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Eleni Varikas (1949- 2026)

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la mort d’Eleni Varikas, militante de la gauche et du mouvement féministe international. Eleni est l’une de ces personnalités qui, dès le début des années 1970, ont joué un rôle marquant dans les combats en Grèce pour le mouvement féministe et pour le courant de la 4e Internationale.

Elle est née en 1949, fille de Ioanna et Vassos Varikas – son père était très connu comme critique littéraire et théâtral de gauche. Elle a fait ses études dans la section de philosophie de l’université d’Athènes puis à Paris, à l’école des Hautes études en sciences sociales et à l’Université Paris VII. Lors de son séjour étudiant à Paris, elle a participé au mouvement anti-junte 1 et s’est liée à la 4e Internationale. Elle a pris part aux événements de mai 68 et plus particulièrement à l’occupation du pavillon grec de la Cité internationale universitaire de Paris.

Dans la période commençant après la chute de la junte, en 1974, elle revient en Grèce et joue un rôle de premier plan dans la fondation du Front communiste révolutionnaire (KEM) et de sa revue, Barricades (Odophragma). Cette organisation partageait les points de vue de la IVe Internationale, et cela avant même son unification avec OKDE, qui était la section de l’époque.

Militante et chercheuse féministe

Parallèlement à son implication de dirigeante dans ces processus politiques, Eleni a joué un rôle de premier plan dans la création d’un cercle féministe, qui s’est développé avec la création du Mouvement pour la libération des femmes. Celui-ci a avancé pour la première fois en Grèce des thèmes comme l’avortement ou la contraception, thèmes jusqu’alors tabous dans la société grecque. Reflet de cette période : du fait qu’elle avait traduit en grec le Petit Livre rouge des écoliers et des lycéens, livre danois qui abordait ces sujets 2, elle a été accusée par des groupes chrétiens, traduite en justice et n’a été relaxée que suite à une large campagne de soutien.

Eleni Varika et Michael Löwy

 

En 1981, elle retourné à Paris avec une bourse en vue de sa thèse universitaire, effectuée sous la direction de Michelle Perrot, en lien avec l’histoire du féminisme en Grèce. À partir de 1991, elle est enseignante à l’université Paris VIII-Vincennes et chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle a donné des cours dans de nombreuses universités en France, en Suisse, aux Etats-Unis, au Brésil ainsi qu’à Athènes et en Crète. Elle a écrit de nombreux livres et articles sur le féminisme, les hiérarchies sociales, le genre dans la théorie politique, et ces textes ont été traduits dans de nombreuses langues. En Grèce ont été publiés ses ouvrages suivants : La révolte des dames : genèse d’une conscience féministe dans la Grèce au 19e siècle et Avec un visage différent : genre, différence et oécuménicité 3

Elle est demeurée inébranlable dans ses conceptions émancipatrices. Pour notre part, nous avons eu cette chance : lors de ses visites relativement fréquentes en Grèce avec son compagnon Michael Löwy, intellectuel connu, théoricien et cadre de la 4e Internationale, nous avons pu profiter plus directement de la discussion et de la collaboration avec eux.

Eleni va très fort nous manquer, parce que ce qui émanait d’elle, c’est qu’elle savait pleinement apprécier les liens humains, l’amitié, la vie. 

Le 20 janvier 2026

  • 1

    La junte dite des colonels résulte d’un coup d’État en 1967, visant à empêcher des mobilisations qui auraient pu faire suite à l’élection d’un gouvernement du centre, dirigé par le vieux politicien Giorgos Papandreou. Cette dictature, soutenue fortement sinon mise en place par les États-Unis, a duré jusqu’en 1974, après que ces colonels, de plus en plus déstabilisés, notamment par les révoltes étudiantes, ont tenté une aventure nationaliste en soutenant une dictature à Chypre. Cette intervention a entraîné l’invasion militaire par la Turquie, qui en deux étapes a occupé 38 % du territoire de l’île. Cette occupation se poursuit encore aujourd’hui, malgré tous les efforts pour la réunification de l’île. (ndt)

  • 2

    Le livre a été publié en français chez Maspero en 1971, traduit par Lonni et Etienne Bolo. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, le sinistrement connu Raymond Marcellin, le fit interdire. (ndt)

  • 3

    Le premier ouvrage cité est sa thèse, en 1988 ; le second, un recueil de divers articles d’Eleni, rédigés pour la plupart en français, n’est pas publié en français, mais on peut lire le recueil d’articles réalisé par Elsa Dorlin et Isabelle Clair, Pour une théorie féministe du politique (Ed. iXe, 2017).

 

المؤلف - Auteur·es

Tendance programmatique 4e Internationale

La Tendance programmatique 4e Internationale est, avec l’OKDE-Spartakos, un des deux groupes constituant la section grecque de la IVe Internationale.