Le statut de protection temporaire (TPS) dont bénéficiaient plus de 350 000 Haïtien·nes vivant aux États-Unis a été abrogé par le gouvernement, à la suite d’une décision rendue le 25 juin par la Cour suprême autorisant cette mesure.
Le 6 août, tous les permis de travail légaux ont pris fin ; des licenciements massifs vont avoir lieu, conduisant les Haïtien·nes à perdre leur logement. Du jour au lendemain, des milliers de résident·es en situation régulière deviendront « en situation irrégulière ».
Les Haïtien·nes en attente d’audience seront contraint·es de porter des bracelets électroniques, qui rappellent l’esclavage.
Les Haïtien·nes, y compris les enfants, sont considéré·es par le gouvernement comme « le pire du pire ».
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a agi rapidement pour mettre fin aux protections du TPS, alors même que le Département d’État affirme qu’il est dangereux pour quiconque de se rendre en Haïti.
Trump s’en moque. Sa haine envers les personnes noires, qu’elles soient originaires d’Afrique ou qu’il s’agisse de leurs descendant·es dans d’autres pays du monde, est évidente, tout comme son objectif de « rendre à l’Amérique sa blancheur ».
Des dizaines de milliers de Syrien·nes bénéficiant du TPS seront également touché·es.
Origines du TPS
Les Haïtien·nes bénéficient du statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis depuis janvier 2010, date à laquelle Haïti a été désigné pour la première fois comme bénéficiaire du TPS à la suite du tremblement de terre dévastateur qui a frappé le pays.
En 2026, de nombreux·ses bénéficiaires haïtien·nes du TPS vivaient aux États-Unis sous la protection de ce statut depuis environ 16 ans. La désignation a été prolongée et renouvelée à plusieurs reprises compte tenu des crises humanitaires, politiques et sécuritaires persistantes en Haïti.
Peu après son entrée en fonction, l’administration Trump a déclaré qu’elle annulait la prolongation du TPS accordée par l’administration Biden, estimant que ce statut était utilisé bien au-delà de son objectif temporaire initial.
Le DHS a déclaré qu’il « rétablissait le TPS dans son statut d’origine : temporaire ».
L’administration a fait valoir que les prolongations répétées avaient permis à un nombre croissant d’Haïtien·nes de remplir les conditions d’éligibilité au programme au fil du temps et a qualifié le système d’« exploité et détourné ».
Le DHS a également précisé que cette mesure s’inscrivait dans le cadre de l’effort plus large du président Trump visant à inverser les politiques d’immigration qu’il considérait comme encourageant l’immigration « illégale ».
Les détracteur·rices de cette décision — des Haïtien·nes, ainsi que des défenseur·ses des droits de l’homme, des libertés civiles et des droits des personnes immigrées — ont fait valoir qu’Haïti continuait de faire face à une grave instabilité politique, à la violence des gangs et à des défis humanitaires, rendant le retour dans ce pays dangereux pour de nombreuses personnes.
La communauté haïtienne
Les personnes d’origine haïtienne aux États-Unis sont au nombre d’environ 1,1 à 1,5 million, selon la définition et les données utilisées.
Parmi les personnes immigrées né·es en Haïti, environ 70 % avaient obtenu la nationalité étatsunienne en 2024. Sur un total estimé à 852 000 personnes immigrées haïtiennes, cela représente environ 585 000 citoyen·nes naturalisé·es.
Les autres étaient généralement des non-citoyen·nes bénéficiant de différents statuts, notamment des résident·es permanent·es (titulaires d’une carte verte), des bénéficiaires du TPS, des personnes en liberté conditionnelle (dont l’expulsion a été suspendue en raison de l’instabilité du pays), des titulaires de visa et quelques personnes immigrées sans papiers.
Le DHS indique que 235 350 Haïtien·nes ont obtenu une carte verte entre 2010 et 2022.
Les personnes immigrées haïtiennes et les bénéficiaires du TPS sont concentré·es dans quelques grandes régions. Le comté de Miami-Dade, dans le sud de la Floride, ainsi que North Miami, Little Haiti, Fort Lauderdale et leurs environs abritent certaines des plus importantes communautés haïtiennes du pays.
À New York, en particulier à Brooklyn, notamment dans des quartiers tels que Flatbush et East Flatbush, des populations haïtiennes sont établies de longue date.
Dans le Massachusetts, à Boston, Brockton, Randolph et dans les localités voisines, ainsi que dans le New Jersey, à Newark, Irvington et dans les environs, on trouve d’importantes communautés haïtiennes.
En Géorgie, la région métropolitaine d’Atlanta compte une communauté haïtienne en pleine expansion. Des populations importantes vivent également dans certaines parties du Connecticut et du centre de la Floride.
Dans l’Ohio, dont est originaire le vice-président J.D. Vance, ce dernier et Trump ont faussement affirmé que des Haïtien·nes de Springfield tuaient et mangeaient les chats et les chiens des habitant·es.
Le gouverneur républicain a désavoué ces attaques et a déclaré que les Haïtien·nes étaient des membres de la communauté qui travaillaient dur.
Destruction impérialiste
Ce que fait le gouvernement Trump n’est toutefois pas nouveau. L’hostilité envers les Haïtien·nes et les personnes noires caractérise depuis longtemps l’impérialisme étatsunien. L’intervention directe des États-Unis en Haïti remonte à plus d’un siècle.
La seule révolte d’esclaves couronnée de succès a eu lieu en Haïti en 1791 contre la domination coloniale française. Haïti a obtenu son indépendance en 1804, mais la France a exigé des indemnités pour la perte de ses biens esclavagistes ; ces paiements se sont poursuivis pendant 150 ans. Il va sans dire que les personnes réduites en esclavage affranchies n’ont reçu aucune réparation de la part de la France.
Au 20e siècle, les États-Unis, nouvelle première puissance impérialiste, ont pris le relais de la France pour mettre en place un rapport néocolonial d’exploitation et d’oppression nationale. Cela a notamment consisté en une occupation du pays par les Marines pendant deux décennies, de 1915 à 1934.
La lutte pour la défense des réfugié·es haïtien·nes aujourd’hui s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte du peuple haïtien pour sa liberté.
Publié le 11 août 2026 par Against The Current