Il y a seulement six mois, la presse capitaliste des États-Unis saluait encore la « remarquable retenue » des syndicats. On pouvait lire des titres comme « La classe ouvrière, géant endormi : les accords sont modérés, mais les prix et les profits sont presque embarrassants. » Maintenant, les titres les plus courants sont : « Les USA balayés par les luttes ouvrières » et « Mouvement ouvrier : grève, grève, grève. »
À la mi-juillet, les médiateurs gouvernementaux annonçaient qu’ils étaient en train d’essayer de résoudre 588 grèves, le nombre le plus important pour une seule semaine depuis qu’ils ont commencé à faire ces statistiques, il y a quinze ans. Le ministère du Travail rapporte que, au cours du mois de juillet dernier, on a assisté à 1 130 grèves, touchant 796 000 ouvriers et coûtant la perte de 7,9 millions de jours de travail. Ainsi, l’ampleur des grèves a pratiquement doublé depuis juillet 1973 : à cette époque les grèves touchèrent 320 000 ouvriers et coûtèrent la perte de moins de 3 millions de jours de travail.
La rapide montée des grèves depuis l’expiration du contrôle gouvernemental des salaires le 30 avril dernier témoigne de la colère croissante des ouvriers américains et montre leur détermination à se défendre contre les ravages de l’inflation. Les prix des biens de consommation augmentent à un rythme annuel d’environ 12 %, selon les chiffres du gouvernement.
Les travailleurs du bâtiment, qui avaient subi le contrôle des salaires avant le reste de la classe ouvrière, se sont placés à la tête de la lutte pour rattraper les pertes de salaire dues à l’inflation. Environ 20 % du total des grèves actuelles se déroulent dans l’industrie du bâtiment.
D’autres industries et entreprises où la « paix sociale » avait régné pendant des années sont touchées. Au début juin, 110 000 membres du syndicat de l’habillement (Amalgamated Clothing Workers) — en majorité des femmes noires et portoricaines — lancèrent leur première grève nationale depuis cinquante-trois ans. La centrale électrique de Pennsylvanie a connu sa première grève depuis cinquante-quatre ans, quand cinq mille employés cessèrent le travail pour appuyer leur revendication d’un réajustement salarial au coût de la vie.
Les fonctionnaires de l’État se sont particulièrement distingués dans cette montée de militantisme syndical. Des grèves des employés de la ville ont virtuellement bloqué San Francisco en mars et Baltimore en juillet. Les fonctionnaires, qui comptent maintenant 14 millions de personnes, sont un des secteurs de main-d’œuvre qui croît le plus rapidement. En opposition au nombre stagnant et même en déclin de syndiqués dans l’industrie privée, l’organisation des fonctionnaires se développe très rapidement. Une grande proportion de ces syndiqués sont des Noirs et des femmes qui ont les emplois les moins bien payés.
Des groupes d’employés de bureau, qui auparavant tendaient à se considérer plus comme des membres de « professions libérales » plutôt que comme des travailleurs, se sont organisés et ont lutté pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Dans certains cas, ils ont pris le contrôle et transformé des « associations professionnelles » qui avaient fonctionné, auparavant, comme des syndicats maison. Quarante mille infirmières de Caroline du Nord ont mené une grève de trois semaines en juin dernier, demandant principalement un plus grand contrôle sur leurs conditions de travail. Pour la première fois depuis les années 40 dans l’industrie du livre, les employés de la maison d’édition Harper & Row ont fait grève.
La baisse des salaires réels
La poussée actuelle du mouvement de grève est le résultat direct du « contrôle des prix et des salaires » imposé au cours des deux dernières années par le gouvernement, et annoncé dans un discours de Nixon le 15 août 1971. Tandis que les prix et les profits ont atteint des plafonds records, le contrôle a atteint son véritable but, qui était de bloquer les augmentations de salaire. Pour les syndiqués, l’augmentation moyenne est tombée de 8,1 % en 1971 à 6,4 % en 1972 et à 5,2 % en 1973.
L’intervention du gouvernement capitaliste a réussi là où les capitalistes individuels avaient échoué : maintenir les croissances de salaire de la classe ouvrière américaine inférieures à celles que les rivaux impérialistes de Washington ont dû accorder. Le New York Times du 31 août citait correctement « une nette réduction des différences de salaire entre les ouvriers américains et les ouvriers des autres grands pays industriels » comme une des raisons de la forte compétitivité des exportations américaines.
Le blocage des salaires a entraîné une chute importante des salaires réels après l’explosion de l’inflation au niveau mondial l’an dernier. Bien que la vague de grèves actuelle ait mis en avant des revendications salariales, celles-ci restent bien inférieures au taux d’inflation. D’après les statistiques gouvernementales, le salaire réel moyen de l’ouvrier américain en juillet 1974 était inférieur de 5,4 % à celui de l’an dernier. Aujourd’hui les salaires réels ne sont pas supérieurs à ceux de 1965, et ils continuent à baisser.
Cette attaque contre les salaires réels a été rendue possible par la totale capitulation des directions syndicales face au contrôle gouvernemental. Les bureaucrates syndicaux n’ont pas expliqué que le gouvernement capitaliste ne pouvait pas et n’allait pas contrôler les prix. Liés étroitement aux partis politiques capitalistes, les bureaucrates ont coopéré jusqu’au bout, participant au comité dont la tâche était de bloquer les salaires. Un bref arrêt de travail des infirmières et des travailleurs hospitaliers de New York fut la seule grève, appuyée officiellement par les syndicats, qui défia le contrôle des salaires, et elle fut battue à cause du manque de solidarité de la part des autres syndicats.
La fin du contrôle des salaires
L’opposition aux effets de l’inflation s’est manifestée sous d’autres formes. En avril 1973, des millions de personnes ont participé à un boycott national de la viande. En septembre 1973 des organisations de la communauté noire de Chicago ont pris l’initiative d’organiser une manifestation de 8 000 personnes contre l’inflation, le chômage et les impôts injustes. Mais à cause de la passivité de la bureaucratie syndicale, ces actions furent limitées et sporadiques.
Lors de l’instauration du contrôle des salaires, les travailleurs y étaient dans l’ensemble favorables, car ils croyaient que le gouvernement allait réellement bloquer les prix. Quand ils réalisèrent que tel n’était pas le cas, la colère se développa. La grève de huit semaines organisée par de jeunes charpentiers syndiqués en Californie du Nord l’hiver dernier — sans l’appui de la direction du syndicat — contre une décision gouvernementale, qui coupait une augmentation de salaire garantie par leur contrat, représenta un signal d’alarme pour la bourgeoisie.
Le contrôle direct des salaires représente un certain danger pour la classe dominante. Il tend à dénoncer le rôle anti-ouvrier du gouvernement et à transformer les luttes salariales en confrontations ouvertes entre les syndicats et l’État capitaliste. Prenant le risque limité de freiner la progression des salaires sans imposer un contrôle direct, les dirigeants ont abrogé ce contrôle au printemps dernier.
N’ayant plus l’excuse du contrôle gouvernemental, les bureaucrates syndicaux ont eu de plus en plus de difficultés à freiner les revendications pour une action directe des syndicats pour obtenir des hausses de salaires. Cette pression sur les bureaucrates apparaît dans un rapport gouvernemental qui explique que les militants syndicaux de base refusent aujourd’hui 12,3 % des accords négociés, contre 9,6 % l’an passé.
Après cette expérience du contrôle des salaires, les ouvriers sont aujourd’hui moins enclins à faire confiance au gouvernement, et préfèrent s’appuyer sur leur propre force pour maintenir leur niveau de vie. Un récent sondage montrait que 60 % des personnes questionnées pensaient que la politique économique gouvernementale « fait plus de mal que de bien », contre 23 % en septembre 1971.
Le dernier sondage Gallup montrait que la plus grande partie des personnes questionnées — 44 % — pensaient que le gouvernement fédéral était le principal responsable de l’inflation. Soixante-huit pour cent pensaient que la situation économique allait empirer au cours des six prochains mois, tandis que 46 % pensaient que « l’économie US allait vers une dépression similaire à celle que le pays a connue en 1930 ».
Le désenchantement et la perte de confiance par rapport au gouvernement sont d’autant plus grands qu’ils ne se limitent pas aux seules questions économiques. La guerre du Vietnam, la « crise de l’énergie » et l’affaire du Watergate ont ouvert les yeux à des millions de personnes sur la corruption et la criminalité du gouvernement capitaliste. Quand on voit le gouvernement conspirer avec les profiteurs, il est peu probable que les ouvriers répondront avec enthousiasme aux appels au sacrifice pour « l’intérêt national ». On assiste là au début du développement d’une certaine position de classe des ouvriers face à l’État capitaliste.
Cependant, il existe encore une large confusion au sujet du « contrôle gouvernemental des prix et des salaires ». Le dernier sondage Gallup montrait également que la majorité des personnes questionnées — 50 % contre 39 % — étaient favorables à une nouvelle instauration du « contrôle des prix et des salaires ». Les directions syndicales encouragent délibérément l’illusion qu’il peut exister un « juste » contrôle, et elles promettent encore de coopérer au contrôle tant qu’il est « équitable ».
Réajustements et échelle mobile des salaires
Néanmoins, de plus en plus les travailleurs reconnaissent une autre méthode — la seule méthode efficace — de protéger leurs salaires contre l’inflation : on peut le voir dans la popularité croissante des clauses de réajustement. Cette revendication est acceptée par la quasi-totalité des travailleurs américains, et s’est trouvée au centre de nombreuses grèves. Par exemple, les conducteurs d’autobus ont fait grève en mai dernier à Washington, et sont encore en grève à Oakland contre les tentatives des municipalités de retirer des clauses de réajustement qu’ils avaient obtenues auparavant. Cet automne, les mineurs revendiquent la première clause de réajustement de l’histoire de cette industrie, tandis que les ouvriers des chemins de fer essaient d’obtenir de nouveau des clauses de réajustement qu’ils avaient perdues à la fin des années 50.
Les chiffres donnés par le ministère du Travail prouvent que les ouvriers qui bénéficient de clauses de réajustement ont des augmentations de salaires nettement plus élevées que ceux qui n’en ont pas, mais que, dans tous les cas, les augmentations ne compensent pas totalement la perte due à l’inflation.
L’importance de la revendication d’une échelle mobile des salaires réside dans le fait qu’elle rejette totalement la notion que les travailleurs auraient la moindre responsabilité pour le développement de l’inflation et affirme leur droit à une protection complète de leurs salaires face à l’augmentation des prix. En opposition à tout projet de « contrôle des prix », cette revendication montre que les travailleurs ne doivent compter que sur leur propre force et leurs organisations pour protéger leurs salaires.
Les clauses de réajustement n’offrent pas une véritable échelle mobile des salaires. Les employeurs essaient toujours d’imposer une limite maximum d’augmentation, de rendre les réajustements moins fréquents, et de mettre en place des formules qui ne garantissent le rattrapage que d’une partie du taux officiel d’inflation. De même, toutes les clauses de réajustement sont liées à l’index des prix gouvernemental. La lutte pour une véritable échelle mobile des salaires est inséparable du rejet des chiffres gouvernementaux truqués. Les syndicats eux-mêmes devraient former des comités chargés d’étudier le taux réel d’augmentation des prix, et exiger les augmentations nécessaires pour compenser cette hausse.
La dynamique de la lutte autour d’une telle revendication est d’amener les travailleurs à déterminer eux-mêmes l’état de l’économie et à commencer à contrôler l’industrie dans leur propre intérêt. La revendication pour une échelle mobile des salaires doit être mise en avant parallèlement à la revendication d’une échelle mobile des heures de travail, afin de répondre au chômage chronique. Contrairement aux clauses de réajustement, cette revendication n’a pratiquement pas été mise en avant par les syndicats aux États-Unis. Cependant, face au développement du chômage (et la politique de Ford vise directement à augmenter le chômage), ce mot d’ordre va connaître une audience croissante.
Les limites des grèves actuelles
La vague actuelle de grèves qui témoigne d’un fort regain de combativité parmi les ouvriers américains a cependant certaines limites. La plupart des grèves ont été petites, sont restées au niveau local et ont été réglées relativement vite. La grève des ouvriers de l’habillement a été la seule grève qui ait touché toute une branche. Ni les bureaucrates syndicaux, ni les entreprises ne veulent de confrontation nationale, et jusqu’ici ils ont réussi à l’éviter. Dans des industries aussi importantes que l’automobile, la sidérurgie, les communications, les dockers (de la côte est), des accords assurant de très faibles augmentations de salaires ont pu être atteints sans grèves. La direction du syndicat national des travailleurs de la sidérurgie (United Steelworkers) a signé un « accord expérimental de négociation » avec le trust de la sidérurgie, qui comprend une clause garantissant qu’il n’y aurait pas de grèves pendant six ans. Les capitalistes et le conseil exécutif de l’AFL-CIO (American Federation of Labor-Congress of Industrial Organizations, fédération syndicale nationale) saluent un tel accord comme le modèle à suivre dans les futures négociations de contrats collectifs.
Cependant des négociations importantes n’ont pas encore trouvé d’accord. Des négociations ont commencé dans l’industrie aérospatiale ; on s’attend au mois de novembre à une grève nationale des mineurs qui pourrait bien être la principale bataille ouvrière cette année ; et les contrats de 600 000 ouvriers du chemin de fer expirent à la fin de l’année.
La crise économique croissante a eu un certain impact — bien que limité — sur la bureaucratie syndicale. George Meany, le président octogénaire de l’AFL-CIO, a récemment reconnu une réalité assez évidente : « Nous sommes maintenant dans une phase de récession, et il existe beaucoup de signes que nous allons vers une dépression. »
C’est la direction du syndicat des mineurs (United Mine Workers) qui a connu le bouleversement le plus important récemment. Lors d’une élection syndicale ordonnée par le gouvernement fédéral à la fin de 1972, la vieille machine corrompue de Tony Boyle fut battue et remplacée par une liste réformiste dirigée par Arnold Miller et basée sur des mouvements de la base syndicale exigeant une plus grande démocratie, une plus grande sécurité dans les mines et un meilleur service de santé. La direction de Miller n’a aucune expérience et n’est absolument pas une direction de lutte de classes, mais ses liens avec la base ont marqué une victoire importante pour les mineurs. Cette direction a rétabli le droit de voter sur les contrats, a ouvert les pages du journal syndical aux militants, et a commencé à lancer une campagne de recrutement dans les mines où le syndicat n’existait pas. Cette campagne a été largement aidée par la victoire d’une grève longue et dure de treize mois à Harlan County, Kentucky, grève qui était considérée comme un test à la fois par le syndicat et la société.
Développement de la conscience de classe
On ne s’attend pas à des améliorations dans la situation économique. La politique annoncée par Ford, derrière qui toute la bourgeoisie est unie, est une politique d’austérité, de plus grande récession et de réduction des dépenses gouvernementales pour les services sociaux. En même temps on ne peut attendre aucune amélioration de l’inflation. La hausse des prix à la consommation est déjà stimulée par l’index des prix de gros, qui a augmenté de 3,7 % pour le seul mois d’août. La croissance des produits alimentaires continue, et les prix des produits fermiers ont augmenté de 3 % entre le 15 juillet et le 15 août.
L’attaque contre le niveau de vie des travailleurs comprend également la montée du chômage, l’accélération des cadences, le développement de la pollution, la pénurie de certains produits, et un déclin des services sociaux — du service de la santé publique aux transports et à l’éducation. La valeur réelle des rentes, de la sécurité sociale, etc., diminue. Ceci ne fait que stimuler un climat d’incertitude et d’insécurité.
Si la réponse des directions syndicales aux attaques contre les salaires a été désespérément insuffisante, sa réponse aux autres questions sociales a été encore pire. Dans ce domaine le conservatisme de la bureaucratie syndicale est en contradiction avec une attitude qui tend à se développer largement parmi les ouvriers, spécialement les jeunes ouvriers.
Cela a été largement confirmé par une enquête de Daniel Yankelovich qui conclut que les positions radicales concernant les affaires, le patriotisme, la loi, la police, la religion, la politique, la liberté sexuelle, le travail et l’autorité, qui étaient typiques des étudiants à la fin des années 60, sont maintenant partagées par les jeunes travailleurs. Yankelovich conclut que les jeunes ont développé ce qu’il appelle une « nouvelle charte des droits de l’homme ». Celle-ci comprend :
« Le droit d’envoyer ses enfants à l’université que l’on ait ou non les moyens financiers. Le droit de participer aux décisions qui touchent leur travail. Le droit d’avoir une retraite sûre. Le droit de recevoir les meilleurs soins médicaux que l’on puisse se le permettre ou non. »
En d’autres termes, ces « nouveaux droits » sont l’éducation libre et gratuite jusqu’à l’université ; le contrôle ouvrier sur la production ; l’assistance sociale pour les personnes âgées ; et une médecine socialisée.
C’est parmi les jeunes Noirs, Chicanos et Portoricains que l’enquêteur a trouvé les positions les plus radicales. Parmi ceux-ci « la position dominante est que nous vivons dans une société malade (55 %) et non démocratique (76 %) ». Cette jeunesse pense qu’il s’agit d’une société de « racisme effréné ».
Tous les aspects de la crise économique frappent plus durement les travailleurs des nationalités opprimées et les travailleuses. Toutes les illusions qui pouvaient exister sur une progression graduelle vers une égalité totale s’effondrent face à l’exacerbation de l’oppression de ces groupes. Tandis que les chiffres officiels du chômage pour les travailleurs blancs étaient de 4,8 % en juillet, ils étaient de 9,4 % pour les ouvriers noirs et de 35,3 % pour les jeunes noirs.
En 1973, selon le bureau fédéral des statistiques, la famille noire typique avait un revenu qui n’atteignait que 58 % du revenu de la famille blanche typique ; une ouvrière travaillant à plein temps gagnait en moyenne 57 % de ce que gagnait un ouvrier à plein temps. Ces écarts ne font que s’accentuer.
Un des développements les plus significatifs dans le mouvement ouvrier américain au niveau national a été la formation et la croissance de la Coalition of Labor Union Women (CLUW, Coalition des ouvrières syndiquées). Fondée lors d’une conférence en mars dernier qui réunit 3 200 femmes militantes syndicales, la CLUW se donne pour but d’organiser les femmes au sein du mouvement syndical pour lutter pour les revendications spécifiques des femmes, y compris pour un salaire égal et la fin de la discrimination dans l’emploi, le plein-emploi, le droit à l’organisation, un service de crèches, l’adoption de l’Equal Rights Amendment, et la démocratie interne et un plus grand rôle pour les femmes dans les syndicats.
La CLUW est organisée dans les principales villes et attire un nombre croissant de militantes syndicales. Cette organisation reflète le militantisme croissant des ouvrières, qui ont joué un rôle déterminant dans les grèves d’infirmières, d’enseignantes, d’hôtesses, des travailleuses de l’habillement et souvent des fonctionnaires gouvernementales. C’est une manifestation de l’extension de la radicalisation des femmes, qui débuta parmi la jeunesse étudiante, à la classe ouvrière. Il s’agit d’un développement au sein des syndicats qui peut jouer un rôle important pour les transformer en instruments de lutte de classes.
Pour un parti ouvrier
La poussée actuelle de grèves, qui a permis aux travailleurs de remporter de réelles victoires, n’a pas encore dépassé les méthodes prônées par les bureaucrates syndicaux : grève d’un syndicat contre un patron, menée uniquement autour de revendications économiques.
La principale limite des luttes actuelles réside dans l’absence d’une expression politique. Les syndicats ne peuvent pas riposter aux attaques gouvernementales étant donné leur politique de soutien aux partis capitalistes, républicain ou démocrate. Cela est apparu particulièrement dans l’incapacité totale des directions syndicales à riposter au blocage des salaires. Au moment où tout le monde reconnaît que la crise économique actuelle exige des réponses politiques, la bureaucratie syndicale tente de canaliser ce besoin d’action politique vers le soutien aux partis capitalistes, en particulier au Parti démocrate.
Leur « réponse » à la crise a été d’« élire un Congrès aux deux tiers démocrate » en 1974 (c’est-à-dire un Congrès qui peut passer outre le veto présidentiel). Ce slogan s’appuyait sur l’explication démagogique qui faisait de Nixon le seul responsable des attaques contre les travailleurs, alors que, en fait, la politique anti-ouvrière du gouvernement est appuyée, au Congrès, par les deux partis. Aujourd’hui les bureaucrates de l’AFL-CIO expliquent que Ford peut améliorer la situation et sont ouvertement enthousiastes à propos de la nomination de Rockefeller au poste de vice-président.
La situation politique des USA est pratiquement unique dans le monde impérialiste par le fait qu’il n’existe pas de parti ouvrier de masse — même pas réformiste. Indépendamment de leur niveau de combativité les ouvriers américains votent à leur large majorité pour les partis politiques bourgeois. La bourgeoisie américaine tire tous les avantages de cette anomalie, qui lui offre une marge de manœuvre bien plus large que ses collègues de l’Europe occidentale par exemple. En même temps, l’absence d’un parti ouvrier de masse impose des limites au développement de la conscience de classe du prolétariat, donnant ainsi une marge de manœuvre plus grande également à la bureaucratie syndicale.
Afin de répondre aux multiples attaques contre le niveau de vie des travailleurs, les syndicats devront développer une activité politique indépendante. Un parti ouvrier indépendant est nécessaire pour coordonner et centraliser les luttes ouvrières, et pour lutter en défense des intérêts des travailleurs sur des questions aussi importantes que la guerre et la paix, l’oppression raciale, l’oppression des femmes, les impôts, le contrôle des salaires, le chômage et les services sociaux. Cette rupture avec la politique capitaliste est le prochain pas en avant essentiel pour le mouvement ouvrier américain.
Été 1974