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Chine : La nouvelle campagne de dazibaos

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La nouvelle campagne de dazibao (grands journaux muraux) qui a commencé à Pékin le 13 juin 1974, après que le camarade W.H.F. ait écrit son article, confirme totalement son analyse. Cette campagne avait commencé plus tôt dans les provinces, par exemple à Kunming (province du Yunnan) où les correspondants de presse britanniques qui accompagnaient le dirigeant conservateur Heath au cours de sa visite en Chine trouvèrent de nombreuses inscriptions dénonçant les bureaucrates locaux (voir The Economist, 22 juin 1974). Il semble qu’une directive du Comité Central du PC chinois, publiée le 18 mai dernier, ait de nouveau autorisé les critiques publiques des bureaucrates qui avaient été arrêtées après le frein brusque mis par Mao à la « révolution culturelle ».

Il est assez significatif de voir qu’un des points soulevés par les dazibao est précisément la répression brutale des représentants les plus radicaux du mouvement des Gardes Rouges à la fin de la révolution culturelle. Les affiches accusent non seulement Mao ou Chou En-lai, mais également Lin Piao d’être responsables de cette répression. Les dazibao qui apparurent à Pékin le 13 juin accusent des membres du « comité révolutionnaire municipal » d’avoir purgé tous ses représentants ouvriers sauf un et d’avoir arraché 89 affiches de protestation qui avaient été collées dans les immeubles.

D’après le correspondant à Pékin du Times de Londres (The Times, 20 juin 1974), la plupart des affiches qui apparurent dans les jours suivants soulevaient le même problème de la liquidation et du renvoi des « militants ouvriers » de la « révolution culturelle » de tous les postes de responsabilité. Un autre point soulevé par les dazibao était l’augmentation des avantages matériels pour les principaux bureaucrates, parfois sous la forme de niveau de vie excessif, ou en essayant d’échapper à des mesures censées s’appliquer à tous les citoyens chinois. De hauts dirigeants du parti ont été accusés d’avoir fait exempter leurs fils et leurs filles du mouvement général de départ des villes vers la campagne.

Ces accusations lancées par les affiches murales confirment ce que les marxistes-révolutionnaires répètent depuis des années : que beaucoup des revendications les plus radicales mises en avant par les Gardes Rouges (jeunes radicalisés) et les « rebelles révolutionnaires » (ouvriers radicalisés) au cours de la révolution culturelle, et qui furent partiellement satisfaites par la fraction de Mao sous la pression des masses, ont été reprises à la fin de la révolution culturelle. Ceci fut suivi par un nouvel accroissement du poids et du pouvoir de la bureaucratie. La nouvelle lutte politique en Chine reflète à la fois le mécontentement croissant parmi les masses face à cet état de choses et de nouvelles manœuvres et regroupements fractionnels au sein de la bureaucratie.

Une des principales cibles de la campagne anti-Lin, anti-Confucius est l’ancien chef de l’Armée Populaire de Libération, Huang Yong-sheng, qui est soupçonné d’avoir été le principal allié de Lin Piao dans sa conspiration de 1971. À Canton, la campagne anti-Lin, anti-Confucius a pris la forme d’une campagne anti-Huang (Le Monde, 16 août 1974). Certains observateurs ont conclu, trop hâtivement, que toute la campagne était dirigée contre les partisans « cachés » de Lin (ou d’autres opposants de Mao) au sein de l’armée, qui pourraient vouloir se venger de la réduction de l’influence de la direction militaire depuis 1971 et de la réorganisation générale des directions militaires régionales au début de 1974.

Cependant cette affirmation est contredite par la réapparition sensationnelle de nombreux vieux dirigeants de l’Armée au centre de la scène politique, parmi lesquels Yang Cheng-wu, ancien chef d’état-major de l’Armée Populaire de Libération, écarté en 1968, au sommet de la révolution culturelle. D’après Newsweek du 12 août 1974, au cours de l’anniversaire de l’Armée Populaire de Libération en 1974, 19 généraux purgés durant la révolution culturelle ont fait leur première apparition publique à Pékin depuis des années. Cette tendance pourrait être interprétée dans un double sens : tout d’abord comme une extension des réhabilitations des anciens cadres droitiers qui s’étaient accélérées depuis que Teng Hsiao-ping, ancien secrétaire général du PCC et principal « lieutenant » de l’ennemi Liu Shao-chi, a été nommé au poste de vice-Premier ministre et de principal architecte de la politique étrangère de Pékin ; et, deuxièmement, comme un rappel aux éléments radicalisés que, cette fois-ci, contrairement à 1966-68, Mao et les couches supérieures de la bureaucratie chinoise ont décidé fermement de ne permettre aucun débordement des mobilisations de masse.

Il est vrai que des rapports faisant état d’importants heurts entre manifestants et forces de police dans la province du Kiangsi, du Honan, dans la ville de Wuhan (un des principaux centres de la révolution culturelle) et dans la ville de Harbin en Mandchourie (200 personnes furent tuées à Kiangsi, d’après une affiche murale citée dans le Guardian du 25 juin 1974), furent presque immédiatement suivis par un sévère éditorial du Quotidien du Peuple du 1er juillet, rappelant à toutes les personnes concernées que les critiques devaient se limiter au cadre des réunions organisées par les comités du parti et devraient rester sous le contrôle du parti. Il rappelait également aux ouvriers de ne pas gêner la production par cette critique. Des rappels à l’ordre de ce type étaient apparus au cours de la révolution culturelle après des années de mobilisations de masse. Ils apparaissent maintenant à peine 6 mois après le début de la campagne anti-Lin, anti-Confucius, et à peine deux semaines après le commencement de la campagne de dazibao.

Tout cela indique que les marges de manœuvre de la fraction de Mao se sont considérablement réduites. Mais les nécessités contradictoires auxquelles Mao est confronté restent les mêmes que celles indiquées par le camarade W.H.F. et se reflètent dans les accents différents mis sur la « ligne générale » du PCC au cours des dernières semaines et mois. Il reste à voir si ces tournants reflètent également de nouvelles scissions profondes au sein de la direction du PCC.

À côté des bureaucrates provinciaux, au moins un membre du Bureau Politique, Hua Kuo-feng, a jusqu’ici été soumis aux attaques publiques (mais le dazibao l’attaquant a presque aussitôt été retiré). Et dans les cercles des PC de l’Europe de l’Est, la version selon laquelle on trouve derrière la campagne anti-Lin, anti-Confucius une lutte pour le pouvoir entre le groupe de Pékin et le groupe de Shanghai au sein de la direction reste généralement acceptée.

Octobre 1974

Lettre hebdomadaire