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Lutte de l’enseignement : « Cette mobilisation a réveillé quelque chose dans la jeunesse »

par Évelyne Wyns

Ces dernières semaines, la Belgique francophone a connu une accélération soudaine des luttes dans le secteur de l’enseignement, qui se sont muées en une fronde générale de la jeunesse. Dans cet entretien, Évelyne Wyns revient sur les conditions dans lesquelles ce mouvement a émergé, le rôle complexe des syndicats et des collectifs auto-organisés, et la politisation entraînée par la répression. 

Depuis quelques semaines, l’enseignement francophone a pris la tête des secteurs en lutte en Belgique. Mais cette lutte ne vient pas de nulle part : cela fait déjà deux ans que le pays est traversé par d’importantes luttes contre les gouvernements en place.

Il y a deux ans, la Belgique a connu des élections à tous les niveaux de pouvoir. La Wallonie, région historiquement dominée par le parti socialiste, a basculé à droite ; et plus généralement, le pays entier est parti dans la même direction, avec des gouvernements régionaux et fédéral particulièrement radicalisés. Dès la mise en place de ces gouvernements, de nombreux secteurs sont entrés en résistance, notamment sur les questions de pensions et de protection sociale. Certains ont mené des luttes dures : dix jours consécutifs de grève chez les cheminot·es, quatre semaines à la Poste… Et des journées interprofessionnelles impressionnantes, en particulier le 14 octobre 2025 où plus de 140 000 personnes ont manifesté, ce qui était inédit depuis les années 1990. Dans ce contexte, les gouvernements ont tenu une ligne jusqu’au-boutiste, affirmant qu’il n’y aurait aucun recul de leur part.

Mais dès le début, l’enseignement était un secteur clef, en tout cas du côté francophone.

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, donc de la partie francophone du pays, a avancé dès sa nomination des propositions de réformes par « décrets-programmes », dont le décret-programme 2, qui vient d’être voté. Parmi les mesures prévues, il y a la fin des nominations des enseignant·es, qui seront donc recruté·es en CDI plutôt qu’avec un statut de fonctionnaire – ce qui permet de les licencier beaucoup plus facilement, et les expose aux pressions du pouvoir politique. Mais il y a aussi de nombreuses mesures d’austérité, dont le rabotage de la couverture des enseignant·es en cas de maladie, les contrôles qui atteignent une agressivité absurde, ainsi que les attaques contre le système d’aide pour les élèves précaires – on parle de 55 000 enfants qui perdront leur droit à un repas gratuit à la cantine. Mais ce qui a vraiment mis le feu aux poudres, c’est l’ajout de deux heures de travail à tou·tes les enseignant·es des trois dernières années du secondaire, sans augmentation de salaire. Il s’agit de deux heures devant la classe, donc en pratique, une demi-journée de travail. Ce qui veut aussi dire, à terme, la suppression de 1 300 à 1 500 postes. 

Les enseignant·es sont donc sur le front quasiment depuis la formation des gouvernements : parfois dans des grèves sectorielles, parfois dans les grèves interprofessionnelles, et parfois avec d’autres secteurs, comme la petite enfance, la puériculture, la culture.

Avec, en premier point d’orgue, la grève du 14 octobre.

Le 14 octobre a vraiment permis d’allumer quelque chose chez nous, avec cette manifestation massive qui rassemblait tous les secteurs de la société. Le mois de novembre a été très intense, avec un jour de grève pour les enseignant·es, puis une séquence de trois jours consécutifs de grève interprofessionnelle, ce qui était de nouveau assez inédit en Belgique. Mais à cette période, on pouvait sentir un fossé béant entre la détermination des travailleur·ses, prêt·es à monter en intensité, et la timidité des directions syndicales, qui ont refusé de prendre la balle au bond. Cela a provoqué un refroidissement temporaire de la situation, de janvier à mars.

Comment expliques-tu cette attitude des directions syndicales ?

Le modèle institutionnel de la Belgique repose traditionnellement sur la concertation et le compromis. Mais pour la première fois depuis longtemps, les syndicats se retrouvaient dans une situation où l’espace de négociation n’existait plus. Quand le gouvernement les invitait, c’était pour leur présenter des textes de loi déjà finalisés, sans aucune marge pour les modifier. Et ils n’ont pas trouvé de stratégie pour faire face à cela.

À chaque manifestation, pendant toute cette première phase du mouvement social, les dirigeant·es syndicaux·les prenaient la parole pour réclamer un retour à la table des négociations, comme si c’était le seul horizon désirable – revenir s’asseoir à une table où, de toute façon, il a été convenu qu’on ne les écouterait pas. Ils n’ont jamais vraiment pris conscience du fait que le modèle de la concertation à la belge, dans des réunions feutrées et des restaurants guindés, n’existait plus.

Mais le mouvement social a horreur du vide…

Oui, et cette situation a favorisé l’émergence de collectifs auto-organisés. Certains, comme École en lutte, existaient déjà, mais ont pris une dynamique nouvelle dans ce contexte, en critiquant ce modèle des grèves « perlées » et des manifestations qui se répétaient à l’identique de la gare du Nord à la gare du Midi. Ils ont employé des modes de résistance un peu plus radicaux, notamment de sabotage des procédures d’examen. La tension a monté, jusqu’à ce que des délégué·es soient exclu·es de leur syndicat pour « double appartenance ».

À la CSC1, j’ai posé la question ouvertement : je suis une activiste, une antifasciste, je suis membre d’École en lutte. Quelle est ma sécurité dans cette organisation ? Est-ce que je dois m’attendre à être exclue ? Ces interrogations soulevaient un malaise important, et le mot d’ordre des directions était clairement de marquer une distance.

Ce qui a vraiment fait basculer la situation, c’est qu’un groupe d’enseignant·es, dans une école particulièrement active de Bruxelles, ont décidé de monter un collectif à plus grande échelle. Iels se sont montré·es assez habiles dans leur communication et leurs relations avec la presse, en préparant bien le terrain, et en faisant de la fondation de cette organisation un événement en soi. Leur idée était d’avoir un groupe à l’esthétique facilement reconnaissable, que tout le monde pouvait s’approprier : ils l’ont donc appelé Mars Attacks, parce que le lancement avait lieu au mois de mars, et iels se sont servi·es dans l’imaginaire issu du film de Tim Burton pour créer leurs visuels, leurs vidéos et leurs costumes.

Au lancement, le collectif rassemblait dix écoles. Mais dans la foulée, il a organisé une assemblée générale où tout le monde était convié : profs, familles, ami·es, conjoint·es, etc. L’effet boule de neige a suivi, assez fortement aidé par l’efficacité de la communication qui a su attirer une bonne couverture par la presse. Les écoles se sont ajoutées les unes après les autres, et à la manifestation qui a suivi, le 9 avril, la taille du bloc de Mars Attacks rivalisait avec ceux des syndicats.

Les tensions ne se sont pas réduites tout de suite, loin de là. Du point de vue de beaucoup de dirigeant·es syndicaux, Mars Attacks restait un collectif de Bruxellois·es anarchisant·es, voué à disparaître rapidement. Et ce qui a ajouté de l’huile sur le feu, c’est que la ministre a contacté Mars Attacks directement, remuant le couteau dans la plaie des directions syndicales qui ont perdu leur place historique de négociatrices. Lors de la journée de mobilisation du 9 avril, ces tensions ont failli prendre un tour encore plus aigu, de nombreux·ses membres de Mars Attacks qui poussant pour que le collectif prenne la tête du cortège et fasse démarrer la manifestation sans attendre les prises de paroles syndicales. Cela ne s’est pas produit, mais l’épisode illustre bien la nature paradoxale de ce collectif : un mélange de profs syndiqué·es et non-syndiqué·es, dont beaucoup participent à un mouvement social pour la première fois, avec une esthétique décalée et bon enfant comme les profs l’aiment, une identité politique plus large et plus consensuelle que les collectifs très à gauche comme École en lutte… mais en même temps, une volonté affirmée de sortir des habitudes du mouvement social convenu, par la désobéissance. Et c’est d’autant plus intéressant que de l’autre côté, les syndicats, qui prennent ces activistes de haut, n’en partageaient pas moins les images du cortège de Mars Attacks sur leurs réseaux sociaux – surtout la CSC, qui jouait avec le fait que les costumes de Martiens peuplant le bloc étaient pour la plupart verts, comme les traditionnelles chasubles de la confédération.

À partir de là, avec plusieurs militant·es, nous avons poussé pour que la CSC reconnaisse honnêtement la situation : si les syndicats avaient toujours les masses avec eux, ils manquaient d’idées, et c’est précisément ce que les collectifs de ce genre apportaient. Cette pression interne a porté ses fruits : rapidement, la CSC Enseignement a publié un communiqué affirmant qu’elle soutenait toutes les actions allant dans le sens de ses revendications, et laissant entendre qu’elle couvrirait ses affilié·es qui y participent. La CGSP a été forcée de suivre le mouvement, plus timidement. Mais ce nouveau contexte a permis une escalade rapide, et Mars Attacks a grandi de semaine en semaine.

Jusqu’à appeler à une grève au finish.

Les premières annonces sur le calendrier de la réforme, dont le vote était alors annoncé au 27 mai, ont servi de signal d’alarme : à partir de ce moment-là, on savait qu’il fallait jeter toutes les forces dans la bataille. Alors, Mars Attacks a un peu court-circuité les syndicats, en appelant à ce qu’on attendait depuis des mois : une grève reconductible, jusqu’au retrait du décret-programme. Les syndicats se sont retrouvés placés face à un ultimatum – et ils ont décidé de suivre. Ils ont déposé un préavis de grève pour tous les jours jusqu’au 27 mai, et quand l’opposition parlementaire a obtenu un report du vote, il a été étendu jusqu’aux vacances, et même à la rentrée.

C’est là qu’on a pu voir émerger une nouvelle forme de complémentarité entre Mars Attacks et les syndicats. Ces derniers couvrent le mouvement grâce à leurs ressources financières (indemnités journalières, remboursement de transports…), et continuent à tenter de négocier avec le gouvernement. Mars Attacks leur laisse volontiers faire ce travail, et se contente de construire la mobilisation, autour d’une revendication simple : le retrait de la réforme, et avec elle la démission des ministres qui la portent, Valérie Glatigny (ministre de l’Enseignement obligatoire) et Élisabeth Degryse (ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et ministre de l’Enseignement supérieur). Mais concrètement, c’est Mars Attacks qui fixe l’agenda.

Le collectif a également fait preuve d’une flexibilité intelligente et d’une attention particulière aux nouvelles techniques de lutte qui émergeaient ici et là. Par exemple, c’est dans la région de Verviers et de Liège que la grève a le mieux démarré, grâce à un modèle très efficace d’entraide entre les écoles, avec des appels quotidiens à renforcer tel ou tel piquet ; Mars Attacks a rapidement analysé ce fonctionnement et l’a généralisé. La grève a pris un modèle tournant pour tenir dans la durée : chaque jour, les profs qui ont le plus grand nombre d’heures font grève, tandis que celleux qui n’ont que quelques heures les donnent rapidement, avant de rejoindre le piquet. Et dans les écoles où la direction a une attitude répressive, on appelle les enseignant·es d’autres établissements, pour organiser des actions tout en se protégeant des représailles. Assez vite, la mobilisation s’est étendue aux élèves et même aux parents, avec la fondation de Students Attacks et de Parents Attacks. Les élèves ont commencé à jouer un rôle dans l’organisation des piquets – ce qui est très rare en Belgique, qui n’a pas la tradition des blocages qu’on retrouve, par exemple, en France.

Et on arrive à cette fameuse semaine du 1er juin…

On l’a dit, le vote du décret-programme était d’abord prévu le 27 mai, puis a été repoussé suite à un recours de l’opposition. Le lundi 1er juin, le gouvernement a annoncé un passage en force, en fixant la date du vote au jeudi 4 juin – en s’affranchissant de manière tout à fait inédite des délais prévus par les règles parlementaires. Clairement, l’objectif était de court-circuiter toute contestation, puisque ce délai ne nous laissait même pas le temps de demander l’autorisation pour une manifestation.

Côté syndical, la tactique initialement choisie a été d’appeler les enseignant·es à rejoindre une marche qui était déjà prévue (et donc autorisée) ce jeudi-là, le matin, pour le secteur de la santé – et dont le message se trouvait de fait élargi. De son côté, Mars Attacks a appelé à se rassembler l’après-midi autour du Parlement, malgré l’absence d’autorisation et le fait que, de toute manière, les rues concernées font partie de la « zone neutre », la partie de Bruxelles où toutes les manifestations sont interdites. Assez vite, plusieurs dirigeant·es syndicaux·les ont relayé à demi-mot cet appel, invitant les affilié·es à « se détermine[r] pour savoir où [leur] conscience [leur] dicte de se rendre » et autres phrases sibyllines, sans toutefois prendre le risque d’un soutien explicite.

On savait qu’il y aurait du monde. Ce à quoi on ne s’attendait pas, c’est la mobilisation exceptionnelle des jeunes, qui ont complètement débordé le mouvement dès le petit matin. Très tôt, des affrontements ont eu lieu. À bien des égards, cette journée a représenté une accélération inouïe de la politisation du mouvement, face au choc d’une répression particulièrement sauvage, qui a ciblé en premier lieu les jeunes racisé·es. Mais c’était aussi une journée avec des images sublimes, en particulier quand les profs ont fait des cordons face à la police pour protéger leurs élèves. Une solidarité puissante s’est mise en place, avec l’ouverture en urgence de lieux de care pour prendre soin des personnes blessées ou choquées.

Les débats parlementaires se sont poursuivis toute la nuit, et le vote a eu lieu au petit matin. Beaucoup d’entre nous n’ont pas dormi. Personnellement, j’avais une réunion syndicale prévue le lendemain à 9h30, et certaines personnes étaient venues plus d’une heure en avance, sans même une petite sieste, par besoin d’être ensemble. Si quelques dirigeant·es syndicaux·les ont vaguement essayé de maintenir les points prévus dans l’ordre du jour, qui avait été établi 15 jours auparavant, la réunion est rapidement devenue un espace d’échange entre personnes profondément choquées par les événements – y compris les bureaucrates. J’ai utilisé cet espace pour appeler la CSC à mettre son appareil au service du soutien aux centaines de jeunes arrêté·es, ce qui s’est fait sans rencontrer d’opposition.

Mais pendant la réunion, nous avons commencé à recevoir des messages, nous prévenant que les émeutes reprenaient. Et pas seulement à Bruxelles : à Namur, la mobilisation a pris une telle ampleur que toutes les écoles ont été fermées préventivement. Et si les jeunes tiraient désormais clairement le mouvement, les collectifs comme Mars Attacks, École en lutte, la Gauche anticapitaliste et même les syndicats ont rapidement mis leurs forces dans l’organisation de la solidarité face à la répression – avec, bien sûr, des nuances entre certain·es adultes qui soutiennent les jeunes dans leur autonomie et d’autres qui ont adopté une attitude plus paternaliste, mais qui convergeaient tou·tes dans la condamnation de la brutalité policière. Le vendredi et tout le week-end, puis de manière plus éparse depuis, on a donc vu les mêmes images, avec des quasi-scènes de guerre à Bruxelles et dans plusieurs villes de Wallonie.

Comment l’arrivée de la jeunesse au premier plan a-t-elle changé la nature du mouvement ?

Le narratif s’est élargi. Les élèves étaient déjà solidaires des revendications des enseignant·es : ma propre fille, dans son école, sait depuis plusieurs mois que plusieurs de ses profs seront vraisemblablement forcé·es de quitter l’établissement dès l’année prochaine. Pour les plus âgé·es et pour les étudiant·es du supérieur, la colère se cristallise aussi évidemment sur l’augmentation du minerval (les frais d’inscription à l’université), qui passe pour certaines études de 300 € à 1 200 €. Mais ce qui retient également l’attention, c’est le contraste entre cet accès à l’enseignement qui se bouche, et la militarisation, qui constitue désormais la voie dans laquelle les jeunes des classes populaires sont invité·es à se jeter avec enthousiasme. Depuis l’année dernière, tou·tes les adolescent·es reçoivent, à 17 ans, une lettre pour leur proposer de rejoindre l’armée, avec des promesses de salaire élevé et de sécurité de l’emploi à la clef. Dans certaines écoles, on prépare maintenant les élèves aux métiers de l’armée dès 15 ans. Ces thèmes sont revenus très souvent dans les slogans, montrant que le mouvement posait désormais une question bien plus profonde : quelle société propose-t-on à nos enfants ?

Jusqu’au 4 juin, nous étions assez inquiet·es que le vote du décret-programme conduise à un essoufflement du mouvement. Mais, clairement, après cette journée, il a pris une nouvelle dimension, et n’a fait que s’amplifier.

De ton point de vue, quelles sont les perspectives que la mobilisation doit se donner à ce stade ?

Aujourd’hui, ma principale crainte est qu’on se repose sur les jeunes pour tirer la lutte. Le schéma adopté à partir du 4 juin, où iels partent au front et où les adultes les appuient en deuxième ligne, ne peut pas être viable très longtemps.

Ensuite, il y a la question de la redynamisation de la lutte dans d’autres secteurs. Les deux prochaines dates de mobilisation prévue, hors éducation, sont le 22 juin, à l’initiative des services publics, et le 23 juin, pour le commerce. Ce sont deux espaces avec lesquels les convergences sont faciles : les services publics évidemment parce que l’intersection est large, même si toutes les écoles n’en dépendent pas, et le commerce parce que les centrales syndicales concernées sont très militantes, et déjà très solidaires de notre combat. Les enseignant·es seront donc présent·es, et notre lutte sera probablement aussi mise en avant. Mais idéalement, il faudrait que les transports, par exemple, se mettent en grève par solidarité : si les cours ne peuvent pas avoir lieu parce que les enfants ne peuvent pas s’y rendre, alors les enseignant·es peuvent gagner une journée où on ne leur retire pas leur salaire, ce qui peut grandement nous aider à tenir.

Enfin, la question cruciale aujourd’hui est celle des examens. Outre la pression à revenir dans les salles de classe, ceux-ci ne peuvent de toute façon pas se tenir de manière équitable, puisque de nombreux·ses élèves n’ont quasiment aucun cours depuis des semaines. Le mot d’ordre de Mars Attacks est la désobéissance, avec un refus d’encoder les notes. Certaines écoles ont déjà annoncé qu’elles annulaient toutes les épreuves ; et ces derniers jours, les syndicats ont publié un communiqué appelant tous les établissements à suivre leur exemple.

Pour la suite, nous avons prévu d’être mobilisé·es tout l’été, même si les vacances impliqueront nécessairement un ralentissement provisoire. Les syndicats ont déjà déposé des préavis de grève dès la reprise des cours, et si la réforme n’est pas retirée d’ici-là, l’objectif est clairement que la rentrée n’ait pas lieu. Cette situation-là change clairement la donne par rapport à tout ce que les mobilisations sociales ont donné à voir depuis les élections. Jusqu’ici, notre grande faiblesse était l’absence de plan de lutte et de perspectives concrètes : on entrait en action pour une grande journée de grève, puis on attendait que les directions syndicales annoncent une nouvelle date, un ou deux mois plus tard. Maintenant, en ce qui concerne l’enseignement, il y a un plan, au moins jusqu’à septembre, et la détermination pour le suivre. Je suis confiante : les profs n’accepteront pas une nouvelle défaite, et cette mobilisation a réveillé quelque chose dans la jeunesse – un désir ardent, et plus que légitime, de gagner un autre futur.

Le 15 juin 2026

 

Soignante de formation, Évelyne Wyns enseigne depuis 14 ans en haute école, les écoles techniques de l’enseignement supérieur belge, dans le domaine de la santé. Elle est également déléguée syndicale de la centrale enseignement de la CSC, l’une des deux principales confédérations syndicales du pays, et membre des collectifs École en lutte et Mars Attack.

Entretien réalisé par Léonard Brice.

  • 1Historiquement, le paysage syndical belge est divisé en deux grandes fédérations syndicales : les « verts », c’est-à-dire la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC), et les « rouges », la Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB), à laquelle est affiliée la Centrale Générale des Services Publics (CGSP). Si la première est historiquement chrétienne-démocrate et la deuxième socialiste, le temps a très largement brouillé ces lignes, et dans de nombreux secteurs, les verts sont plus à gauche que les rouges.

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