Mardi 4 août, la marche d’ouverture du 17e Forum social mondial à Cotonou au Bénin (ex-Dahomey), soutenu par la CGLTE-OA (Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau — Afrique de l’Ouest), a été interdite par les autorités et donc annulée. Partie du Sénégal avec des représentations paysannes, agroécologistes, populaires et féministes, la caravane qui a été acclamée dans une douzaine de pays du Sahel et de la côte Ouest, se voit contrainte de regagner Lomé. Cinq autocars ont été détournés après avoir pourtant passé la frontière.
Mercredi 5 août au matin, on apprend que le Forum social mondial est interdit, que l’université où sont prévus la plupart des ateliers serait fermée. De plus, des personnes auraient été expulsées. Les autorités annoncent explicitement aux organisateurs que le fait de venir pour le FSM est passible d’expulsion. Tout se fait dans la confusion la plus complète depuis plusieurs jours, avec des informations contradictoires transmises au Secrétariat technique d’organisation.
On n’ignore pas que, comme les précédents pays candidats à l’accueil du Forum, l’État béninois subit les pressions impérialistes visant à entraver ou empêcher la tenue de cet espace d’auto-organisation et de solidarité pour des militantEs africainNEs des droits humains, des mouvements sociaux revendicatifs, des associations culturelles. Autant d’orientations en totale contradiction avec les dérives antidémocratiques, l’autoritarisme, la militarisation, les politiques antisociales dictées par les dominants. Cependant, durant toute la journée de ce mercredi, les participantEs ont tout de même pu tenir des ateliers dans des lieux improvisés, des bars, des hôtels, des espaces alternatifs divers.
Jeudi 6 août, après ces journées d’incertitude, le gouvernement change de cap et annonce que le Forum social mondial est officiellement autorisé. Ainsi, à la suite de Bamako (2006), Nairobi (2007), Dakar (2011), Tunis (2013 et 2015), et à la grande satisfaction populaire, c’est Cotonou 2026 !
Ainsi, en dépit des difficultés survenues, le Forum social mondial s’est tenu avec ses « villages » (espaces de débats, de témoignages, de mobilisation citoyenne internationale), même si l’on doit regretter l’absence des intrépides caravanierEs ! Il s’est achevé ce samedi 8 août avec une marche dans le campus universitaire, ouverte par une banderole à l’effigie de Thomas Sankara, président de la République du Burkina Faso et figure de l’anti-impérialisme africain, assassiné en 1987.
Ce succès du très riche Forum de quatre jours montre que l’Afrique s’organise de sorte que les peuples continuent de défendre et d’élargir l’accès équitable aux ressources vitales menacées par l’insatiabilité du capital (eau, terres, sous-sol, semences, forêts, faune, etc.), ainsi qu’à des structures administratives et politiques privilégiant clairement de pareils objectifs.
Publié dans Révolution socialiste n°459 le 10 août 2026