La vigilance et la mobilisation sont nécessaires, afin de tirer parti de la politisation qui s'est emparée de la société pour garantir la réduction de la journée de travail et la défaite de l'extrême droite.
Ce qui semblait impossible il y a quelques années est devenu inévitable. La Chambre des députés a voté la fin de l’odieux horaire de travail 6x1 (6 jours par semaine), faisant écho à une large colère sociale. Il s’agit sans incontestablement d’une victoire historique pour la classe ouvrière brésilienne, qui impose une dynamique politique à l’approche des élections nationales. Une perspective importante s'ouvre avec la réduction de la semaine de travail d'un jour, qui entrera en vigueur 60 jours après son adoption au Sénat.
Le vote au Parlement a été écrasant. Lors du premier tour, on a dénombré 472 voix pour et 22 contre, provenant principalement de partis d'extrême droite tels que Novo, PL et Missão. Lors du deuxième vote, le score était de 461 voix contre 19. L’extrême droite a tenté toutes sortes de manœuvres pour faire obstruction, allant jusqu’à proposer une période de transition de 10 ans. La tentative des putschistes de semer la confusion a été déjouée, et le texte est en passe d’être soumis au Sénat. La vigilance et la mobilisation sont de mise, car les patrons restent hostiles à ce projet de loi. Et nous devons tirer parti de la politisation qui s’est emparée des rues et des réseaux sociaux à chaque débat.
Une large majorité populaire, exprimée dans la rue et sur les réseaux sociaux, a célébré cette victoire. Les groupes familiaux très en vogue sur WhatsApp n’ont pas, cette fois-ci, été marqués par un soutien au conservatisme. Le programme de réduction de la semaine de travail a trouvé un écho profond auprès de dizaines de millions de Brésilien·nes, atteignant un soutien impressionnant de la part de plus de 70 % de la population, un chiffre inhabituel pour une société politiquement fracturée comme la nôtre.
La persévérance du mouvement VAT – La vie au-delà du travail (en portugais) – a réussi à se faire une place pour construire un programme progressiste face à la crise du capitalisme – qui n’offre que peu ou pas de réformes à ce stade – en faisant basculer un Congrès marqué par les intérêts des patrons et dominé par le Centrão (bloc parlementaire de centre-droit). Dos au mur, à environ 120 jours des élections, rares sont les représentants prêts à prendre le risque de voir leur nom figurer sur la liste des ennemis de la classe ouvrière.
Le gouvernement a su capter le sentiment populaire, conscient qu’il s’agit d’une bataille cruciale pour sa stratégie électorale, dans une élection où chaque voix compte, en diffusant des campagnes publicitaires soulignant l’importance du temps libre pour tou·tes les travailleur·ses. Lula s’est exprimé dans le même sens. La société et la plupart des représentant·es se sont engagés dans un débat sur un thème central du monde du travail : la lutte autour du temps et de l’organisation de la semaine de travail.
Nous n’avons pas assisté à des manifestations significatives sur ce thème, malgré une telle énergie. Comment l’expliquer ? Au-delà de la paralysie de la direction majoritaire et de la politique du gouvernement visant à éviter toute action « houleuse », la nouvelle classe ouvrière, majoritairement jeune et concentrée, s’est exprimée à travers l’opinion publique, dans un torrent imparable qui a envahi les réseaux sociaux. Elle ne s’est pas tant exprimée dans la rue, précisément en raison du manque de tradition, de l’absence d’une stratégie cohérente – nous n’avons même pas eu d’appels à un événement unifié pour le 1er mai –, mais il y a eu un glissement important du pendule politique, sinon vers la gauche, du moins vers une conscience de classe plus forte et des revendications plus larges. Une porte s’est ouverte pour nous.
Il s’agissait d’un conflit au « caractère politique national », comme nous l’avons déjà souligné dans d’autres articles et éditoriaux, qui a également défini l’agenda électoral, même s’il existe des luttes locales d’une importance fondamentale, en particulier pour les secteurs et catégories concernés. Nous avons eu des grèves des enseignants municipaux dans des capitales d’État comme São Paulo, et il y en a une à Belo Horizonte qui est toujours en cours. Ou encore la grève dans les universités de l’État de São Paulo, qui a rassemblé la plus grande manifestation – environ 12 000 à 15 000 personnes – contre le gouverneur de l’État, Tarcísio Freitas.
Comme le conflit était avant tout politique, il conditionne et est en même temps conditionné par la campagne électorale. Le paysage électoral suit une première phase qui devrait durer jusqu’à la « mini-pause » de la Coupe du monde, selon certains analystes, comme Vinicius Torres Freire dans le journal Folha de São Paulo. La suppression de la semaine de travail de 6 jours sur 7 s’inscrit dans ce cadre.
Le scandale « Bolsomaster », reliant la famille Bolsonaro au scandale financier de la « Banco Master », a modifié la dynamique électorale. Directement touché, Flávio Bolsonaro a vu sa trajectoire ascendante s’interrompre, a perdu du soutien, laissant l’extrême droite dans une impasse. La confiance de ses alliés en Flávio s’est effondrée, tout comme ses intentions de vote. Ce qui semblait être le début d’une courbe favorable s’est enlisée et a régressé. Certains ont même remis en question la viabilité de sa candidature. L’élection étant marquée par l’imprévisibilité de notre époque, rien n’est joué, mais Flávio peine à retrouver son élan.
Flávio a réussi à se faire prendre en photo avec Trump, ce qui compte beaucoup en pleine crise. Il cherche à obtenir des soutiens pour se présenter avec les mêmes priorités qu’auparavant, mais face à une opposition de droite plus méfiante à son égard, où Renan Santos veut capitaliser le vote des jeunes et où Caiado et Zema tentent de s’entendre pour créer une alternative au cas où Flávio s’affaiblirait.
L’inclusion du PCC et du CV sur la liste des organisations criminelles est une affaire très grave, qui fait planer à nouveau l’ombre d’une ingérence plus directe du gouvernement américain dans l’élection brésilienne.
Il y a une logique interne à la photo avec Trump, car le débat international est central et devrait prendre de l’ampleur. L’impasse de l’intervention impérialiste en Iran, le harcèlement de Cuba et la rébellion populaire bolivienne actuelle se disputent l’imaginaire collectif et le sens commun à quelques mois des élections brésiliennes. L’extrême droite mise son avenir sur les élections brésiliennes et colombiennes, en plus de la stratégie de Trump pour les élections de mi-mandat de novembre.
En tant qu’expression politique, on doit souligner le renforcement de la sympathie pour le PSOL et ses figures, autour de la bataille contre le « 6x1 », véritable phénomène sur les réseaux sociaux qui s’exprimera politiquement et électoralement. C’est à l’aile gauche du PSOL de transformer cette sympathie en une force militante. Les réseaux sociaux ont été incroyables, avec notamment Sâmia et Fernanda, ainsi qu’Erika et Rick Azevedo. Les propos ironiques de Sâmia à l'encontre de Nikolas sont devenus viraux. Il faut beaucoup de culot pour faire face à l'audace pure et simple du leader d'extrême droite.
Il est nécessaire de se mobiliser si le Sénat menace d'affaiblir les propositions approuvées jeudi soir ; il appartient donc aux syndicats, à l'UNE (Union nationale des étudiants) et à l'UBES (Union brésilienne des élèves du secondaire) d'appeler à un plan d'action et à des grèves.
Bien que la classe ouvrière n’ait pas encore atteint un niveau de mobilisation permettant d’envisager immédiatement une grève générale comme une tâche réalisable et un moyen d’action concret, cette perspective ne peut être écartée si le Sénat cherche à réduire à néant cette victoire. Dans ce cas, la majorité sociale favorable à l’abrogation de la règle du 6x1 pourrait créer les conditions d’une action nationale plus décisive, avec de grandes marches et manifestations. L’idée de paralyser le pays illustre la nécessité d’aller jusqu’au bout pour cette victoire, comme le propose la campagne du STILASP, le syndicat qui a mené la grève victorieuse chez Pepsico.
Nous ne pouvons pas nous arrêter là. Les millions de personnes qui ont débattu des perspectives pour le pays et le monde du travail dans les écoles, les quartiers, les centres commerciaux, les universités, les usines et les lieux de travail, redynamisant – de manière naissante – le mouvement, constituent un atout fondamental pour construire un véritable outil pour la nouvelle classe ouvrière, qui votera pour Lula comme tactique pour contenir l'extrême droite, mais qui doit aller bien plus loin dans son programme et ses méthodes de lutte. L'action de Trump au lendemain de cette victoire significative indique que la polarisation va se poursuivre. La campagne électorale sera marquée par la polarisation, et nous devons nous y engager pleinement, en tirant parti de l'énorme soutien dont bénéficie le PSOL pour construire un mouvement qui garantisse la victoire de Lula et l'élection d'un bloc parlementaire engagé dans les luttes d'aujourd'hui et de demain.
La rébellion bolivienne nous enseigne que l’extrême droite et les capitalistes doivent être vaincus par la force de la classe ouvrière et de l’ensemble du peuple, par la force du programme.
Publié le 29 mai 2026 par la revue Movimento