La conférence antifasciste est l’occasion d’aborder le rôle du PSOL dans la lutte contre l’extrême droite au Brésil et dans la construction des luttes sociales et d’une alternative.
Quel est le contexte politique brésilien depuis le mouvement contre Bolsonaro ?
Les manifestations ont été très importantes, Bolsonaro a été condamné, il est en prison, mais nous restons dans une situation politique d’extrême polarisation. Comme ailleurs dans le monde – où Trump avance son agenda en s’appuyant sur un courant d’extrême droite mondial –, au Brésil l’extrême droite reste forte et polarise le débat. D’un côté, le gouvernement Lula représente un rempart contre l’avancée de l’extrême droite, mais de l’autre, il rencontre de nombreuses difficultés car il n’a pas mené suffisamment de politiques favorables à la classe ouvrière, ce qui génère également du mécontentement. La situation politique est donc très délicate, et il en découle la nécessité pour nous de faire l’unité contre l’extrême droite.
Comment perçois-tu le rôle de la classe ouvrière dans cette situation ?
Malgré une faiblesse significative du mouvement ouvrier organisé traditionnel, la classe ouvrière continue à se mobiliser autour de ses revendications spécifiques, comme la réduction du temps de travail. C’est un élément qui a concrètement contribué à dynamiser le mouvement ouvrier. La revendication de la réduction du temps de travail vise à mettre fin à la semaine de six jours contre un jour de repos. D’autres secteurs ont été à l’avant-garde des mobilisations ces derniers temps, comme le mouvement indigène, qui a incarné une lutte fondamentale, contre la privatisation des fleuves de l’Amazonie.
Il s’agit d’un thème écologiste qui touche un secteur très influent au Brésil, à savoir celui de l’agro-business. Mener une lutte concrète comme celle-ci conduit à discuter également du modèle appliqué au pays par le secteur de l’agro-business par la bourgeoisie… Je pense donc que cela contribue à faire évoluer la conscience en général et à lutter contre l’extrême droite.
Comment la population perçoit-elle la situation internationale et les attaques impérialistes dans la région ? Fait-elle le lien avec la situation intérieure ?
L’offensive des États-Unis sur l’Amérique latine ravive la revendication de la souveraineté du pays. Cela ouvre également un espace pour que nous discutions du rôle que joue aujourd’hui l’impérialisme dans le monde, et de la montée de l’extrême droite. Cela aide aussi à mener un débat politique avec l’ensemble de la société qui, de manière générale, constate qu’il y a une avancée impérialiste des États-Unis sur l’ensemble de l’Amérique latine et du monde. Cela nous permet d’approfondir cette question et de mettre à l’ordre du jour des thèmes qui étaient autrefois très importants, comme la lutte contre l’ALCA 1. Ce sont des thèmes qui, il y a quelques décennies, mobilisaient beaucoup, et pour lesquels nous disposons désormais à nouveau d’un espace.
Aujourd’hui, les sondages montrent que 70 % de la population s’oppose à la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran. La défense de la Palestine contre le génocide israélien bénéficie également d’un soutien important, grâce notamment à l’impact significatif de la Global Sumud Flotilla – des militant·es brésilien·nes, notamment du MES ont participé à la dernière mission. Au Brésil, la question de l’impérialisme est également étroitement liée à la question environnementale, à la défense de l'Amazonie contre l'exploitation de nos forêts et d'autres ressources naturelles, comme le débat actuel sur les terres rares. Nous pouvons faire progresser une orientation anti-impérialiste dans ce contexte.
Peux-tu nous faire part des débats au sein du PSOL et de sa direction ?
Le PSOL a été fondé il y a plus de 20 ans, comme un parti né pour faire contrepoids au PT, à un moment où le celui-ci s’adaptait aux institutions, renonçait à son projet anticapitaliste et s’adaptait pour gouverner. Le PSOL est donc né pour relancer un programme de gauche et défendre les revendications de la classe ouvrière. Dans ce contexte, ces dernières années, de nombreux secteurs se sont joints à la construction du PSOL, notamment Guilherme Boulos – un dirigeant et militant de longue date du mouvement social, en particulier du mouvement des sans-logis. Ces derniers temps, il a entamé un rapprochement politique significatif avec le PT. Il est devenu ministre-secrétaire général du gouvernement, malgré la résolution votée par le PSOL indiquant que le parti ne participerait pas au gouvernement.
Selon notre analyse, il n’a pas joué un rôle positif vis-à-vis des luttes et des mouvements sociaux. Et ce sont Boulos et son groupe qui ont mené une politique cherchant à construire une fédération entre le PSOL et le PT. Cette fédération serait un instrument obligeant les partis fédérés à agir de concert pendant quatre ans lors des élections et au parlement. Ainsi, dans la pratique, le PSOL, le PT et les autres partis composant la fédération avec le PT fonctionneraient comme un seul parti sous la direction du PT, qui serait le plus grand parti de cette fédération. Cela signifierait donc une perte d’indépendance pour le PSOL et la perte du rôle qu’il joue aujourd’hui, à savoir celui d’adopter une position critique indépendante à la gauche du gouvernement.
Il a soumis cette question à la discussion et au vote au sein du parti, mais son groupe a perdu ce vote à une large majorité : 75 % du parti s’est opposé à cette fédération avec le PT.
Après cela, il a lancé une initiative visant à quitter le PSOL et à entraîner d’autres personnalités avec lui vers le PT. Il a fini par faire marche arrière, mais son groupe a affirmé qu’il avait toujours l’intention de quitter le parti et de rejoindre le PT après les élections. Je pense qu’un changement est en cours au sein du parti actuellement, car il est devenu plus clair, pour les secteurs qui misaient sur Boulos comme figure dirigeante du parti, qu’il ne s’aligne pas sur les intérêts et la politique qui est – à mon avis – celle que le PSOL défend. Il s’est aligné sur des intérêts et une politique beaucoup plus proches de ceux du PT. Je pense donc qu’une nouvelle étape va s’ouvrir pour réaffirmer l’importance de l’indépendance du PSOL, du rôle que le parti joue en tant qu’alternative de gauche.
Quel est le rôle de la conférence antifasciste pour construire une perspective unitaire et radicale ?
Je pense que cette conférence a joué un rôle très important, car nous avons aujourd’hui un besoin objectif de construire un front pour barrer la route à l’extrême droite et au fascisme. Nous allons traverser un processus électoral extrêmement polarisé, dans un contexte marqué par l’influence considérable de l’intelligence artificielle et des géants de la tech, et avec Trump qui soutient ouvertement la famille Bolsonaro. Nous avons besoin non seulement d’une alliance des partis sur la durée et dans les élections, mais aussi d’une alliance par en bas, ancrée dans les mouvements sociaux.
Nous pensons que le PSOL est essentiel à ce processus : nous devons combiner la réélection de nos parlementaires combatif·ves – par l’augmentation de nos sièges au Congrès et dans les assemblées d’État – avec l’action pour développer les luttes sociales.
Cette conférence a rempli son rôle en élargissant la résistance, tant au niveau national qu’international, grâce à l’unité des partis et des mouvements présents. Elle a réuni plus de 100 organisations organisatrices et 4 000 participant·es inscrit·es provenant de près de 40 pays sur tous les continents, et la Quatrième Internationale ainsi que le CADTM ont joué un rôle de premier plan et ont été essentiels à sa réalisation. La diversité dont cette conférence a fait preuve à cet égard nous fait sans aucun doute passer à un niveau supérieur dans la lutte contre l’extrême droite. n
Le 28 mars 2026
Mariana Riscali est membre de la direction nationale du PSOL, directrice exécutive de la Fondation Lauro Campos et Marielle Franco et membre de la direction nationale du MES. Propos recueillis par Antoine Larrache.
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