Le Conseil du travail de Nuremberg aurait dû se prononcer dès le 9 janvier sur une injonction provisoire qui aurait permis à Isabella Paape, déléguée du personnel et membre du syndicat IG Metall, d’accéder à nouveau aux locaux de l’entreprise et à l’intranet. Elle avait été licenciée sans préavis en novembre, sans motif, et s’était vu interdire l’accès à l’entreprise.
De toute évidence, l’approche des élections professionnelles n’y est pas pour rien, tout comme la volonté de jouer la montre : sans accès aux locaux de l’entreprise, Mme Paape ne peut mener une campagne efficace pour les élections du comité d’entreprise du 3 mars chez Siemens Energy Global GmbH à Erlangen.
Si elle devait attendre que son recours contre son licenciement abusif soit examiné, dont l’audience de conciliation est prévue début février, une grande partie de la campagne électorale serait déjà terminée. « Je serais de fait exclue de la campagne électorale au sein de l’entreprise », explique la tête de liste « Gemeinsam aktiv » (Actifs ensemble). Son affaire donne déjà le ton pour les élections nationales des comités d’entreprise, qui doivent avoir lieu entre mars et mai 2026.
Le juge du tribunal du travail s’était déclaré en arrêt maladie le 9 janvier, mais avait auparavant proposé un accord à l’amiable, que Isabella Paape et son avocat avaient toutefois refusé, car il n’apportait guère d’amélioration par rapport à la situation actuelle. Le 15 janvier, le tribunal du travail a finalement donné partiellement raison à Isabella Paape. Jusqu’au 5 mars, Siemens doit lui permettre à nouveau d’accéder à l’entreprise les jours ouvrables entre 11 h et 14 h sur les sites d’Erlangen et de Forchheim. « Je je suis très heureuse de pouvoir à nouveau parler en personne avec mes collègues au sein de l’entreprise », déclare Isabella Paape.
Toutefois, elle ne bénéficie pas encore d’une égalité totale de traitement elle n’est toujours pas autorisée à utiliser les moyens de communication numériques de l’entreprise. Sur des sites comme Erlangen, cela représente un inconvénient majeur, car moins d’un tiers des salarié.e.s sont régulièrement présents au bureau, les autres travaillent à domicile ou sont en déplacement à travers le monde. Mme Paape a donc décidé de déposer un recours auprès du tribunal régional du travail par l’intermédiaire de son avocat.
Une sanction ?
Isabella Paape, qui travaille chez Siemens depuis 2002 et militait activement au sein du comité d’entreprise et du syndicat sur le site d’Erlangen, qui compte plus de 7 000 salarié·e·s, a reçu mi-novembre son deuxième congédiement sans préavis, sans qu’aucune raison concrète ne lui soit donnée.
Elle a dû rendre ses outils de travail, tels que son ordinateur portable et son téléphone professionnel, et s’est vu interdire l’accès à l’entreprise. Elle avait déjà reçu un premier avis de licenciement en juin 2025. Cependant, le comité d’entreprise n’ayant pas donné son accord à ce licenciement, la direction n’a pas poursuivi sa démarche. Siemens aurait dû saisir le tribunal du travail afin de substituer à l’opposition du comité d’entreprise une décision d’approbation du tribunal. Mais l’’affaire aurait alors été rendue publique.
Ce n’est qu’en novembre que le deuxième licenciement sans préavis d’Isabella Paape a reçu une l’approbation du comité d’entreprise. La question de savoir si le comité d’entreprise a été consulté dans les règles n’est apparemment pas encore tranchée. À ce jour, Isabella Paape n’a toujours pas été informée des motifs de son licenciement.
Motif de licenciement inconnu
I.Paape et ses nombreux soutiens reprochent à l’entreprise de vouloir la réduire au silence en raison de son implication au sein du comité d’entreprise et de son engagement critique au sein de l’entreprise.
I.Paape est membre du comité d’entreprise depuis plus de dix ans. En 2022, elle a lancé la liste syndicale « Gemeinsam aktiv » (Actifs ensemble) pour les élections au comité d’entreprise qui a remporté deux sièges dès le premier tour. Depuis, ces élu·es se sont imposé·es par leur sérieux et leur compétence comme des représentant.e.s à l’écoute des préoccupations des travailleuses et des travailleurs. Ils ont par exemple obtenu que le montant de la prime de rendement soit nettement revu à la hausse, ce qui a permis à nombre de salarié.es de toucher davantage d’argent. Avec des événements en ligne, des consultations des collègues et via l’intranet, la liste a su s’imposer auprès du personnel et pourrait remporter d’autres sièges encore au comité d’entreprise lors des prochaines élections en mars.
Est-ce pour cette raison qu’Isabella Paape a été licenciée ? « À notre connaissance, aucun incident ne justifie objectivement une mesure aussi extrême », déclarent ses collègues de la liste. « Nous considérons donc ce licenciement comme une attaque contre le travail engagé du comité d’entreprise et comme une tentative d’affaiblir les voix critiques et actives au sein de cette instance. »
MCis comme certains membres du comité d’entreprise du site d’Erlangen ont manifestement approuvé la demande de licenciement présentée par l’employeur, les voix critiques qualifient ces derniers de « jaunes » qui ont préféré défendre les intérêts de la direction plutôt que de représenter de manière indépendante les intérêts des salariés.
Le fait qu’un comité d’entreprise approuve le licenciement de l’un de ses propres membres sans en exposer les raisons de manière transparente et sans les soumettre à un examen public est considéré dans les milieux syndicaux comme une violation du principe de solidarité. Dans sa prise de position sur cette affaire, le syndicat GEW (éducation et sciences) d’Erlangen dénonce une « attitude contraire à la solidarité et juridiquement contestable ».
Solidarité
Le GEW a déjà condamné publiquement ce licenciement fin novembre, y voyant un « coup porté à ceux et celles, qui sont la grande majorité, qui n’ont rien d’autre à vendre pour gagner leur vie que leur force de travail ».
Une pétition a également été lancée dans le but de faire annuler ce licenciement et de permettre à Isabella Paape de se présenter aux prochaines élections du comité d’entreprise. La fédération régionale du DGB de Moyenne-Franconie lui a emboîté le pas début décembre. Estimant notamment que « certaines dispositions importantes régissant la cogestion n’avaient pas été correctement appliquées », elle a exigé « l’annulation immédiate du licenciement sans préavis d’Isabella Paape ». Mi-décembre, le syndicat IG Metall Erlangen a suivi le mouvement après un vote unanime de son assemblée des délégué·es et a « instamment appelé les parties concernées à respecter les dispositions légales ».
Malgré son licenciement, Mme Paape a finalement confirmé fin décembre sa nouvelle candidature au comité d’entreprise et se présente en tête de liste. « Même dans des conditions difficiles, nous continuerons à travailler activement sur les questions qui préoccupent beaucoup d’entre nous au quotidien, qu’il s’agisse de la garantir la rémunération tarifaire prévue par la convention collective, de l’augmentation de la charge de travail, des questions relatives au temps partiel pour les salarié.e.s âgé.s. et au régime de retraite complémentaire de l’entreprise, ou encore de la pérennité des sites et des réorganisations », explique la liste « Gemeinsam aktiv » (Actifs ensemble).
« Notre mobilisation », ajoutent les autres membres de la liste, « suscite de plus en plus l’attention des médias ». Selon eux, de nombreuses personnes, tant au sein de Siemens Energy qu’à l’extérieur, « observent attentivement ce qui se passe et comment la direction réagit face à un comité d’entreprise critique et mobilisé. Cela nous encourage à continuer dans cette voie ». Cependant, le harcèlement dont Isabella Paape est victime de la part du comité d’entreprise intimide beaucoup d’autres collègues. « S’ils parviennent à la licencier, plus personne n’osera ouvrir la bouche ici », pronostique l’élue au comité d’entreprise.
Pour signer la pétition : www.openpetition.de/petition/online/betriebsraetin-isabella-paape-kuend….
Publié le 1er février 2026 par Sozialistische Zeitung, traduit pour ESSF par pierre Vandevoorde.