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Lettre politique des mouvements sociaux d’Amérique latine au CI du Forum Social Mondial

par Forum social mondial

Aux camarades du Conseil international du Forum Social Mondial,

Les mouvements sociaux, réseaux et organisations d’Amérique latine réunis lors du Forum Social Mondial 2026 au Bénin s’adressent au Conseil International, animés par un sentiment commun de solidarité, de responsabilité historique et de profonde préoccupation face aux événements qui ont marqué cette édition du Forum.

Ce que nous avons vécu au Bénin ne peut être considéré comme un simple incident organisationnel ou comme une exception. Les restrictions à la participation, les expulsions de délégué·es, les entraves à la libre circulation, l’annulation d’activités et l’insécurité à laquelle ont été confrontées plusieurs délégations expriment une réalité politique plus large : le rétrécissement progressif des espaces démocratiques, l’avancée de projets autoritaires et la criminalisation croissante de l’organisation des peuples.

Notre première déclaration est un message de solidarité adressé au peuple béninois, les organisations africaines et le Comité local d’organisations qui, pendant des années, ont construit ce Forum et qui ont également été frappés par cette conjoncture. La défense du Forum Social Mondial passe nécessairement par la défense de celles et ceux qui ont maintenu vivante cette construction collective.

Cependant, la crise rencontrée dans l’organisation du FSM au Bénin nous impose également une responsabilité politique. Il ne suffit pas de comprendre ce qui s’est passé ; nous devons décider de la manière d’y répondre.

Nous vivons une conjoncture internationale marquée par la réorganisation du capitalisme mondial, le renforcement de l’impérialisme, la financiarisation de l’économie, la concentration du pouvoir entre les mains des grandes entreprises technologiques, la montée de l’extrême droite, la multiplication des guerres, l’urgence climatique et l’affaiblissement des institutions démocratiques. Ces phénomènes ne sont pas parallèles ; ils font partie d’une même offensive contre les droits, la souveraineté des peuples et la capacité d’organisation de la société civile.

C’est pourquoi nous affirmons que le FSM 2026 au Bénin ne représente pas une interruption de l’histoire du Forum Social Mondial. Le Bénin et l’histoire de son peuple marquent le début d’une nouvelle étape pour le Forum.

Le moment est venu d’engager une réflexion profonde sur notre capacité à répondre aux défis du XXIᵉ siècle. Le Forum Social Mondial doit préserver son identité anticapitaliste, anti-impérialiste, anticoloniale, antipatriarcale, antiraciste et antifasciste, mais il doit également réinventer ses instruments d’articulation politique.

Plus que de nous demander où se tiendra la prochaine édition, nous devons nous demander quel doit être le rôle du Forum Social Mondial face aux crises humanitaires que nous traversons.

Notre conviction est que le Forum ne peut pas se limiter à être un espace périodique de rencontres. Il doit se consolider comme un processus permanent de convergence internationale, de production, de stratégies communes et de construction d’alternatives concrètes pour les peuples.

Dans cet esprit, nous proposons au Conseil International de décider de la continuité politique du Forum Social mondial 2026.

Les activités officiellement inscrites doivent être maintenues sous un format hybride, combinant les espaces présentiels qui pourront encore avoir lieu avec une large plateforme internationale de participation virtuelle. Ainsi, des milliers d’organisations qui n’ont pas pu arriver au Bénin — ou qui ont été empêchées d’y participer — pourront prendre part aux débats, réaffirmant qu’aucune tentative de nous réduire au silence n’interrompra la construction collective du Forum.

Nous proposons également la création d’un Réseau international de communication du FSM, valorisant les technologies libres, capables de transmettre, d’enregistrer et de diffuser les débats dans le monde entier, transformant chaque table ronde, assemblée et activité en patrimoine politique des mouvements sociaux internationaux et en instrument de lutte contre le contrôle de l’imaginaire politique exercé par les entreprises de surveillance et les plateformes sociales.

De la même manière, nous défendons que toutes les convergences réalisées au Bénin soient poursuivies dans les semaines suivantes, dans un environnement virtuel, afin de garantir l’élaboration de documents politiques, de synthèses thématiques et d’agendas communs.

Comme résultat de ce processus, nous proposons que le Forum élabore un Agenda stratégique permanent, construit collectivement par les mouvements sociaux et accompagné de mécanismes de suivi et d’articulation entre une édition et la suivante. Le Forum ne doit pas s’achever lorsque l’événement se termine ; il doit continuer à vivre dans l’action quotidienne des peuples.

Nous estimons également que le moment est venu d’engager un vaste processus de renouvellement du Forum Social Mondial lui-même. L’Amérique latine se met à disposition pour contribuer à ce débat, en renforçant la coopération entre l’Afrique, l’Amérique latine, les Caraïbes et les autres régions du Sud Global, et en aidant à construire un nouveau cycle du FSM fondé sur la convergence des luttes, la démocratisation de la communication, l’Économie populaire et solidaire, la justice climatique, la souveraineté alimentaire, la défense de la paix et la construction d’un nouvel agenda international des peuples.

Le Forum Social Mondial est né en affirmant qu’un autre monde est possible.

Aujourd’hui, face à la conjoncture que nous affrontons, nous sommes appelés à affirmer quelque chose de plus : un autre Forum Social Mondial est nécessaire.

Un Forum capable de dialoguer avec les défis du présent sans renoncer à ses principes ; capable de transformer la diversité en unité d’action ; capable de conjuguer résistance et proposition ; capable de renforcer l’internationalisme des peuples face à la réorganisation du capitalisme mondial.

Que le Bénin soit retenu dans l’histoire comme le moment où les mouvements sociaux ont décidé de transformer une crise en opportunité, réaffirmant que l’espérance reste organisée et que la lutte pour un autre monde ne sera pas interrompue.

Les mouvements sociaux d’Amérique latine

Cotonou — Bénin, 5 août 2026

Lettre hebdomadaire