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Belgique : contre l’austérité dans l’Éducation et la répression, poursuivre ensemble le combat contre le gouvernement Degryse !

Depuis plusieurs mois, la Belgique francophone est secouée par un mouvement de grève de l’enseignement, face à un paquet de réformes qui prévoit notamment la fin du statut de fonctionnaire pour les enseignant·es et un allongement de leur temps de travail. Face à un mouvement de grève qui gagnait en ampleur, le gouvernement a annoncé le 1er juin, piétinant les règlements parlementaires, que le projet serait voté le 4 juin, dans le but explicite d’empêcher les actions de contestations de s’organiser. C’est un échec : la journée a été marquée par une mobilisation énorme, de la part des enseignant·es mais aussi des élèves, qui ont été sauvagement réprimé·es. La Gauche anticapitaliste, section belge de la Quatrième internationale, décrit dans ce communiqué l’évolution de la situation et formule ses propositions.

Les étudiant·es montrent la voie de l’élargissement du mouvement social contre les gouvernements Arizona et Azur. Avec l’implication des élèves dans la lutte pour un enseignement digne, public et gratuit, la jeunesse s’empare de son propre avenir avec ses propres modes d’expression en solidarité avec le mouvement des enseignant·es.

Cette jeunesse est mobilisée depuis des semaines dans toute la Belgique francophone. Le mouvement s’est intensifié à partir du jeudi 4 juin, date à laquelle le passage en force des réformes de l’enseignement a eu lieu. À Bruxelles, les jeunes, et particulièrement les jeunes racisé·es, ont été la cible d’une répression policière extrêmement violente : gazages, nasses, matraquages, chiens sans muselière, autopompes,… le tout accompagné d’agressions verbales racistes, validistes, sexistes et transphobes. Jeudi 4 juin, les charges policières dites « préventives » ont permis aux policiers les plus violents de se lâcher, au mépris des règles censées encadrer les interventions policières, déjà largement insuffisantes, saisissant n’importe quel trouble à l’ordre public comme prétexte. Vendredi et samedi, la police a poursuivi ses attaques, traquant les jeunes dans les rues du centre de Bruxelles avec une violence aveugle, révoltante et documentée. Des centaines d’arrestations, dont des enfants âgés de moins de 10 ans, ont été enregistrées. Ils et elles sont détenu·es et envoyé·es devant un juge d’instruction, à la suite de procédures où les droits des mineur·es ne sont pas respectés, leurs parents n’étant parfois pas prévenu·es lors des arrestations.

À la suite de la mobilisation du 4 juin, Theo Francken, ministre N-VA1 de la défense, a appelé à la mise en place de camp de redressement encadré par l’armée, sur une idée lancée par le « socialiste » flamand Conner Rousseau. Depuis lors, le MR2 a annoncé soutenir au Parlement une telle initiative, et Bernard Quintin, ministre de l’intérieur MR, souhaite accélérer la mise en place du loi « casseur-payeur ». Il est clair que les franges d’extrême droite du gouvernement cherchent donc à utiliser le contexte actuel de combativité sociale pour prendre l’initiative et encore accentuer l’autoritarisme.

Cette répression brutale s’inscrit dans un contexte de violences plus large, qui va du sadisme des réformes de l’Arizona3et des gouvernements fédérés à la répression physique qui s’intensifie (nous n’oublions pas les cas de violences policières des dernières manifestations massives contre le gouvernement fédéral), en passant par les attaques contre les corps intermédiaires et les contre-pouvoirs (offensive contre le monde associatif, avant-projet de loi Quintin sur la dissolution des organisations dites « radicales », retour de la loi dite « anti-casseur », attaques contre les mutuelles). La seule manière pour les gouvernements de droite d’imposer leurs réformes antisociales face à l’ampleur de la résistance, c’est de réprimer toujours plus. 

Dans ce cadre, la répression de la jeunesse n’a rien d’anecdotique. Si les gouvernements, la police et les institutions s’acharnent si souvent contre les jeunes mobilisé·es, c’est parce qu’ils connaissent leur potentiel contestataire face à l’ordre établi, particulièrement dans un contexte où ils et elles sont à l’avant-garde des luttes un peu partout dans le monde, comme lors des révoltes de la Gen Z. Une jeunesse qui se politise, qui s’organise et qui rejoint les luttes collectives représente une menace pour l’ordre capitaliste défendu par la classe dirigeante. La répression vise précisément à briser cette dynamique. L’objectif est clair : décourager celles et ceux qui entrent dans la lutte, empêcher la politisation de nouvelles générations militantes et isoler les mouvements sociaux de l’une de leurs composantes les plus combatives. 

Il est nécessaire de construire une véritable résistance, capable d’unir parents, professeur·es et élèves dans un même front de solidarité, mais également l’ensemble de la société civile progressiste. Dans ce cadre, les partis d’opposition (particulièrement le PTB4), les syndicats, les associations, les collectifs militants et l’ensemble des forces de résistance sociale ont la responsabilité de construire la solidarité la plus large avec cette jeunesse mobilisée. Le silence ou la timidité de certaines directions syndicales est d’autant plus problématique qu’elles avaient elles-mêmes appelé à demi-mot à se rassembler dans la zone neutre5 devant le Parlement. Lorsque des jeunes sont réprimé·es dans le cadre de mobilisations, il existe une responsabilité politique à les défendre publiquement et à dénoncer sans ambiguïté les violences policières. 

Les associations, les collectifs, les militant·es plus expérimenté·es doivent également mettre leurs ressources au service de celles et ceux qui sont visé·es par la répression d’État. Cela signifie informer les jeunes sur leurs droits face à la police, les accompagner dans leurs démarches administratives et judiciaires, organiser des soutiens psychologiques et créer des espaces où ils et elles peuvent partager leurs expériences sans être isolé·es.  La solidarité doit aussi être matérielle : mettre des locaux à disposition pour se réunir et s’organiser, fournir du matériel de premiers soins lors des manifestations, aider à financer les frais juridiques, préparer des repas, assurer des transports ou des hébergements lorsque c’est nécessaire : autant de gestes qui permettent aux mobilisations de tenir dans la durée. L’initiative du foyer de soin aux jeunes et aux personnes mobilisées qui a été ouvert par des militant·es bruxellois·es est une expérience concrète allant dans ce sens.

Lundi 8 juin, une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes a eu lieu à l’appel des collectifs mobilisés contre la réforme [de la ministre de l’enseignement] Glatigny, malgré un temps de préparation très restreint. C’est une victoire du mouvement ! Le gouvernement [de la Fédération Wallonie-Bruxelles] Degryse espérait que son passage en force au parlement dégonflerait la mobilisation, mais c’est tout le contraire ! Les profs et les élèves restent massivement mobilisé·es, et de nombreuses actions (rassemblements locaux, manifestations, piquets de grève) sont d’ores et déjà prévues pour les semaines à venir. La CGSP Enseignement a déjà déposé un préavis de grève le jour de la rentrée, le 24 août, et nous plaidons pour que cette journée constitue une grande mobilisation de solidarité intersectorielle, pour relancer une dynamique de lutte, contre le gouvernement Degryse et toutes les coalitions de droite.

Nous exigeons :

  • L’abrogation immédiate du décret-programme sur l’enseignement et la démission de [la ministre] Valérie Glatigny.
  • La libération de tous les détenus, enfants et adultes, et l’abandon des poursuites judiciaires et administratives.
  • Une enquête indépendante sur les brutalités policières, desquelles doivent découler de profonds changements structurels, avec l’éviction des policiers et de leurs supérieurs ayant commis, ordonné ou permis ces actes.
  • Les militaires n’ont rien à faire dans nos rues, et encore moins en manifestation.
  • La démission des responsables politiques, à tous les niveaux (communal, régional et fédéral) pour avoir permis et toléré cette répression contraire à l’État de droit.
  • Le désarmement et le désinvestissement de la police (avec transfert vers budgets sociaux, soins et éducatif)
  • La création d’une véritable commission indépendante de contrôle démocratique et citoyen de la police pour qu’elle rende des comptes, et la tolérance zéro envers les crimes commis par la police ainsi que la dissolution de toutes les brigades incriminées.

Publié par la Gauche anticapitaliste le 12 juin 2026

  • 1La N-VA, parti autonomiste flamand, est la formation du Premier ministre fédéral Bart de Wever. Au parlement européen, elle siège dans le groupe ECR, aux côtés de Marion Maréchal et des Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni.
  • 2Principal parti de droit en Belgique francophone. Son dirigeant, Georges-Louis Bouchez, l’a engagé ces dernières années dans une stratégie de « trumpisation ».
  • 3Surnom donné à la coalition qui compose le gouvernement fédéral. Elle est composée de la N-VA (extrême droite), du CD&V (démocrates-chrétiens) et de Vooruit (sociaux-démocrates) en Flandre, et du MR (droite) et des Engagés (démocrates-chrétiens) en Belgique francophone. Ces deux derniers gouvernent aussi la Fédération Wallonie-Bruxelles, responsable de l’enseignement en langue française.
  • 4Parti du Travail de Belgique. D’héritage maoïste, il est sorti de la marginalité politique il y a une quinzaine d’années et est aujourd’hui le plus grand parti de gauche radicale, du côté néerlandophone comme francophone. 
  • 5Zone de Bruxelles où toutes les manifestations sont interdites, notamment autour du Parlement.

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