Appelons les choses par leurs noms. Lorsqu’on assiste à une agitation qui ne va pas à la racine des choses, on est en droit de parler d’agitation formelle.
Les prix du transport aérien flambent. On crée une commission parlementaire. Une grève de salariés bloque des centaines de personnes dans le transport terrestre ou maritime, on multiplie les déclarations, banalement répétitives et inefficaces. Les prix des marchandises du quotidien étranglent le peuple consommateur. Celui-ci descend dans la rue. Alors, dirigeants et éluEs proposent de casser les monopoles. C’est oublier que cette solution magique a déjà été mise en œuvre... dans le transport aérien avec la privatisation d’Air France qui était censée tout régler !
Ce type de réponse aux divers désordres sociaux et autres, ignore que le système capitaliste aboutit tendanciellement à la transformation de la concurrence en monopole, qu’il est basé sur la recherche du profit et non sur celle de la satisfaction des besoins humains.
Dès lors que le besoin est social, dès lors que l’activité concerne des collectifs (d’usagers consommateurs, de salariés producteurs), laisser la main au privé, conduit nécessairement à se soumettre à la loi du profit. Le vocabulaire bien gentil de « délégation de service public » (DSP) ne change rien au problème. C’est juste un voile pour masquer le vrai moteur qui fonctionne, puisqu’en fait l’autorité publique défaillante se décharge d’obligations d’intérêt général qu’elle transfère au secteur privé jugé plus efficace. Le transport aérien, terrestre, maritime doit être public, et rien d’autre. La solution du public suppose bien entendu un traitement équitable des intérêts des acteurs privés d’aujourd’hui. Une intégration au public acceptable doit être négociée avec toutes les parties prenantes. L’intérêt collectif doit primer, en évitant toute spoliation.
La solution des problèmes que ce caractère public peut engendrer (laxisme, gabegie, corporatisme outrancier, possibilité de corruption…) ne se résoudra pas en faisant marche arrière vers le privé, mais en avançant grâce à deux leviers essentiels des temps modernes : le contrôle ouvrier par les salariés, le contrôle citoyen par les usagers. À ce double contrôle s’ajoute tout naturellement celui des responsables politiques, dont le rôle est essentiel, avec le contrepoids de ceux cités plus haut.
C’est l’intérêt collectif qui doit arbitrer. Les intérêts légitimes des salariés doivent être défendus, le droit des usagers à un service public aussi, les droits de l’environnement ne doivent pas être passés par pertes et profits. Enfin il appartient au politique de décider du financement d’un plan de transport public visant à terme à la gratuité. Bien sûr, cela ne suffira pas à installer le bonheur sur terre. Bien sûr, cela ne signifiera pas le renversement du capitalisme. Néanmoins, cette incursion dans les règles d’un système qui mutile l’humain et abime la nature peut nous permettre d’avancer dans la solution concrète des problèmes concrets, de donner une petite préfiguration de ce que peut signifier une autre organisation de la société, de trouver un modus vivendi acceptable et absolument indispensable entre travailleurs·euses producteurs·trices de services et travailleurs·ses usagers·ères des services en question.
Il faut un peu d’audace, d’anticipation, et d’imagination, si on ne veut pas ronronner dans l’agitation conformiste et ronchonnante, au paroxysme des crises comme celle que nous vivons.
Publié le 13/04/2026 dans Révolution socialiste n° 442