Les boutiques palestiniennes et les institutions publiques, notamment les universités, à travers la Cisjordanie occupée et Jérusalem-Est ont fermé leurs portes tandis que la population descendait dans la rue pour protester contre une nouvelle loi israélienne imposant la peine de mort aux Palestinien·nes reconnu·es coupables d’attaques meurtrières.
Des centaines de personnes se sont rassemblées mercredi pour manifester à Ramallah contre cette loi soutenue par le ministre israélien de la sécurité nationale d’extrême droite Itamar Ben-Gvir, scandant des slogans la condamnant et appelant la communauté internationale à en annuler l’adoption.
Lors d’une manifestation dans la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, des manifestant·es brandissaient des pancartes avertissant qu’il ne restait plus beaucoup de temps.
« Arrêtez la loi d’exécution des prisonniers, avant qu’il ne soit trop tard », pouvait-on lire sur l’une d’elles, illustrée d’une animation représentant un·e prisonnier·ère portant le keffieh palestinien à côté d’une corde.
La plupart des commerces dans les villes d’Hébron, Ramallah et Naplouse étaient fermés, volets baissés, à midi, ont rapporté des journalistes de l’agence AFP.
Des soldats israéliens ont contraint des commerçant·es palestinien·nes participant·es à la grève dans la localité d’Anata, au nord-est de la vieille ville de Jérusalem, à rouvrir leurs boutiques.
Le parti Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait appelé à une grève générale la veille.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a condamné cette loi, déclarant que « son application aux habitants du territoire palestinien occupé constituerait un crime de guerre ».
Lors de la manifestation de Ramallah, Riman, une psychologue de 53 ans originaire de Ramallah, a déclaré à l’AFP : « Il n’y a pas une seule personne présente ici qui n’ait pas un frère, un mari, un fils ou même un voisin en prison. Il n’existe pas une famille palestinienne sans prisonnier. »
Plus de 9 500 Palestinien·nes sont détenu·es dans les prisons israéliennes, dont 350 enfants et 73 femmes. Des organisations de défense des droits humains palestiniennes et israéliennes indiquent que les détenu·es sont victimes de torture, de privations alimentaires et de négligence médicale, ce qui a entraîné la mort de plusieurs dizaines d’entre eux·elles.
« Mais honnêtement, aujourd’hui nous ressentons beaucoup de colère, parce qu’il y a aussi une réelle faiblesse de la solidarité envers eux. L’occupation mise sur la faiblesse de la rue », a déclaré Riman, qui a préféré ne pas donner son nom de famille.
Un régime juridique distinct
En vertu de la nouvelle loi, adoptée à la Knesset, le parlement israélien, tard lundi soir, les Palestinien·nes de Cisjordanie reconnu·es coupables par des tribunaux militaires d’avoir commis des attaques meurtrières qualifiées de « terrorisme » encourront la peine de mort à titre de sentence par défaut.
Les Palestinien·nes du territoire étant automatiquement jugé·es devant des tribunaux militaires israéliens, cette mesure crée de fait un régime juridique distinct et plus sévère.
Devant les tribunaux civils israéliens, la loi prévoit la peine de mort ou l’emprisonnement à vie pour les personnes reconnues coupables de meurtre avec intention de nuire à l’État.
Bien que la loi ne soit pas rétroactive, ses détracteurs·trices estiment que cette distinction met en lumière un système de justice à deux vitesses.
Sur les réseaux sociaux, des Palestinien·nes ont partagé des images de pneus enflammés en signe de protestation contre la loi au checkpoint de Qalandia, l’un des points de passage les plus fréquentés de Cisjordanie vers Israël via Jérusalem.
« Des témoins oculaires ont rapporté que des soldats israéliens ont tiré des balles en caoutchouc, des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes » sur les manifestant·es, a rapporté l’agence de presse palestinienne WAFA, ajoutant qu’aucun blessé n’avait été signalé.
Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967 et les violences y ont fortement augmenté depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza en octobre 2023, qui a fait plus de 72 000 morts.
Publié le 1er avril 2026 par Al Jazeera