Alexandria Ocasio-Cortez, ancienne serveuse, membre de Democratic Socialists of America (DSA) et députée de New York, qui en est désormais à son quatrième mandat de deux ans, est arrivée en tête d’un récent sondage portant sur les candidats du Parti démocrate à la présidence pour l’élection de 2028. Dans ce sondage réalisé dans le New Hampshire, elle a recueilli 22 % des voix, tandis que l’ancien secrétaire aux Transports Pete Buttigieg en a obtenu 21 %, l’astronaute et sénateur Mark Kelly 9 % et le gouverneur de Californie Gavin Newsom 8 %. Alliée du sénateur Bernie Sanders – qu’elle a accompagné lors de sa tournée nationale « Fighting Oligarchy » – et de Zohran Mamdani, membre du DSA aujourd’hui maire de New York, elle est devenue la figure de proue des progressistes. Désormais, tous ceux qui se situent à gauche du centre se posent la question : se présentera-t-elle ? Pourrait-elle l’emporter ?
Le climat national rend ces réflexions possibles. Le président Donald Trump est en train de perdre la guerre contre l’Iran et ne semble pas en mesure de la remporter ni de s’en sortir. Il impose une nouvelle fois des droits de douane qui pèsent comme un impôt sur les consommateurs étatsuniens. Les prix de l’essence sont à nouveau en hausse. Les denrées alimentaires sont chères. Le logement reste très coûteux. La popularité de Trump est au plus bas. Même sa base électorale se retourne contre lui. Le Parti républicain pourrait perdre les élections de mi-mandat en novembre prochain et l’on craint que Trump tente de les truquer, voire de lancer un coup d’État.
Pourtant, la popularité du Parti démocrate est à peu près équivalente à celle de Trump. Les démocrates et les indépendants ne sont guère inspirés par les dirigeants du Parti démocrate, tels que le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakim Jeffries, et le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, qui semblent manquer d’idées nouvelles et d’esprit combatif. La plupart des Étatsunien·ne·s semblent de plus en plus se détourner des partis, de l’establishment et de l’ensemble du système politique. Pourtant, les candidats du DSA remportent des élections et gagnent en influence au sein du Parti démocrate. C’est ce qui rend une campagne d’AOC à la fois attrayante et plausible.
Pourtant, une campagne présidentielle d’AOC s’avérerait difficile. Même bon nombre de ses partisans estiment qu’elle devrait d’abord se présenter au siège du Sénat actuellement occupé par Schumer. DSA elle-même est divisée au sujet d’AOC. Alors que la section new-yorkaise du DSA la soutient, le DSA national lui a retiré son soutien en juillet 2024, estimant qu’elle n’était pas suffisamment pro-palestinienne et antisioniste ; mais si cela était vrai par le passé, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Elle est fermement pro-palestinienne, qualifie la guerre israélienne contre Gaza de génocide et s’oppose à l’aide militaire à Israël. Toutefois, la division au sein même du DSA est moins importante que d’autres facteurs.
La direction du Parti démocrate, qui a agi avec fermeté pour étouffer la candidature présidentielle de Sanders, déteste les progressistes et les socialistes du parti et utiliserait sans aucun doute son pouvoir pour tenter d’écraser AOC. La question de savoir si elle en serait capable reste ouverte.
AOC est une femme et les États-Unis n’ont jamais élu de femme à la présidence, malgré plusieurs candidates de poids par le passé. Elle devrait en outre surmonter un fort préjugé anti-latino attisé par Trump et ses partisans. Bien qu’AOC soit née aux États-Unis et que tous les habitants de Porto Rico, une colonie étatsunienne, soient citoyens étatsuniens depuis 1917, compte tenu de la longue histoire du racisme et de la xénophobie aux États-Unis ainsi que de la montée récente du nationalisme chrétien blanc, elle se heurterait tout de même à un obstacle lié à l’animosité raciale. AOC a été victime de harcèlement, d’actes de vandalisme et de menaces de mort provenant tant de la droite que de la gauche.
Les choses évoluent aux États-Unis. Un sondage réalisé l’année dernière a révélé que 37 % des Étatsunien·ne·s sont favorables au socialisme, tandis que ce chiffre atteint environ 60 % chez les jeunes. Néanmoins, l’élection d’une socialiste à la présidence constituerait un grand pas en avant.
AOC n’a pas encore indiqué si elle se présenterait au Sénat ou à la présidence. Elle déclare : « Ils partent du principe que mon ambition se résume à un titre ou à un siège. Or, mon ambition va bien au-delà de cela. Mon ambition est de changer ce pays. » Elle a ajouté : « Les présidents vont et viennent… mais un système de santé à payeur unique est éternel, un salaire décent est éternel, les droits des travailleurs sont éternels. »
Le 26 juillet 2026