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Tunisie : Libérez Nabil Chennoufi, Wael Naouar, Sana M'hidli, Ghassen Henchiri, Jawaher Chenna et Mohamed Amine Bennour

par Urgence Palestine

Le 7 mars 2026, la police antiterroriste tunisienne a arrêté les organisateurs locaux de la Global Sumud Flotilla à Sidi Bou Saïd : Wael Nouar, Jawaher Channa, Nabil Chanoufi, Sana Msahli et Mohammed Amin Belnour. Quelques jours plus tard, c'est Ghassen Henchiri qui a été arrêté à son tour. Ces arrestations s’inscrivent dans une séquence répressive claire : le 4 mars, une intervention policière violente empêchait une délégation d’accéder au port malgré les autorisations nécessaires ; le 5 mars, un événement public au cinéma-théâtre Le Rio à Tunis était brutalement annulé quelques minutes avant son ouverture.

Cette répression rompt avec la longue tradition de solidarité tunisienne pour la Palestine. Depuis la révolution de la liberté et de la dignité de 2011, qui avait ravivé dans tout le monde arabe le soutien populaire à la Palestine, la Tunisie était devenue un phare de solidarité courageuse. Le départ d’une mission de la flottille depuis Tunis l’année précédente incarnait cette relation profonde.

La Flottille Sumud pour Gaza n’est pas une simple initiative humanitaire : elle porte une revendication politique claire, la fin du blocus de Gaza. Elle s'inscrit dans les mobilisations populaires Maghreb et dans le Sud global qui transforment le sentiment pro-palestinien en solidarité concrète. Elles redessinent enfin de nouvelles géographies de résistance reliant directement les peuples du Sud global à la lutte palestinienne, sans tutelle occidentale ni étatique.

La solidarité qui s’exprime aujourd’hui en France s’est d’ailleurs nourrie de cette histoire commune, portée notamment par des militants tunisiens de l’immigration et de l’exil qui ont fait de la Palestine leur boussole.

Ce reniement intervient après des déclarations officielles de soutien à la Palestine et alors même que la Tunisie a subi une agression par drones israéliens. Il survient aussi au moment où le pays devient un rouage de la politique meurtrière menée contre les migrants subsahariens, rejetés à la mer ou abandonnés dans les déserts pour avoir cherché refuge en Europe. Ce retournement s’inscrit dans la contre-révolution qui traverse de nombreux régimes arabes et trahit les promesses de la révolution tunisienne. Il coïncide enfin avec les pressions impérialistes visant à isoler la résistance palestinienne. La défense du régime sioniste agit ainsi comme un aiguillon d’un système mondial d’oppression qui cherche à transformer les États en régimes oppressif de de leurs propre peuples.

Disons-le clairement : un régime ne peut se prétendre pro-palestinien tout en réprimant l’expression la plus libre de cette solidarité. La Flottille Soumoud n’est pas une option politique parmi d’autres : elle est l’expression concrète d’une solidarité internationale qui vise à briser le siège de Gaza. En la réprimant, le régime tunisien fait acte d’allégeance à l’ordre impérial en bafouant la conscience morale de son peuple.

Se dire pro-palestinien tout en refusant de soutenir la résistance peut sembler une position prudente. En réalité, cette posture installe une ambiguïté qui finit toujours par se transformer en contradiction. Lorsque des citoyens décident de transformer les mots en actes et de naviguer vers Gaza pour briser le siège, ce compromis apparent s’effondre.

En interdisant la Flottille Soumoud, le régime tunisien a donc choisi son camp : celui du blocus et de la complicité avec l’ordre colonial. Sa solidarité proclamée avec la Palestine ne valait que tant qu’elle ne remettait pas en cause les rapports de force imposés par le colonialisme.

La résistance n’est pourtant pas une option parmi d’autres. Elle est la condition même de l’existence d’une Palestine libre. Comment prétendre soutenir un peuple tout en refusant les moyens qu’il a choisis pour sa libération ?

Malgré la répression, nous saluons la détermination de la Flottille Sumud pour Gaza, qui maintient son objectif de s’élancer ce printemps vers Gaza pour défier le siège et soutenir le peuple palestinien. Leur courage rappelle que la résistance palestinienne ne s’arrête jamais et que les peuples solidaires ne se laissent pas intimider. 

En France comme dans de nombreux pays, nous sommes aux côtés de celles et ceux qui se mobilisent contre le blocus et pour une Palestine libre, la Global Sumud, les Thousand Madleens et tant d'autres. Nous serons toujours du côté de ceux qui transforment des déclarations de soutien symboliques en formes de résistance effectives contre le colonialisme.

Ce qui se joue en Tunisie se joue partout où la résistance brise l’hypocrisie des prétendus amis de la Palestine. Nous vivons dans un ordre mondial où l’on peut tenter de dissoudre Urgence Palestine en France tout en reconnaissant symboliquement l’État de Palestine, se présenter comme médiateur tout en accueillant des bases militaires servant aux bombardements américains ou aux assassinats ciblés du régime israélien. Réprimer une flottille qui veut briser le siège de Gaza tout en proclamant son soutien à la cause palestinienne révèle l’hypocrisie profonde de cet ordre.

Dans la lutte pour la Palestine, il n’existe pas de positions confortables ni d’équilibres durables : ces équilibres se brisent à la moindre pression de l’ordre impérial. Il faut donc avoir le courage de le dire clairement : le soutien à la résistance est le nom que prend la solidarité concrète avec la Palestine.

Publié le 16 mars par Urgence Palestine