Nous publions ci-dessous une lettre d’appel à la solidarité internationale des militants et sympathisants trotskystes dans le monde, écrite par 20 militants de la LCR-ETA(VI) (organisation sympathisante de la IVème Internationale dans l’État espagnol) prisonniers à Ségovie. Les peines qui frappent ces 20 camarades totalisent 383 ans de prison et deux peines de mort. La plus grande partie de ces camarades étaient militants de l’ETA quand ils ont été arrêtés et ont été gagnés à la LCR en prison, au moment où s’effectuait la fusion entre la LCR et l’aile marxiste-révolutionnaire de l’ETA pour donner naissance à la LCR-ETA(VI).
Le processus ouvert l’année passée au Portugal et en Grèce par le renversement des dictatures dans ces deux pays laisse le franquisme comme seul représentant en Europe des formes dictatoriales ouvertes que la bourgeoisie adopte pour perpétuer sa domination de classe. Mais, malgré cela, la dictature franquiste n’échappera pas à ce processus.
La période sanglante — de près de 40 ans — qu’ont souffert la classe ouvrière et les masses populaires de l’État espagnol touche à sa fin. La crise qui s’est dessinée de plus en plus clairement au cours de ces dernières années, à partir du procès de Burgos, a atteint une telle profondeur qu’elle exige de la part des révolutionnaires espagnols et du monde entier un effort important pour mener à bien le renversement du franquisme et pour que le processus ouvert par ce renversement se développe jusqu’à la révolution socialiste dans l’État espagnol.
La dictature franquiste, au cours de ses longues années de domination, en gardien fidèle des intérêts de la bourgeoisie, a utilisé systématiquement l’arme de la répression pour paralyser les mobilisations de masse et terroriser surtout le mouvement ouvrier. À son tour, la lutte anti-répression qui se développe depuis des années s’est montrée être la meilleure arme de la classe ouvrière et des couches populaires pour renverser les plans répressifs de la dictature et prendre conscience de la nécessité de son renversement.
On trouve le principal exemple de cette situation dans le procès de Burgos, lors duquel, face aux mobilisations de masse dans l’État espagnol et au niveau international, la dictature dut reculer et renoncer à ses desseins criminels. Desseins auxquels elle n’a pas complètement renoncé — comme l’a montré l’assassinat de Salvador Puig Antich en mars 1974 — et auxquels elle ne renoncera pas parce que la répression est le soutien de toutes les dictatures ; et la dictature franquiste, en ce moment, est beaucoup plus sanglante et exacerbée, parce qu’elle approche de sa fin.
Aujourd’hui, la bourgeoisie espagnole, par l’intermédiaire de son fidèle gardien, prépare d’autres procès dans le style de celui de Burgos avec la claire intention de répéter l’exécution de Salvador Puig Antich et de réaliser ce qu’elle n’avait pas pu faire en 1970 : l’exécution d’au moins 3 militants emprisonnés l’été dernier et de ceux qu’ils accusent d’être responsables de l’exécution de Carrero Blanco, président du Gouvernement. La dictature s’est vue obligée de trouver des « têtes de turcs » et, grâce à sa politique sinistre, il lui a été facile d’en trouver : Eva Forest, active militante internationaliste contre la guerre du Vietnam ; Antonio Duran, militant connu et dirigeant du mouvement ouvrier de Madrid ; Salvador Garmendia, militant nationaliste basque, et d’autres camarades, ont été « élus » pour ces procès dans lesquels seront probablement demandées plusieurs peines de mort.
La vie de Eva Forest et de ses camarades est suspendue à un fil. À travers ces procès, le franquisme va tenter de donner une leçon à tous ceux qui luttent consciemment contre lui et au mouvement ouvrier et populaire qui, depuis des années, se manifeste avec toujours plus de vigueur. Les marxistes-révolutionnaires, en bons léninistes, ne peuvent laisser passer, sans les dénoncer et les combattre, les moindres manifestations de répression que la bourgeoisie tente de développer.
Les procès-bidons contre Eva Forest et ses camarades sont les plus sanglants et criminels que la bourgeoisie se propose de réaliser dans l’État espagnol depuis le procès de Burgos. Pour les trotskystes espagnols, la lutte contre la répression que nous menons contre la dictature passe aujourd’hui par la défense de ces camarades qui sont en danger de mort. Nous ne connaissons pas la date exacte de ces procès, mais ils peuvent commencer à n’importe quel moment. C’est pourquoi nous devons nous préparer dès maintenant, afin que les masses, et à leur tête la classe ouvrière, puissent riposter de façon énergique à cette tentative d’assassinats multiples. C’est pourquoi nous faisons appel au Secrétariat Unifié de la IVème Internationale. Parce que Eva Forest et ses camarades ont besoin de la solidarité internationale afin d’échapper à la mort. Parce que nous autres, militants trotskystes du monde entier, sommes les défenseurs les plus conséquents de la lutte contre l’oppression et la répression engendrées par le capitalisme international ; et parce que, en définitive, le renversement de la dictature franquiste s’insère dans le cadre de la lutte internationale contre le capital.
Sans une solidarité internationale semblable à celle qui s’est développée en défense de la classe ouvrière et des révolutionnaires du Chili, du Vietnam, des Palestiniens, etc., il sera très difficile de bloquer les plans du franquisme, de les faire reculer une fois de plus et de réussir à faire progresser la lutte pour son renversement. Aujourd’hui le front international contre la répression doit se développer autour de la défense de Eva Forest et de ses camarades et contre la dictature franquiste. C’est pourquoi nous faisons appel à vous, car c’est à travers notre organisation internationale, la IVème Internationale, que la classe ouvrière et les masses populaires d’Europe et des autres pays assumeront cette lutte de la façon la plus apte à défendre leurs propres intérêts au niveau international.
Nous sommes sûrs que vous saurez relever le défi que nous lance le franquisme, comme une des tâches internationalistes supplémentaires qui s’imposent aux trotskystes dans le monde. Et c’est pourquoi nous devons commencer dès aujourd’hui à développer la propagande et l’agitation et populariser les mots d’ordre suivants :
ARRÊTONS LA MAIN DU FRANQUISME ASSASSIN !
LIBERTÉ POUR EVA FOREST ET SES CAMARADES !
LIBERTÉ POUR TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES DE L’ÉTAT ESPAGNOL !
À BAS LA RÉPRESSION !
À BAS LA DICTATURE !
Sachant que nous pouvons compter sur votre précieux soutien, nous vous envoyons nos saluts révolutionnaires.
POUR LA RÉVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE
Printemps 1975
Les prisonniers politiques trotskystes, membres de la LCR-ETA(VI), de la prison franquiste de Ségovie :
- Armendariz Tainta, Javier, arrêté le 7 avril 1969. Condamné à 12 ans par un tribunal militaire.
- Arregui Ecnave, Julian, arrêté en juin 1972. Condamné en Conseil de Guerre à 12 ans.
- Arrizabalaga Basterrechea, Andoni, arrêté en avril 1969. Condamné à mort par un tribunal militaire à Burgos (peine commuée ensuite en emprisonnement à perpétuité).
- Bilbao Cos, Josu, arrêté en janvier 1969. Condamné à 15 ans par un tribunal militaire.
- Bedialauneta Lava, Andoni, arrêté en avril 1969. Condamné à 25 ans par un Conseil de Guerre.
- Carrera Aguirrebarrena, Antxon, arrêté en mars 1969. Condamné à 12 ans lors du procès de Burgos.
- Eguireun Totorica, Jose Luis, arrêté en mars 1971. Condamné à 20 ans par le tribunal militaire et à 6 ans par le tribunal d’ordre public.
- Garcia Arambarri, Inaki, arrêté en avril 1969. Condamné à 25 ans de prison par un Conseil de Guerre.
- Garitaonaindia Garnache, Carmelo, arrêté en mars 1971. Condamné à 5 ans et 20 ans de prison dans deux procès devant le Tribunal d’Ordre Public ; doit passer devant un tribunal militaire et risque 20 ans.
- Guesalaga Larreta, Enrique, arrêté en avril 1969. Condamné à 50 ans lors du procès de Burgos.
- Ibargutxi San Pedro, Josu, arrêté en avril 1968. Condamné à 46 ans par un tribunal militaire.
- Izaguirre Esnal, Felipe, arrêté en avril 1969. Condamné à 10 ans par un tribunal militaire.
- Jaca Aranalde, Patxi, arrêté en avril 1968. Condamné à 20 ans par un Conseil de Guerre et à 6 ans par le Tribunal d’Ordre Public.
- Lorono Echevarria, Josu, arrêté en mai 1969. Condamné à 14 ans et demi par un tribunal militaire.
- Sarasketa Ibanez, Inaki, arrêté en mai 1968. Condamné à mort par un tribunal militaire (peine commuée en prison à vie).
- Solaguren Urruchurtu, Lucio, arrêté en 1969. Condamné à 20 ans par un tribunal militaire.
- Urquiza Arrasate, Luis Maria, arrêté en 1969. Condamné à 21 ans par un tribunal militaire.
- Viar Echevarria, Ianaki, arrêté en 1969. Condamné à 20 ans par un tribunal militaire et à 5 ans par le Tribunal d’Ordre Public ; procès en attente devant le Tribunal d’Ordre Public et risque 5 ans.
- Zubicaray Osa, Juan Maria, arrêté en janvier 1973. Condamné à 3 ans par le Tribunal d’Ordre Public.
- Zugadi Ramirez, Pedro Maria, arrêté en 1969. Condamné à 16 ans par un tribunal militaire.