Revue et site sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Résister à l’assaut de Trump contre les droits démocratiques et la souveraineté des nations

par Kay Mann
10 janvier : malgré le froid et la pluie, 400 personnes ont défilé à Pittsburgh, en Pennsylvanie, lors d'une manifestation organisée par DSA et soutenue par une douzaine d'organisations. Photo Mel Parker

Au cours des dernières semaines, les attaques de Trump contre les droits démocratiques aux États-Unis et les violations du droit international et de la souveraineté d’autres pays ont pris de l’ampleur et sont devenues plus violentes. Un mouvement social et de résistance ouvrière s’organise.

Le 3 janvier 2026, une force aérienne et navale massive a kidnappé le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Celia Flores, tuant une centaine de Vénézuélien·nes et de Cubain·es lors du raid, raid qui a été suivi par le vol de 500 millions de barils de pétrole vénézuélien par les forces navales américaines.

Avec une arrogance impériale suprême, Trump a déclaré que les États-Unis « dirigeraient » le Venezuela et il menace également la Colombie, Cuba et, plus récemment, le Groenland, bien que celui-ci appartienne au Danemark, allié des États-Unis au sein de l’OTAN depuis 1949. Cette attaque fait suite à plusieurs semaines d’exécutions brutales et sans jugement d’équipages de bateaux soupçonnés de trafic de drogue près des côtes vénézuéliennes et dans le Pacifique.

Puis, le 9 janvier, dans les rues glaciales de Minneapolis, dans le Minnesota, un agent de l’ICE a froidement assassiné une citoyenne américaine blanche non armée, Renee Good, mère de deux enfants, âgée de 37 ans. Elle participait à des actions non violentes de soutien aux immigrant·es. Les nombreuses vidéos du meurtre de Good ont contribué à faire d’elle la plus connue des 32 personnes, a minima, tuées par des agents de l’ICE. Ces deux éléments, apparemment sans rapport, ont pour lien le recours croissant à la violence contre les personnes racisées et leurs allié·es, tant aux États-Unis qu’à l’étranger, sur la base d’accusations fictives de trafic de stupéfiants. La nomination de Stephen Miller, un commandant néofasciste chargé de la politique d’immigration raciste de Trump, à l’un des postes les plus élevés du gouvernement Trump en matière de politique d’immigration, souligne de manière frappante le lien entre l’attaque contre le Venezuela et les meurtres commis par l’ICE.

Racisme et impérialisme

Quelques heures après l’attaque contre le Venezuela, des manifestations d’urgence ont eu lieu dans plusieurs villes, rassemblant entre quelques centaines de personnes et à 2 000 à New York. Mais c’est le meurtre de Renee Good qui a le plus touché la population américaine. Des milliers de manifestations ont été organisées en son hommage et pour exiger l’abolition de l’ICE, dans tout le pays. Les sondages montrent un soutien massif à cette dernière revendication. Le gouvernement a réagi en accusant Good d’avoir percuté l’agent de l’ICE avec sa voiture, alors que des vidéos montrent clairement que sa voiture s’éloignait de l’agent. L’enquête fédérale sur la fusillade a écarté les responsables locaux de Minneapolis et a menacé d’enquêter sur les liens de la veuve de Good avec des groupes militants – une activité pourtant protégée par la Constitution américaine.

Jonathan Ross, le voyou nationaliste chrétien de l’ICE qui a assassiné Good, n’a pas été inculpé et ne fait actuellement l’objet d’aucune enquête. Le gouvernement a réagi en envoyant davantage d’agents de l’ICE à Minneapolis et Trump a menacé d’invoquer la loi sur l’insurrection qui date du 19e siècle, rarement utilisée, pour envoyer des troupes militaires régulières dans la ville. L’ICE revendique maintenant le droit de mener des raids sur des habitations privées sans mandat, une mesure qui, si elle se généralise, porterait un coup terriblement dangereux aux droits démocratiques et représenterait un saut dans l’autoritarisme et le néofascisme. Le sentiment général est que la ville est occupée par une force hostile. Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, et le gouverneur démocrate Tim Waltz ont utilisé des mots forts pour s’opposer à l’ICE et exiger qu’elle quitte la ville et l’État, mais ils n’ont pas fait grand-chose 1. Tandis que le vice-président JD Vance a accusé Frey et Waltz d’entraver les opérations de l’ICE et que le FBI a ouvert une « enquête » sur eux, la police du Minnesota participe à la répression des manifestations.

L’ICE terrorise les villes et les villages du pays depuis des mois, mais Trump nourrit une hostilité particulière envers le Minnesota, un État traditionnellement progressiste et démocrate, avec une riche histoire de luttes ouvrières. Minneapolis, la plus grande ville de l’État, abrite également une importante population somalienne arrivée au cours des dernières décennies. Une des membres de celle-ci, Ilhan Omar, est la représentante américaine du 5e district de l’État, qui couvre la majeure partie de Minneapolis. Elle est l’une des quatre membres de la Squad, quatre femmes démocrates progressistes et très actives, que Trump attaque et menace régulièrement sur les réseaux sociaux. Trump a déclaré qu’Ilhan, qui est citoyenne américaine, « devrait être en prison » et expulsée 2

Naissance d’un mouvement social 

Plus de 1 000 manifestations ont eu lieu le 10 janvier pour protester contre le meurtre de Good. Une grande partie des sections locales de DSA ont répondu à l’appel de la direction nationale pour participer aux manifestations contre l’agression contre le Venezuela. Les efforts visant à défendre les immigrant·es contre les raids de l’ICE ont toutes les caractéristiques d’un authentique mouvement social. Les militant·es utilisent des tactiques classiques – marches, rassemblements, slogans –, mais aussi des méthodes originales et créatives, comme le fait de siffler lorsque les agents de l’ICE arrivent dans un quartier.

Des organisations de quartier ont été créées dans tout le pays pour organiser les achats et le transport des familles d’immigrant·es qui craignent la violence, les arrestations et les expulsions de l’ICE. Ces groupes sont composés de citoyen·nes ordinaires, dont beaucoup n’étaient pas impliqué·es dans la politique avant de voir leurs voisin·es et collègues emmené·es par des agents armés et masqués de l’ICE. Les journalistes de droite se sont indigné·es de ce qu’ils appellent les « wine moms » (mamans alcooliques), ces femmes blanches des couches moyennes vivant en banlieue qui participent à des groupes de surveillance de quartier.

Auto-organisation ouvrière contre fascisme

Dans le cas de Minneapolis, centre des manifestations actuelles contre l’ICE, le réseau de groupes de soutien et d’entraide remonte aux manifestations de 2020 qui ont suivi la mort de George Floyd. Les lycéens de tout le pays ont débrayé. Des groupes de différentes régions du pays commencent à se mettre en relation, à partager leurs ressources et leurs tactiques. Par exemple, un groupe de vigilance contre l’ICE dans le nord de Chicago, appelé Protect Rogers Park, a aidé à former des observateurs à Minneapolis. Des flyers « Connaissez vos droits » sont visibles dans les magasins et les restaurants des quartiers mexicains et des autres quartiers immigrés de nombreuses villes. Certaines écoles de la ville ont choisi de fermer, par mesure de précaution contre les raids de l’ICE. Les syndicats de locataires de Los Angeles et d’ailleurs se sont joints au mouvement, soulignant encore davantage son ancrage profond, notamment dans la classe ouvrière. Ces réseaux d’entraide se connecteront à d’autres mouvements préexistants, jetant les bases d’actions de plus en plus importantes et renforçant le mouvement général anti-Trump. Il s’agit de réseaux de solidarité de la classe ouvrière qui constituent une puissante résistance au nationalisme chrétien blanc raciste de Trump et nous donnent un aperçu de la possibilité d’une société démocratique auto-organisée.

Zoom sur Minneapolis

Les enregistrements vidéo du meurtre de Good et les images montrant des agents de l’ICE enfoncer des portes, arrêter un réfugié hmong et le conduire dehors à moitié nu par un froid glacial, ainsi que d’autres images montrant l’arrestation d’un garçon de cinq ans par des agents masqués et armés de l’ICE, accompagnées d’images de la résistance héroïque de la population, ont attiré l’attention sur Minneapolis.

Une journée de protestation, qualifiée par certains de « grève générale », s’est déroulée dans cette ville le vendredi 23 janvier. De nombreuses petites entreprises ont fermé leurs portes pour protester contre la présence de l’ICE, et bien qu’il y ait eu peu de grèves réelles, des syndicats tels que l’United Auto Workers (UAW), les syndicats enseignants et même les syndicats du bâtiment, habituellement conservateurs, ainsi que les conseils locaux du travail ont soutenu les manifestations et se sont joints à la revendication de départ de l’ICE et des autres forces répressives. Malgré le froid extrême, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté et d’autres se sont rassemblées à l’intérieur d’un stade désaffecté. D’autres ont manifesté à l’aéroport, où débarquent les agents de l’ICE qui arrivent dans le Minnesota, et d’où les immigrant·es arrêté·es sont expulsé·es. Plus d’une centaine de prêtres ont été arrêtés à la suite d’une action pacifique de désobéissance civile à l’aéroport. Plus de deux cent cinquante actions de solidarité avec le mouvement de Minneapolis et ses revendications ont eu lieu dans tout le pays.

Le 20 janvier 2026

  • 1

    Jacob Frey a notamment parlé de « forces d’occupation qui ont littéralement envahi notre ville », CBS News, 18 janvier 2026.

  • 2

    Il a déclaré le 19 janvier 2026 : « La fausse "députée" Illhan Omar, une éternelle râleuse qui déteste les États-Unis, sait tout ce qu’il y a à savoir. Elle devrait être en prison, ou pire encore, renvoyée en Somalie, considérée comme l’un des pires pays au monde. Elle pourrait contribuer à RENDRE À LA SOMALIE SA GRANDEUR ! »