mouvement ouvrier fort combatif et l’avant-garde fort ample qui y existent n’ont pas pu trouver le cadre adéquat pour unifier leurs luttes.
2. Premiers pas vers l’unification des commissions ouvrières
Les luttes de l’hiver dernier autour du renouvellement des conventions collectives ont posé de manière incontestable la nécessité de rompre avec la division régnante. D’innombrables luttes ont éclaté le même jour, y compris souvent sur des revendications pratiquement identiques. La répression a pu frapper brutalement (plus de 200 ouvriers licenciés ; de nombreuses arrestations), parce qu’aucune des organisations existantes n’avait la capacité de centraliser toutes ces luttes partielles en un puissant mouvement unitaire, contre le patronat et contre la Dictature.
Curieusement, le chemin vers l’unité a débuté par une scission (bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une rupture totale) au sein de « Guipuzcoa Ouvrière », entre la fraction majoritaire du MCE et la fraction de l’O.R.T. Malgré l’évidence des faits qui clamèrent le contraire, la fraction majoritaire continuait à maintenir son intransigeance sectaire, selon laquelle l’unification des Commissions ouvrières ne pourrait s’effectuer que par l’entrée de toutes les autres dans la commission coordinatrice de « Guipuzcoa Ouvrière ». Cette position fut graphiquement décrite dans la revue publiée par cette commission en décembre 1973 :
« Nous appelons les camarades de Biltzar, qui se tiennent volontairement en marge des commissions ouvrières de Guipúzcoa, pour que partout où ils se trouvent, ils abandonnent leur attitude anti-unitaire, et se réincorporent dans la lutte pour doter notre classe de solides commissions ouvrières. »
En d’autres termes : les seules commissions ouvrières en Guipúzcoa sont les nôtres ; tous ceux qui refusent d’y entrer sont adversaires de l’unité de la classe ouvrière...
Sans abandonner la commission coordinatrice « Guipuzcoa Ouvrière », le secteur O.R.T. prit l’initiative d’entamer des conversations avec quelques autres organismes et avec les organisations qui défendirent la nécessité d’une unification totale des commissions ouvrières de la province.
O.R.T. et L.C.R.-ETA VI ont tenu une première réunion, et décidèrent d’unifier leurs efforts dans la voie de l’unification des commissions ouvrières. Plus tard, un secteur des « minorités ex-ETA », la dite « fraction léniniste », ainsi que la L.C., ont appuyé cette initiative. Il y eut une première convocation lancée à toutes les commissions ouvrières et comités ouvriers en vue de se rencontrer et d’entamer la discussion. Les commissions ouvrières unitaires de zone se déclarèrent prêtes à commencer immédiatement le processus d’unification.
Les commissions ouvrières de la coordinatrice « Biltzar » (les moins nombreuses et celles dont les forces sont les plus réduites) affirmèrent qu’aucun des organismes ici présents n’est représentatif du mouvement (!) et décidèrent de se retirer pour cette raison. Quant aux « comités ouvriers », ils parurent indécis. En pratique, une de leurs sous-fractions (ex-ETA minoritaire) approuva l’unification, tandis qu’une autre (celle de la N.O.C.) la rejeta.
Lors de cette première réunion, le secteur M.C.E. de la coordinatrice « Guipuzcoa Ouvrière » se tint de manière sectaire sur sa position initiale, décrite plus haut.
Au cours des réunions postérieures, certaines divergences initiales commencèrent à être limées. Mais le fait qu’on n’arrivera à aucun accord sur la préparation unitaire de l’Aberri Eguna (fête nationale basque) ni du Premier Mai, exprime les difficultés et les réticences qui subsistent sur la voie de l’unification des commissions ouvrières.
3. Un problème central
En fait, il y a une base réelle et objective à ces difficultés. C’est le fait que « Guipuzcoa Ouvrière », « Biltzar » et « Comités ouvriers » représentent trois tendances différentes du mouvement ouvrier, de même que les forces que la LCR-ETA VI regroupe ou influence représentent une autre tendance réelle du mouvement ouvrier.
Mais ce fait ne doit pas empêcher l’unification immédiate des commissions ouvrières. Chacune de ces tendances peut penser que la sienne propre est la seule « réellement révolutionnaire » et que les autres sont « révisionnistes », « spontanéistes », « syndicalistes » ou « gauchistes ».
Tout cela est normal et doit conduire à une lutte idéologique saine entre toutes ces tendances au sein du mouvement ouvrier. Mais justement parce qu’il s’agit de tendances réelles au sein du mouvement ouvrier, ce fait ne doit pas empêcher son unité dans l’action, ni empêcher la réunification des commissions ouvrières.
Pour arriver à cette fin, la seule voie est celle qui n’oblige aucune de ces tendances à disparaître par « décret ». Elles doivent avoir le droit de se structurer et de s’exprimer en tant que tendances, mais au sein de commissions ouvrières unitaires. C’est-à-dire que le droit démocratique de se structurer en tendance doit être institutionnalisé dans les commissions ouvrières.
Le problème est clair. Que cela nous plaise ou non, ces tendances existent. Aujourd’hui, elles sont séparées les unes des autres dans des commissions ouvrières et des comités ouvriers distincts. Nous proposons que leur existence soit reconnue, mais dans le cadre d’un seul et unique réseau de commissions ouvrières unifiées.
Le droit à l’élection et à la révocation, de bas en haut, de tous les organismes et coordinatrices des commissions ouvrières, est absolument indispensable. Mais cela ne suffit pas en lui-même. Il ne s’agirait encore de commissions ouvrières non réellement démocratiques aussi longtemps que les tendances minoritaires du mouvement restent dans l’impossibilité de s’exprimer.
Le droit de tendance signifie fondamentalement trois choses : d’abord qu’elles puissent se structurer en tant que telles, et maintenir des contacts, des réunions régulières, etc., entre leurs membres ; ensuite qu’elles aient le droit de critiquer des décisions majoritaires, avant, pendant et après les luttes, campagnes, etc. ; finalement, qu’elles aient accès aux organes publics (revues, etc.) des commissions ouvrières, pour pouvoir y exprimer leurs points de vue en tant que tendance minoritaire.
Nous ajouterons comme dernier point que la ligne officielle des commissions ouvrières doit être celle déterminée par la majorité, après confrontation démocratique au sein des commissions.
Par conséquent, l’expression publique de la minorité doit conserver le double caractère d’être celle d’une minorité apparaissant comme telle, et d’être faite au sein des commissions ouvrières.
4. Le manque de logique des positions de « Guipuzcoa Ouvrière », de « Biltzar » et des « Comités ouvriers »
Au fur et à mesure que les réunions unitaires se multipliaient, la fraction M.C.E. de « Guipuzcoa Ouvrière » a changé sa position initiale, vu que la majorité des participants était fermement résolue à mettre en marche le processus d’unification, même si cette force importante, qui concerne un secteur décisif du mouvement ouvrier organisé, n’y aurait pas participé. Oscillant entre le « oui » et le « non », elle paraît finalement se rallier quand même au projet d’unification.
Mais à ce moment surgit le brûlot des « tendances ». La fraction M.C.E. de « Guipuzcoa Ouvrière » refusa de reconnaître le droit à la structuration des tendances (espérant sans doute fermement qu’elle constituerait elle-même la fraction majoritaire des commissions ouvrières unifiées de Guipúzcoa). Finalement, elle accepta de reconnaître ce droit, à condition que les commissions ouvrières au niveau des entreprises en décident ainsi à la majorité.
« Il faut utiliser toutes les occasions pour démontrer qu’il n’y a point une unité idéologique et politique de fait dans le mouvement général des commissions ouvrières, qu’il y a diverses lignes politiques en lutte les unes avec les autres »... « Les bulletins rédigés par nos militants et nos alliés... doivent expliquer que les commissions ouvrières sont aujourd’hui divisées entre différentes tendances »... « Les camarades qui se trouvent à la tête de divers organismes ne doivent pas chercher à y rester seuls ; ils doivent agir de manière radicalement différente. Ils doivent assurer que tous les courants qui ont une certaine influence au sein des commissions de base soient représentés à la direction »... « Comment peut-on différencier les commissions, et y renforcer le camp de ceux qui n’acceptent pas la politique de M. Carrillo ? En premier lieu, en donnant un caractère de tendance plus prononcé à notre travail. »
Ces citations proviennent de l’organe de la direction du M.C.E., Servir el Pueblo (Servir le Peuple) ; la dernière fait partie du n° de décembre 1973. Il est donc élémentaire de demander au M.C.E. pourquoi il s’obstine à nier à d’autres courants le droit de tendance qu’il réclame pour lui-même ! Cependant, ces camarades ajoutent qu’au cas où le droit de tendance serait accepté, les tendances devraient s’exprimer non dans les organes et revues des commissions ouvrières, mais en dehors de ces publications ; non pas en tant que tendances des commissions ouvrières, mais sous d’autres étiquettes. Une publication récente de la commission de Luzuriaga de « Guipuzcoa Ouvrière » résuma cette position de la manière suivante : « La minorité — qui ne défend pas nécessairement des positions fausses parce que minoritaire — pourrait appliquer l’indépendance et exprimer ses positions par tous les moyens à sa disposition (tracts, bulletins, assemblées, etc.), mais toujours de manière externe à la commission d’usine : par exemple comme ‘travailleurs de l’usine’, etc. »
Voilà ce qui manque totalement de logique. Comment ces camarades croient-ils pouvoir démontrer aux travailleurs qu’il n’y a qu’une seule commission ouvrière unique et unitaire, si publiquement apparaît d’une part la publication de la commission ouvrière et d’autre part la publication signée « travailleurs de l’usine » ? Comment peuvent-ils simultanément affirmer qu’il y a le droit de tendance et nier aux tendances le droit de s’exprimer en tant que telles ? Et lorsqu’ils posent pour eux-mêmes la formation d’un bloc ou d’une tendance, projettent-ils de s’exprimer en tant que « travailleurs d’usine » et non comme tendance au sein de la commission ouvrière ?
Nous croyons avoir le droit de demander à ces camarades ouvriers, et aux dirigeants du M.C.E., un minimum de réflexion et de suite dans les idées, pour qu’ils laissent de côté ce type de manœuvres contraires à toute tradition de démocratie ouvrière, au moment où ils nous présentent leurs positions, s’ils sont vraiment prêts à aller jusqu’au bout du chemin qui mène vers l’unification des commissions ouvrières de Guipúzcoa.
Malheureusement, on ne peut dire grand-chose à propos de la coordinatrice « Biltzar ». Imposant la force de son appareil aux militants et sympathisants qu’elle contrôle, la direction du PC espagnol réitère une fois de plus ses positions sectaires et anti-unitaires. Malgré notre proposition adressée tant à la direction qu’à la base du PC et à toutes les commissions ouvrières, « Biltzar » continue à fonctionner séparément.
En ce moment, un grand pas en avant s’effectue vers l’unité du mouvement ouvrier de Guipúzcoa.
Nous nous engageons à défendre avec la dernière énergie le droit des camarades de « Biltzar » à exprimer et à défendre ce qu’est aujourd’hui leur ligne politique, publiquement et en tant que telle, au sein des futures commissions ouvrières unifiées.
Nous nous engageons à défendre le droit de « Biltzar » de se structurer en tant que tendance au sein des commissions ouvrières unifiées. Le fait que nous soyons en désaccord total avec cette ligne politique n’est pas et ne sera pas un obstacle pour que nous défendions ce droit démocratique élémentaire.
Mais partant de là, nous croyons que ce serait un attentat contre les intérêts et l’unité du mouvement ouvrier si ces camarades maintenaient l’attitude sectaire à laquelle ils s’accrochent jusqu’ici.
Nous avons déjà indiqué comment les positions des « Comités ouvriers » devant les réunions en cours sont relativement indécises et contradictoires. Cela est dû en premier lieu au caractère spécifiquement typique de ces « comités ». En réalité, il ne s’agit pas d’organismes ouverts et unitaires comme les commissions ouvrières.
D’une certaine façon, ils constituent un mélange d’organisation politique et de commission ouvrière. Ils représentent en réalité, plus clairement que n’importe quel autre des organismes surgis des entreprises, une tendance du mouvement ouvrier, celle du syndicalisme révolutionnaire, structurée en tant que telle, mais séparée du reste du mouvement ouvrier organisé. Cette séparation leur donne un caractère hybride, à mi-chemin entre l’organisation politique et la commission ouvrière.
De la part d’une des fractions hégémoniques au sein des « comités », celle des « minorités » ex-ETA, le maintien de cette situation contradictoire est le résultat du passé, de la manière dont ces « comités » sont nés, et de la survie des déviations syndicalistes qui caractérisèrent cette fraction au moment de sa rupture avec ETA VI en 1972.
Mais de la part de l’autre fraction des comités, celle des N.O.C., il s’agit d’une position théorisée. Cette fraction défend la thèse qu’aucune unité n’est possible avec les réformistes, et qu’on ne pourra réaliser l’unité de la classe ouvrière que lorsque la majorité de la classe sera passée sur des positions révolutionnaires.
Une telle attitude nous paraît fondamentalement sectaire. D’une part, à l’échelle historique, il est incontestable que si le renversement de l’État bourgeois exige l’action unitaire des masses ouvrières les plus larges, cette nécessité doit être préparée antérieurement par l’unité du front prolétarien, malgré l’inévitable division entre partis ouvriers. D’autre part, au niveau très concret, les divergences avec les organisations réformistes n’empêchent point que nous puissions combattre côte à côte, dans les luttes de tous les jours, avec les militants de ces organisations. En fin de compte, le seul moyen pour amener ces militants à rompre avec leurs directions traîtres, c’est que leur propre expérience, faite conjointement avec les révolutionnaires, dans un combat unitaire et commun, les amène à la conviction que la position défendue par les révolutionnaires soit meilleure que celle de leurs propres dirigeants.
5. Nos propositions
La première tâche, c’est de faire discuter par l’ensemble de l’avant-garde et, avant tout, par tous les militants propres des commissions ouvrières et des comités ouvriers, tous les problèmes surgis au cours des réunions unitaires.
À partir de cela, il faut déjà mettre en marche l’unification des commissions ouvrières : élection démocratique des représentants au sein de chaque commission pour les « coordinatrices » locales ; partant de celles-ci, agir de même pour les « coordinatrices » de zone, et ensuite de même pour la coordinatrice au niveau de toute la province.
Pour que cette unification soit pleinement efficace, il est nécessaire de conquérir l’appui des commissions ouvrières « Biltzar » et de l’ensemble des « comités ouvriers ». Nous appelons toutes les organisations politiques, les « coordinatrices » et les commissions ouvrières qui appuient déjà le projet d’unification à lancer une campagne publique interne dans le but d’obtenir l’adhésion de ces divers courants ouvriers.
Pour l’obtenir effectivement, il est nécessaire de joindre à cet objectif la proposition d’une démocratie réelle et véritable au sein des commissions ouvrières, proposition qui doit comporter le droit de tendance. Nous insistons sur le fait qu’un courant minoritaire du mouvement ouvrier ne peut accepter sa dissolution de fait en tant que tel. Un courant majoritaire pourra encore moins l’imposer.
Si la majorité des courants et des « coordinatrices » qui acceptent aujourd’hui l’unification des commissions ouvrières devaient nier ce droit démocratique élémentaire, nous accepterions de toute manière l’unification immédiate. Mais nous le ferions en critiquant et en dénonçant politiquement de telles manœuvres bureaucratiques. Nous le ferions, conscients du fait que cette unification ne reposerait que sur des pieds d’argile, et risquerait de s’effondrer au premier conflit que le déroulement de la lutte de classe provoquerait au sein des commissions ouvrières unifiées, c’est-à-dire conscients de ce qu’il ne s’agirait pas encore d’une unité consolidée. Nous le ferions en faisant attention à ne pas critiquer ceux qui, sur la base de leur volonté unitaire, ne seraient pas disposés à accepter leur disparition en tant que courant, ni l’annulation des garanties démocratiques minima qui devraient correspondre à la dissolution des réseaux des « commissions » autonomes.
Mais nous insistons sur le fait que nous accepterions de toute façon l’unification. Parce que nous sommes convaincus qu’au-delà des attitudes bureaucratiques de tel ou tel secteur, un pas en avant dans la possibilité d’offrir un cadre unitaire aux luttes ouvrières est positif. Ce seront finalement ces luttes elles-mêmes qui, à l’avenir, poseront devant une avant-garde beaucoup plus ample que celle que nous pouvons convaincre aujourd’hui de ce que devrait être la démocratie au sein des commissions ouvrières, la nécessité de rompre avec des attitudes bureaucratiques qui rendent extrêmement difficiles les progrès du mouvement et des luttes ouvrières.
Été 1974