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Mobiliser les gens ordinaires contre le fascisme et l’impérialisme

par Gabi Tolotti
Rodrigo Dilélio, Gabi Tolotti et Roberto Robaina.
numéro

La présidente du PSOL-Rio Grande do Sul raconte les conditions politiques de préparation de la conférence.

Du 26 au 29 mars, la ville de Porto Alegre au sud du Brésil sera le siège de la 1re Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples. Comment cette initiative d’une conférence internationale est-elle née ?

Nous sommes à l’épicentre d’un débat intense sur l’avenir du monde : le peuple brésilien a traversé le tragique mandat du gouvernement Bolsonaro, il a affronté son projet autoritaire et en a tiré les leçons. Après une intense mobilisation sociale et politique, Bolsonaro a subi une défaite électorale.  Mais le bolsonarisme est toujours présent dans la société. Et ce n’est pas qu’un problème brésilien, c’est un problème qui touche les intérêts de la classe ouvrière et des peuples du monde entier. L’extrême droite gouverne ou est en situation d’accéder au pouvoir dans presque toute l’Europe. Ailleurs, elle montre sa force et met sous pression les gouvernements qui se revendiquent démocratiques et populaires, ainsi que les différents types de gouvernements libéraux.

La montée de l’extrême droite s’accompagne de l’émergence d’organisations clairement fascistes ou néofascistes.

Porto Alegre est une capitale d’État aux traditions et aspirations démocratiques importantes. C’est là que se sont tenues les premières éditions du Forum social mondial. Elle constitue un terrain fertile pour construire l’unité entre des forces militantes, influentes dans la société, au niveau électoral mais aussi politique et idéologique, en définissant comme priorité la lutte contre l’extrême droite sur plusieurs fronts, sur la base d’accords d’unité politique, dans le respect de nos différences.

 

La conférence, initialement prévue en 2024, s’intitulait alors Conférence antifasciste, tout court. Pourquoi ce changement de nom ?

La conférence devait initialement avoir lieu en 2024, mais nous avons dû reporter le projet en raison des inondations qui ont frappé le Rio Grande do Sul, une tragédie politico-environnementale effroyable. Mais nous n’avions pas abandonné l’idée d’organiser cet événement, qui représente une nécessité historique, une réponse d’organisations qui veulent lutter ensemble contre la montée de l’extrême droite, du fascisme, du néofascisme, quelle que soit la façon dont on veut l’appeler.

Au départ, il s’agissait de la première conférence internationale antifasciste, et maintenant on l’appelle première conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples.

Ce changement représente un changement politique visant à mieux prendre en compte deux menaces très profondes : la question de la lutte contre le fascisme, bien sûr, mais aussi la manière dont l’impérialisme menace la souveraineté des peuples. L’invasion du Venezuela par les États-Unis, et l’enlèvement du président Maduro, démontre concrètement qu’il s’agissait d’un élargissement judicieux.

Outre l’enlèvement de Maduro et de Cilia Flores, qui sont détenu·es depuis deux mois par le gouvernement américain, il y a aussi toutes les menaces que le gouvernement étatsunien a proférées à l’encontre de la Colombie et de Cuba. Le changement de nom est antérieur à ces événements, mais dans la pratique sa nécessité se vérifie.

 

Qui se joint à la conférence ?

En 2024, l’appel a d’abord été lancé par le PSOL, le PT, le PcdoB1  et le Mouvement des travailleurs sans terre et deux syndicats liés à l’éducation (Durges et le Cepers). Avec l’appui d’Éric Toussaint, du CADTM, avec qui le comité local est en dialogue permanent, nous avons commencé à établir des relations avec des organisations du monde entier et à construire le caractère international de l’événement. 

Cette année, plus d’une centaine d’entités brésiliennes appellent déjà à la conférence. Des entités importantes telles que l’association nationale de professeur·es d’université, celle des travailleur·ses de l’éducation, le syndicat des enseignant·es de Rio de Janeiro. En plus de cet appel brésilien, nous avons organisé des réunions régulières d’un comité international qui rassemble des organisations et des militant·es du monde entier.

Au niveau international, à l’initiative du CADTM, plus de 1 200 militant·es ont signé un appel international pour renforcer l’action antifasciste et anti-impérialiste. Tou·tes ne pourront pas être présent·es avec nous à Porto Alegre, mais tou·tes soutiennent l’initiative de la conférence.

Il est donc évident que la conférence a pris de l’ampleur, qu’elle est désormais bien établie et que nous travaillons pour que tout se passe bien ici à Porto Alegre.

 

Comment se prépare-t-elle ?

Outre le comité local et le comité international, certains pays et certaines villes ont leur propre comité. Ainsi, par exemple, en Argentine, d’où une délégation importante va venir au Brésil, les militant·es sont organisé·es en un comité qui rassemble des dizaines d’organisations argentines, et leur projet est de venir avec au moins deux bus, soit entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix personnes. Nous avons aussi un comité au Chili, par exemple.

Nous organisons des pré-conférences dans certaines villes du Brésil. Le 26 février, il y en aura une à São Paulo. Le 28 février, il y en aura une autre à Pelotas, une ville de l’intérieur de l’État du Rio Grande do Sul, et c’est ainsi que les comités organisent leurs délégations pour venir à Porto Alegre.

 

Quels seront les points forts de la programmation ?

La Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples va proposer quatre types d’activités, toutes très importantes. Je vais vous parler un peu de chacune d’entre elles.

La marche d’ouverture aura lieu le 26 mars à 18 h dans le centre de Porto Alegre, et nous la souhaitons la plus large possible, qu’elle réunisse non seulement celles et ceux qui sont venu·es à la conférence, mais aussi des associations, des partis politiques, des personnalités, le peuple de Porto Alegre, pour composer cette marche qui sera une marche contre le fascisme, pour la souveraineté des peuples, mais aussi une marche de tou·tes celles et ceux qui luttent pour leurs droits. Ce sera l’un des points forts de la conférence.

Nous aurons dix conférences thématiques réparties entre vendredi, samedi et dimanche. Ces tables rondes réuniront des personnalités venues de tous les coins du Brésil et du monde. Sur le site web, vous trouverez le programme complet de chaque thème. Cette partie de débats est évidemment l’autre point fort de la conférence.

Un autre format proposé est celui des activités autogérées, pour lesquelles ont été réservés des créneaux horaires afin que les organisations puissent elles-mêmes proposer des activités, des intervenant·es et des organisations, car les dix conférences thématiques ne suffiront pas à rendre compte de la pluralité et de la diversité des luttes et des tâches que les organisations mènent dans le cadre de leurs activités. Nous avons donc ouvert cet espace pour que les personnes puissent organiser elles-mêmes leurs activités.

Et, en marge de la conférence, avant les tables rondes officielles, le jeudi 26, à partir de 14 h, nous aurons le Forum des autorités antifascistes, qui se tiendra à l’Assemblée législative du Rio Grande do Sul, afin de réunir des personnes, des institutions, des organisations qui ont une expérience en matière de gestion et une expérience institutionnelle de la lutte contre le fascisme et pour le renforcement de la souveraineté des peuples.

 

Des participant·es du monde entier sont attendu·es, d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, d’Europe, d’Asie, d’Océanie et d’Afrique. Pour certains, le voyage sera long et coûteux… Comment la solidarité va-t-elle s’organiser ?

Nous allons réunir des milliers de personnes. Évidemment, une grande partie des participant·es viendront du Brésil, mais nous aurons quelques centaines d’organisations et de militant·es venus de divers pays du monde. C’est une richesse et cela montre la qualité de la conférence et nous pose aussi de nouveaux défis. Ces voyages sont longs et souvent très couteux. Surtout au regard des disponibilités financières des personnes venues du Sud global, forcément moindres que celles des personnes venues des pays qui ont plus de moyens financiers. C’est donc tout un casse-tête que nous sommes en train de résoudre. Nous essayons, avec tous les syndicats et toutes les organisations ici à Porto Alegre, d’obtenir le plus d’hébergements solidaires possible pour les organisations et les militant·es des pays du Sud, des pays qui ont le plus de difficultés à financer leurs voyages.

Nous avons déjà conclu un accord avec le CPERS, un syndicat des personnels de l’éducation dans le Rio Grande do Sul, et ils vont mettre à disposition 80 places, que nous sommes en train de négocier pour la délégation argentine qui fait un effort considérable pour faire venir deux bus de son pays. En outre, nous recherchons d’autres hébergements moins chers et nous essayons de répondre aux besoins de toutes les personnes qui justifient la nécessité d’un hébergement solidaire. Nous n’avons pas encore d’hébergement pour tout le monde, mais nous nous mobilisons pour essayer d’en trouver autant que possible.

 

Des participant·es d’Afrique et d’Asie rencontrent d’énormes difficultés obtenir un visa, voire pour simplement déposer une demande. Comment traitez-vous cette question ?

En ce qui concerne la question des visas, nous sommes en contact avec le ministère des Relations extérieures. Deux députées fédérales élues par le Rio Grande do Sul, Fernanda Melchionna et Maria do Rosário, ont envoyé un courrier formel à ce même ministère. La députée Fernanda Melchionna a beaucoup œuvré lors des réunions avec le ministère des Relations extérieures pour que les invité·es internationaux qui viennent au Brésil pour participer à l’événement se voient délivrer un visa de courtoisie2. Nous sommes donc en train d’élaborer et d’orienter les protocoles de ce processus, mais il existe déjà un accord avec le ministère des Relations extérieures pour que nous obtenions ce visa gratuit pour celles et ceux qui en ont besoin et qui ont été invité·es à participer à la conférence.

 

Et après le 29, après l’assemblée générale ? 

La conférence de Porto Alegre sera une étape importante sur un chemin bien plus long. Une Lettre de Porto Alegre est en discussion. Elle constituera un appel à lutter sans relâche et de la manière la plus unie possible contre la montée de l’extrême droite et de l’agression impérialiste, une dimension essentielle de notre projet émancipateur, socialiste, écologiste, féministe, antiraciste et internationaliste.

Le 17 février 2026

Propos recueillis et traduits par Luc Mineto.

  • 1

    Parti socialisme et liberté, organisation fondée en 2004 à la gauche du PT lors du premier mandat de Lula. Les membres de la IVe Internationale militent dans ce parti. Le Parti des travailleurs est le parti de classe fondé en 1980 et dirigé par Lula. Le PCdoB est le Parti communiste du Brésil.

  • 2

    Visa accordé en dehors des catégories (tourisme, travail, études) et procédures classiques, pour des motifs officiels ou institutionnels mais non diplomatiques.

 

المؤلف - Auteur·es

Gabi Tolotti

Gabi Tolotti est membre du Comité organisateur de la 1re Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples. Elle a fait partie de la Global Sumud Flotilla de fin août à début octobre 2025. Elle est aussi présidente du PSOL-Rio Grande do Sul.